AGDE
culatif, nous avons une tendance à attacher de l’importance aux choses, non pas tant pour les satisfactions que nous attendons personnellement de leur emploi rationnel, mais dans l’expectative d'événements qui en augmenteront la demande. L'acheteur de valeurs mobilières ne tient plus compte du rendement de ses titres, mais il opère sur le marché à terme dans l'espoir que des vendeurs à découvert seront obligés de se racheter s'ils viennent à se trouver dans l'impossibilité de les lui livrer. Des syndicats puissants raréfient une marchandise escomptant que ceux qui en ont besoin, se verront dans la nécessité de subir leurs prix. Les courbes d'offres et de demandes subissent l'influence de toutes ces incidences exceptionnelles et l'emploi de pareils procédés se généralise dans tous les domaines.
Les banques d'émission elles-mêmes cherchent à accroître leur encaisse à la faveur des circonstances les plus diverses et leur politique rend instable l'équilibre économique mondial.
Maintenant que la vitesse de circulation de la monnaie atteint un rythme très élevé par rapport à l'ensémble des revenus, il devient possible à la faveur des événements, de fausser le jeu normal des transactions en dénonçant des crédits à un moment inopportun ou en rapatriant de grandes quantités d’or au risque de compromettre la stabilité du système monétaire d'un autre état. Il convient à ce sujet de rendre hommage à la politique prudente et avisée de la Banque de France qui n'a pas voulu dans l'intérêt général, exiger brusquement le rembour-
sement en lingots des devises qu'elle détenait à la suite
d'un afflux immodéré de capitaux flottants, provenant des principales places financières et venus s'investir en
francs au moment de la stabilisation.
Il n’en reste pas moins certain que dans la période actuelle, trop de causes d’une nature particulière viennent influencer la demande de monnaie et la vitesse de circulation, pour qu'il soit possible de fixer les limites
probables de ses variations.
. Nous nous sommes contentés d’insister sur celles qui tiennent aux changements survenus pendant le temps qui s'écoule entre la naissance d’un contrat et son exécution et contribuent à rendre encore plus délicate la fixation d'un niveau moyen de V et de P. Nous pouvons cependant tenter maintenant de classer méthodiquement les influences qui agissent sur le pouvoir d'achat de la monnaie, et dont nous connaissons la nature, sinon l’intensité.
Nous croyons pouvoir nous résumer en constatant que le pouvoir d’achat de M est déterminé par des facteurs quantitatifs et des facteurs qualitatifs, dont nous allons donner un aperçu succinct pour les pays à monnaie d’or. Encore, ne faut-il pas oublier qu’il entre autant de considérations d'ordre psychologique dans les éléments quantitatifs que dans les éléments qualitatifs par suite de l'extrême élasticité des crédits dont le volume peut se contracter ou s’accroître dans une large mesure.
On peut donner le tableau suivant des limites théoriques des fluctuations de M, de V et de P, dans un régime
de convertibilité.
Han ll
Limites de M Quantité de
monnaie
Limites de V Vitesse de
circulation
a) L'accroissement du stock d’or est limité par les frais de production des mines, c’est-à-dire par le coût de l'extraction qui doit être inférieur au pouvoir d'achat obtenu en échange.
b) Le stock d'or est une limite pour la circulation des billets et indirectement pour le volume des crédits.
c) La quantité de billets en circulation est maintenu dans une proportion variable par rapport aux réserves métalliques, selon la politique des banques et le degré de confiance des porteurs.
d) La quantité de crédits dérivés est également limitée par les habitudes du public et la politique bancaire,
mais le contrôle en est plus incertain.
a) Les variations de la vitesse de circulation qui sont inversement proportionnelles à celle de l’encaisse désirée, ont pour limite inférieure la réaction psychologique qui tend à se produire lorsque les balances réelles deviennent trop considérables et que
les particuliers cherchent à éviter la
Prix Limites de P
perte d'intérêt provoquée par uné accumulation trop grande de disponibilités improductives.
La limite supérieure de V est fonction des progrès de la compensation
et des procédés de virement. Elle est
‘près d’être atteinte lorsque les balan-
ces réelles deviennent trop faibles
pour assurer les paiements normaux, sans difficultés, mais il faut tenir compte d’un grand nombre de facteurs occasionnels et spéculatifs qui rendent extrêmement complexe la détermination des mouvements probables de la vitesse de circulation.
b) Entre ces deux limites, V se trouve sous l’action directe des variations du revenu et des prévisions tenant soit à la marchandise soit à
la monnaie.
a) Le niveau des prix est déterminé par les variations du revenu et les prévisions tenant soit à la marchandise soit à la monnaie.
b) Les variations des revenus et des prix sont limitées par celles de la quantité de monnaie et de la vitesse
de circulation.
Nous croyons avoir maintenant dégagé d'une manière suffisamment précise les principes essentiels qui régissent ies variations du pouvoir d'achat de la monnaie.
Si nous les avons rattachés à un élément unique la vitesse de circulation c'est parce que les autres facteurs de l'équation de l'échange out déjà été étudiés depuis fort longtemps et qu'ils ne permettaient pas à eux seuls de comprendre l’évolution des phénomènes contemporains.
L'idéal de la science serait d'expliquer le maximum de faits par un minimum de causes. Nous nous sommes efforcé en nous appuyant sur la théorie générale de la valeur de montrer que l’action de la vitesse de circulation paraissait expliquer à elle seule toutes les discordances constatées dans la proportionnalité des rapports
entre le volume de la circulation et le niveau des prix.
L'étude de V nous a conduit à observer qu'à côté des facteurs quantitatifs tenant à la monnaie elle-même, il fallait tenir compte d'un coefficient d'utilisation très
sensible aux influences psychologiques.
Mais lorsque nous avons tenté d'apprécier l'étendue de cette zone d’indétermination, nous n'avons pu la définir d'une façon précise, tant de circonstances diverses contribuant à la restreindre ou à l’étendre et nous nous sommes rapprochés par une autre voie du point de vue de Von Wieser lequel, comme nous l'avons vu, dénie à
l'instrument des paiements toute utilité directe.
En effet, la fonction monétaire s'exerce effectivement
d’une façon si intermittente qu'il y a dans son utilisation
Le lOSr—=
une part d’arbitraire et de conventionnel qu'il serait vain de dissimuler.
Toutefois, en ne considérant que les faits dans leur succession historique, il sera sans doute plus facile de saisir par quel enchaînement le rôle essentiel dévolu jadis aux facteurs quantitatifs s’est peu à peu atténué, et comment les éléments psychologiques ont pris progressivement une importance qui ne semble pas devoir diminuer. |
À défaut d’une mesure exacte des variations probables de V une analyse rapide des événements passés nous permettra peut-être de dégager une tendance dans l’évolution des phénomènes monétaires et d’en tirer un enseignement pratique.
Il se peut que nous puissions alors entreprendre la recherche d’un nouvel étalon des valeurs donnant aux prévisions humaines le minimum de sécurité indispen-
sable.