‹ La Vitesse de Circulation de la Monnaie et les Variations de son Pouvoir d'Achat: Contribution à l'Étude d'une Théorie RéalisteChapitre 48 sur 59 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

L'EVOLUTION DES FACTEURS QUANTITATIFS ET QUALITATIFS DANS LES DIFFERENTS SYSTÈMES MONETAIRES

On peut dire d’une manière générale que les diverses théories qui prétendent expliquer l’action de la monnaie

sur les prix ne s'accordent pas sur l'importance qu'il

convient d’attacher aux fluctuations de la vitesse de.

circulation.

Plus encore que l'interprétation causale, l'amplitude du phénomène doit retenir l'attention des économistes car les solutions pratiques dépendront nécessairement de l'ordre de grandeur probable des variations de V.

Si l'on examine la doctrine dans son évolution historique on s'aperçoit que la monnaie a été de moins en moins considérée comme une richesse importante dans l'échelle des valeurs et l'on à vu s’atténuer peu à peu la rigueur des théories quantitatives.

Depuis la guerre surtout, on a admis plus facilement l'existence d'éléments psychologiques à côté des éléments quantitatifs même parmi les défenseurs des anciennes conceptions,

Ne doit-on voir dans ce revirement l'influence des expériences récentes, celles-ci n’ayant pas tardé à imposer aux données de la science les ajustements nécessaires.

Et ne peut-on pas soutenir que ce sont les événements eux-mêmes qui ont déterminé la direction des recherches sur le fondement de la valeur de l’instrument des paiements, les hypothèses anciennes trouvant une justification dans l’observation de la généralité des faits à leur époque.

C’est dans l’utilisation de la monnaie que les tendances de notre vie économique se sont dégagées de la manière la plus nette. Etant de par sa nature destinée à être mise en circulation, elle ne remplit pas sa fonction quand on ne l’'emploie pas dans les échanges. On pourrait objecter qu'un grand nombre de billets mènent une existence tranquille dans les coffres-forts des particuliers, lesquels ne songent nullement à s’en défaire. Mais dans ce cas, à l’état de repos, le numéraire est envisagé comme une valeur quelconque avec cet inconvénient de n'être point productif d'intérêts et il manque son but.

Puisque la raison d’être d’une monnaie consiste dans cette facilité qu’elle possède de passer de mains en mains, il est évident que toutes les institutions pouvant favoriser sa mobilité exerceront une influence décisive sur les mouvements possibles de V que nous allons essayer d'analyser aux différents degrés de la technique moné-taire.

À l'origine, l’utilité directe du métal n'a pas dû se dissocier rapidement de celle de ses nouvelles fonctions,

et l'opération de transfert se compliquant d'une pesée et

d’un essayage des lingots ne pouvait pas être instantanée.

Certains actes juridiques des Romains comme la mancipatio avec son libripens sont une survivance de l’époque où l'instrument des échanges n’était pas encore compté.

Il serait vain de rechercher comment pouvait se régler alors la vitesse des paiements, mais il est probable qu'elle devait être extrêmement lente.

On peut supposer qu'il en a été de même au moyen âge et jusqu'à une époque relativement récente.

En effet, les métaux précieux furent considérés longtemps en eux-mêmes comme une richesse, et l'extrême pénurie des transactions ne permettait pas les placements rémunérateurs. L'économie crédit caractérisée par le prèt et la vente à terme ne s’était pas encore développée et l’on considérait l'intérêt comme usuraire (1). M. Gide (2) a fait remarquer très justement que le crédit sous forme de prêt d'argent ne pouvait avoir un caractère productif en un temps où il ne pouvait servir qu'à la consommation. Ceux qui empruntaient alors c'étaient les chevaliers désirant s’équiper pour les croisades aux fins de consommations personnelles. Ne pouvant payer à l'échéance, ils risquaient d'être contraints par corps et d’aliéner leur liberté. Dans ces conditions c'était vraiment un intérêt de l'argent que le créancier exigeait et non la rémunération forfaitaire d’un capital productif.

Le prêt à intérêt paraissait un abus de droit, un instru-

&) Voir Ashley, Histoire et doctrines économiques en Angleterre (traduction française).

(2) Gide, L'Economie Politique, tome II, page 291 et 8, .

ment d'exploitation puisque la monnaie encore mal dégagée de ses origines était envisagée bien plus comme la mise en réserve d’une épargne devant un jour être consommée qu'un instrument de répartition des biens. Dans les cas exceptionnels où l’emprunteur pouvait réaliser un bénéfice, la casuistique canonique imagina des détours ingénieux pour trouver des accommodements à la rigueur des principes (1).

On doit ajouter que les transactions étaient peu nombreuses, ce qui rendait difficile la négociation d’un bien quelconque sur des marchés inorganisés ou très étroits.

La vitesse de circulation ne se trouvait pas accélérée par le souci d’une perte d'intérêt puisque normalement les possesseurs de capitaux liquides n'en avaient pas l'emploi sous une forme lucrative et ils préféraient les conserver plutôt que de s’exposer inutilement à les voir dilapidés par d’autres.

Réconstituer une réserve de numéraire était une opération particulièrement difficile et qui exigeait de très grands sacrifices, les espèces monnayées étant concentrées en quelques mains.

Il n’y avait d’ailleurs aucune stabilité des prix mais

leur déséquilibre se manifestait surtout dans l’espace,

(1) Aristote ne dissocie pas l'intérêt de l’argent de celui du capital. Voici ce qu’il écrit : « Politique F, ch. IV. L’argent ne devrait servir que de simple facteur pour faciliter l'échange des produits. Mais loin de là, l'intérêt qu’on en tire pour faire de l'argent lui fait des enfants. Père et enfants sont tous semblables : l'intérêt est donc issu de l’argent et c’est de tous les moyens de réaliser un bénéfice le plus formel-

lement désavoué par la nature des choses ».

= ITOÉS

ceux-ci ne pouvant se niveler par suite des difficultés de communications et il n'existait pas de cours stables donnant à un moment donné satisfaction à un grand nombre de coéchangistes. On ne peut vraiment pas se faire une opinion d'ensemble sur les phénomènes économiques de cette période par suite de l'extrême irrégularité des opérations commerciales. La mesure de V est pratiquement impossible; nous savons seulement que la monnaie était-considérée comme la richesse par excellence que l’on accumulait d’une manière immodérée dans la crainte de venir à en manquer. Les facteurs quantitatifs auraient été les seuls vraiment essentiels si l'inégale répartition de l'or et de l’argent n'avait modifié le pouvoir d'achat des métaux précieux entre deux régions souvent très voisines et même entre Jes villes et les

campagnes avoisinantes.

Il faudra attendre l'extension du commerce maritime et la reprise de l’activité des échanges qui ont suivi les grandes découvertes pour que la fonction monétaire se perfectionne et se rapproche de ce qu'elle est devenue :

de nos jours.

La création des grandes banques se rattache étroitement à cette évolution. Les premières furent celles des républiques italiennes : C'est à Venise que nous rencontrons au début du XV° siècle les premières promesses écrites de paiement qui ne tiennent pas compte du mon-

tant des dépôts (1). L’endossement semble avoir pris

(1) Sur la banque de Venise, voir Ferrara, Gli Antichi banchi di Venezia, Antologia vol. xvr.

naissance au cours des foires génoises ;: on se trouve en présence d'une phase préliminaire sous forme de giro Aval (endossement cautionnement) (1). Ce seraient des réfugiés juifs convertis au christianisme qui auraient contribué au développement de cette place en donnant

une impulsion nouvelle à sa vie économique.

Un peu plus tard, la prééminence commerciale passe à la Hollande avec la célèbre banque d'Amsterdam (1609). On voit ensuite apparaître celles de Stockolm, de Ham-

bourg, de Rotterdam et enfin la banque d'Angleterre 1694

La multiplicité des mornaies, la fréquence des falsifications contribuèrent à la prospérité des changeurs et la banque d'Amsterdam institua une monnaie idéale représentant un poids fixe d'argent qui bénéficia rapidement d’une prime appréciable sur les mêmes sommes en espèces courantes. C’est ainsi que progressivement les rapports entre provinces d’abord, entre états ensuite

devinrent plus fréquentes et que les opérations d’escompte et de dépôt se généralisèrent. |

La vitesse de circulation encore lente s'accéléra, les possesseurs de fonds commençant à avoir la possibilité de les prêter à intérêt avec certaine sécurité et le placement cessa d’être exclusivement le fait de quelques

professionnels.

Mais comme matériellement les paiements s’élaient

encore compliqués et qu'il fallait compter avec les trans-

{1) Werner Sombart, Les Juifs dans la vie économique, pages 87

et suiv,

ferts de numéraire d’une place à l’autre, les fluctuations . de V étaient encore très limitées.

C’est au cours du XVIIE et pendant tout le XIX® siècle que les banques d'émission virent leur importance s’accroître et peu à peu à côté des métaux les billets commencèrent à circuler d’une manière courante. De bonne heure en Angleterre le public prit l’habitude d'utiliser les chèques pour les opérations importantes, et un chiffre de transactions de plus en plus considérable se liquida dans les Clearing Houses (chambres de liquidation) dont la première remonte à 1773.

Enfin, les opérations de bourse sur les valeurs mobilières prirent de l’extension et permirent de se procurer rapidement des disponibilités par des réalisations de titres.

L'adoption de l’étalon or du moins en fait par les grandes puissances, contribua à unifier le marché monétaire dont la physionomie avant la guerre était caractérisée par la convertibilité du billet de banque, la frappe libre et l'existence d’une circulation effective d'espèces métalliques. Ce régime connu sous le nom de gold standart eut pour effet d'accélérer V dans une proportion changeant dans chaque pays mais de limiter ses variations. |

En effet, pendant le XIX° siècle, le rôle de la monnaie dans les échanges est devenu très important et l’encaisse désirée à beaucoup diminué en raison des occasions de placement qui se présentèrent à la suite de la fondation de nombreuses sociétés de capitaux. On commença à

prendre l'habitude de ne conserver en banque que les

ue

sommes nécessaires aux paiements courants ét'les facilités de mobilisation des autres éléments de l'actif des particuliers diminuèrent la réserve de numéraire indispensable. Mais d'autre part, les nécessités des transacüons et la portion encore peu importante des valeurs mobilières dans les patrimoines venaient enrayer cet essor. À la campagne une active thésaurisation des pièces d’or s’opposait également à une accélération trop rapide du rythme des échanges.

Très vite une hausse des revenus et des prix nécessitait des appels de fonds aux banques dont le portefeuille commercial se gonflait rapidement. Pour défendre leur encaisse les instituts d'émission ne manquaient pas d'élever le taux de l’escompte et la baisse des prix succédait à la hausse. Leur indépendance se trouvait donc restreinte entre deux limites qui ne tardèrent pas à s’éloigner l’une de l’autre dans la mesure où se développèrent les procédés de compensation et l'extension du crédit.

C'est dans un pareil milieu économique que s’élaborèrent les principales théories monétaires du XIX° siècle et l'interprétation quantitative parut longtemps la plus conforme aux faits. |

Un des premiers écrivains financiers qui constata qu'il n'y avait pas de rapport nécessaire entre la quantité de monnaie et les fluctuations des prix au cours des périodes d’essor et de dépression fut Tooke qui critiqua sur certains points les déductions de Ricardo. Il ÿ a une foule de circonstances, disait-il, où les mouvements de P sont provoqués par ceux du commerce et de la pro-

duction et où ils ne sont pas la conséquence d’une émis-

sion de billets. Les périodes d’essor et de dépression dont le rythme caractérise une nation commerciale, n’ont rien

à voir avec la masse monétaire en circulation.

Dans beaucoup de cas, c'est la hausse des prix qui détermine l'augmentation du volume des instruments de paiement et ce n'est pas une émission de billets qui provoque la hausse des prix. Par exemple, à la suite d'une mauvaise récolte le public exige une plus grande quantité d'espèces pour faire face à ses dépenses courantes. /La demande en est provoquée par la hausse des prix de sorte que la circulation plus abondante en est la

conséquence et non la cause (1).

Mais ces controverses n’empêchent pas la théorie quantitative de triompher à la suite des observations auxquelles donna lieu la découverte des mines d’or en Australie et en Californie à partir de 1848. L'afflux des métaux précieux coïncida alors avec une hausse notable des prix, et personne à l'époque ne nia son action (2). Il n'y à que sur le mécanisme de ce mouvement qu'il y eut des opinions divergentes et Newmarch émit l'hypothèse que le point de départ devait en être cherché dans l’augmentation des revenus des chercheurs d'or. Par contre, durant la période de 1873 à 1896, la théorie quantitative parut un peu discréditée, bien que certains auteurs comme MM. Aupetit et Cassel, aient expliqué la baisse continue qui sévit alors par l'insuffisance de l'accroissement

des stocks de métal eu égard à l'augmentation de la pro-

(1) M, Rist à son cours. \ (2) Levasseur, La Question de l'Or, 1858.

duction et du volume des échanges. Enfin, dans les années qui précédèrent la guerre, la découverte des mines d’or du Transwal qui doubla le stock d’or existant entre 1895 et 1914, parut expliquer la hausse des prix qui fut cependant interrompue à un certain moment par la crise de 1907.

Ainsi les théories économiques se trouvèrent dominées au Cours du dix-neuvième siècle par le souci légitime d'interpréter les faits positifs observés et de les expliquer au moyen de principes généraux.

L'étude et la confrontation des diverses opinions émises nous conduit à cette remarque que les facteurs quantitatifs ont longtemps paru les plus puissants et même les seuls rendant compte des principales variations dans le niveau des prix.

Mais peu à peu, à l’occasion des crises périodiques marquant l'alternance des cycles de prospérité et de dépression, des anomalies furent constatées qui semblèrent dans une certaine mesure, contredire les hypothèses formulées.

Les uns n’y virent que des circonstances passagères n'infirmant en rien les règles classiques, tandis que d’autres cherchèrent à compléter les anciennes doctrines en admettant l'existence de causes non encore dégagées, capables de modifier le pouvoir d'achat de l'unité monétaire.

En réalité, on vit l'élargissement progressif de la zone d’indétermination des fluctuations de V, provoquer une irrégularité de plus en plus grande des relations entre

M et P, chaque phase nouvelle venant modifier les pré-

visions basées sur l'observation des événements antérieurs et ajoutant un élément d'incertitude.

Entre temps, certains pays organisèrent leur système monétaire sur de nouvelles bases et décidèrent de se servir de l'étalon or, non pas comme monnaie courante du pays, mais simplement dans les rapports d'échange avec l'extérieur. C’est ce qu’on appelle le gold exchange standard, dont le but est de stabiliser la valeur métallique sans modifier la circulation intérieure, soit d'argent, soit de papier.

On organisa à cet effet, des caisses de conversion qui fournirent d’une manière permanente aux nationaux débiteurs de l’étranger, les devises or dont ils pouvaient avoir besoin pour effectuer leurs paiements au dehors, et permirent aux nationaux créanciers de l'étranger la conversion de celles qu'ils recevaient en monnaie intérieure.

Peu à peu, les espèces métalliques disparurent complètement de la circulation, ayant été résorbées par l'institut d'émission, et il en résulta une grande économie de numéraire. La banque centrale prit l'habitude de conserver indépendamment de son encaisse métallique, une certaine masse de manœuvre constituée en devises étrangères et qui servit en quelque sorte de garantie supplémentaire touchant la convertibilité des billets émis.

Cette technique qui se développa surtout après la guerre, permit la stabilisation d’un grand nombre de monnaies européennes, transformant complètement les bases du crédit.

Dans un système reposant sur l’étalon or, on peut

apprécier de deux manières la nature de la circulation papier.

Une première interprétation serait de considérer lé volume total des instruments de paiement comme formant l'unique élément déterminateur de la quantité de M.

Une autre explication n'envisagerait que la masse métallique théoriquement exigible, mais tiendrait compte du volume de la circulation fiduciaire et des crédits comme étant des facteurs importants d’uné meilleure utilisation de l'or, susceptibles de faciliter un accroissement de la vitesse de circulation moyenne des sommes représentant le total de l’encaisse.

En pratique, cette distinction est arbitraire, mais elle montre nettement ce qu'il y a d’artificiel dans le fondement de la notion de convertibilité qui repose sur une fiction juridique et constitue un empêchement d'ordre subjectif à l’accroissement immodéré des moyens de paiement.

Le principe du gold exchange standard permettra souvent aux états d’avoir une politique de crédits: moins sévère et de diminuer la base métallique de leur système monétaire.

En effet, il suffira de considérer les devises accumulées comme équivalentes à l’or, qu’il serait possible d'obtenir en contrepartie, et de les ajouter au montant de l'encaisse pour fixer la proportion des réserves aux engagements. .

Mais il s’agit là de billets d’un autre état qui ont été eux-mêmes émis selon certaines règles analogues et ne

HA Ile

sont pas de simples certificats d'or, de telle sorte qu’on assistera à une multiplication des crédits, l'unité métallique originaire était le gage d’une monnaie de papier. qui viendra à son tour garantir celle d'une autre nation.

Ainsi, malgré le maintien de l'étalon-or, on assistera à une véritable création internationale de possibilités d'émission dérivées.

Si les fluctuations effectives de V ne seront pas en principe modifiées, les variations des revenus seront beaucoup plus larges et la stabilité des prix risquera à chaque instant d'être compromise par un changement de politique d’une banque centrale qui désirerait brusquement réaliser son portefeuille de devises et en arriverait: indirectement à pouvoir contrôler le volume des émissions, non seulement à l'intérieur. mais encore à l'étranger.

Enfin, il n'est pas toujours sans danger d'être obligé de délivrer des moyens de paiement en échange de billets, mêmes convertibles, sans pouvoir exiger un versement immédiat en or, car on perd au moins pour un temps, la faculté de régler la circulation et de la maintenir dans un certain rapport avec les besoins réels.

C'est pour obvier à ces inconvénients que la France, au moment de stabilisation de 1928, a adopté un système intermédiaire entre le gold standard et le gold exchange standard connu sous le nom de gold builion standard.

Sous ce régime, la banque donne des billets contre'des lingots d’or et inversement, mais seulement au-delà d’une valeur déterminée.

Il offre sur le gold exchange standard l'avantage d’ern-

pêcher l'augmentation continuelle du portefeuille de

devises. Les particuliers étrangers qui désirent encore envoyer des capitaux en France seront, s'ils désirent avoir des francs, obligés d'acheter de l’or dans leur pays pour nous l'envoyer.

On pourra supposer qu'alors, les banques d'émission étrangères seront amenées à élever leur taux d’escompte et empècheront cet afflux de capitaux vers la France.

En pratique et dans la mesure où la Banque d'émission

nationale a accumulé un portefeuille de devises lui restant de la période antérieure, il y a selon l’expression de M. Aftalion, un résidu d'inflation à l'intérieur et à l’extérieur seulement ces deux inflations n'iront plus se grossir mutuellement. |

Dans la pratique l’excédent résultant du fonctionnement antérieur du gold exchange standard se résorbera très difficilement et au bilan du 9 janvier 1930, le volume de la circulation fiduciaire en France a atteint le chiffre de 70 milliards contre 58 seulement au moment de la stabilisation légale.

La dissociation entre le capital et la marchandise, ce dédoublement des crédit qui a conduit à la fois à une augmentation de M à l’intérieur et à l’extérieur, et favorisé la constitution récente d’une masse de capitaux flottants, circulant de pays à pays, ne produit pas nécessairement une hausse des prix, mais il en résulte une situaiion favorable à leur accroissement, les augmenations de l’ensemble des revenus qui peuvent survenir pour des causes diverses, n’étant plus freinées par la pénurie des moyens de paiement, qui autrefois, ne tardait pas à avoir

lieu.

On peut donc affirmer qu'il y à quelque chose de changé dans la technique monétaire et que les anciennes conditions du marché qui impliquaient nécessairement une certaine part d'automatisme dans les réactions de P; ont fait place à un ensemble de systèmes infiniment plus souples, mais également plus instables, et qui ne permettent plus aux prévisions de s'exercer avec le même degré de probabilité qu'autrefois.

Gold standard, goid buillon standard, gold exchange standard, sont les trois étapes d'une évolution au terme de laquelle la monnaie a perdu progressivement les principales qualités qui faisaient d'elle une mesure convenable des valeurs. Avec les progrès de la compensation et du crédit et l’indétermination de plus en plus grande des limites de son utilisation, les règles classiques et qui reposaient sur l'observation de faits anciens, apparaissent bien vagues et bien inopérantes. Dans ce domaine, le progrès humain s'est exercé d'une façon quelque peu inquiétante, puisque peu: à peu nous avons assisté à la diminution des éléments de sécurité et de stabilité qu’on avait cru trouver dans l'emploi des métaux précieux comme régulateurs des échanges et comme témoins servant de point de repère pour faciliter l'exécution sans contestation des conventions intervenues entre créanciers et débiteurs.

Mais ce lien si lâche qui rattache encore la circulation des billets à l’étalon or, peut se trouver également rompu, et il arrive dans ce cas, que l’on ne puisse plus échanger une certaine somme de monnaie légale pour une certaine

quantité de métal dont on pourra disposer librement. Que

cette garantie disparaisse sous forme de suppression du remboursement des billets, ou sous forme d'interdiction de disposer de l’or, peu importe. L’étalon or est abandonné dans les deux cas ! M. Cassel a fait remarquer que pendant la guerre en Angleterre, on n’a point été jusqu’à procéder sous forme de loi pour interdire l'exportation de l’or, mais qu'on a prohibé toute sortie qui paraissait gênante. Au point de vue économique, en pareille occurence, l’étalon or n'existe plus (x).

La monnaie jusqu'alors convertible, se trouve remplacée par un simple étalon de papier dont la valeur reste d’ailleurs toujours déterminée par sa quantité et la vitesse de circulation. Au début le public s’habitue difficilement au nouvel état de choses et demeurant fermement persuadé que les billets recouvreront un jour ou l’autre leur ancienne valeur il n’admet pas sans répugnance l'idée que la valeur d’une monnaie de papier émise sans limites puisse se déprécier indéfiniment lorsque la circulation en est suffisamment accrue.

Après une première période où la lenteur de l’adaptation et la faible progression des revenus nationaux a tendance à retarder les eflets d’une situation anormale, il arrive que sous l'influence du change la vitesse de circulation tende vers un maximum.

En effet, les quantités de numéraire existant dans deux états différents, l’un sous le régime de l’étalon or l’autre sous celui du papier monnaie, ne seront pas l’uni-

que base d’appréciation de leur valeur respective. La

(1) Cassel, La monnaie après 1914, page 13 el suivantes,

devise inconvertible se trouvera rapidement la moins

désirée, et sous l'influence des variations du revenu et

des prévisions le rapport pe deviendra très petit. À ce moment de nouveaux crédits seront sollicités des banques et il est fort probable que le Gouvernement se verra obligé de créer d’autres billets pour satisfaire aux nécessités des échanges.

Mais cette inflation dérivée provoquera à son tour par un mécanisme psychologique facile à comprendre une nouvelle hausse des changes que suivront de rapides augmentations des revenus et des prix et ce sera le processus inéluctable d'une dépréciation de plus en plus accélérée.

Cependant longtemps encore les prix intérieurs en or demeureront à un niveau très bas grâce à la résistance que V opposera au mouvement par suite de la pénurie effective de moyens de paiements (geld mongel) que%# provoquera l'insuffisance des balances réelles malgré tous les artifices auxquels on aura recours.

Pendant un certain temps cette rareté accrue des espèces liquides suffira pour empècher P de s'élever à la parité extérieure malgré la répétition d'émissions désordonnées.

Pour justifier la hausse directe des prix intérieurs sous l'influence du change et des prévisions, l'explication tirée du rythme élevé de V ne suffit plus. La vitesse de circulation à atteint le maximum compatible avec les possibilités des affaires et le développement des procédés

de compensations.

La solution de ce problème peut être donnée d’une

dés

façon très simple et repose toute entière sur ce postulat que l'homme préfère en toutes circonstances le produit qui est de meilleure qualité et qui répond le mieux à ses besoins.

Bien que cette proposition semble à première vue prendre le contrepied de la célèbre loi de Gresham elle n’en est que la conséquence nécessaire ou plutôt le complément indispensable.

Thomas Gresham ce financier anglais du XVI° siècle qui fut Chancelier de la Reine Elisabeth et qui fit construire à Londres la première bourse des marchands formula sa loi dans les termes suivants : «En tout pays où deux monnaies sont en circulation, la mauvaise chasse toujours la bonne. Ge n'était que l’énoncé d'une règle psychologique élémentaire qui trouve son application dans l'exécution de toute obligation alternative puisque dans cette hypothèse le débiteur est libéré par la délivrance d’une des deux choses qui étaient comprises dans l’obligation (art. 1189 du Code Civil).

En vertu d’un principe hédonistique essentiel fon donne toujours le moins pour obtenir le plus.

Mais si l’on considère l'intérêt du créancier, il en est tout autrement. Celui-ci cherchera à obtenir le traitement le plus favorable et y contraindra le débiteur toutes les fois que l'Etat n'imposera pas la mauvaise monnaie par un acte arbitraire (1). Lorsque la méfiance dans la devise nationale se sera accentuée pour que s’efface toute

considération de légalité, celle-ci finira par ne plus être

(x) Brouihet, Précis d'Economie Politique, page 503,

acceptée en paiement et peu à peu se verra supplantée par celle d’un autre état à étalon or. À certaines périodes critiques de grandes quantités de livres et de dollars ont été introduites en Europe Centrale et ont supplanté progressivement dans les transactions la couronne et le mark dont personne ne voulait plus si ce n'est pour de petits échanges au jour le jour.

Les prix ont dès lors marqué une tendance très nette à s'établir à la parité de ces diverses monnaies et même jà la dépasser quand les paiements étaient effectués en devises intérieures.

L’impossibilité où l’on se trouvait d'accélérer davantage la vitesse de circulation de la couronne ou du mark n’empêcha plus ces monnaies de constituer à se déprécier puisqu'elles n'étaient plus les seules employées et leur pouvoir d’achat total finit par devenir extrêmement faible.

De tels événements, bien qu'exceptionnels, montrent à quel degré un instrument de paiement peut perdre ses qualités fondamentales lorsque l'opinion générale les lui refuse à la suite d’une longue période de troubles monétaires.

Mais déjà sous le régime du gold exchange standard et même du gold buillon standard, malgré le caractère international de l'étalon or, il devient difficile d’enfermer les variations du revenu et des prix dans des limites étroites. L'accroissement de la vitesse de circulation d'une part et l'extension extrêmement indéterminée des possibilités d'émission de billets d’autre part ne permet-

tent plus d'apprécier le moment précis ou la perte d’inté-

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