‹ La Vitesse de Circulation de la Monnaie et les Variations de son Pouvoir d'Achat: Contribution à l'Étude d'une Théorie RéalisteChapitre 8 sur 59 · L'UTILITE DE LA MONNAIE ET LA SERIE DE SES UTILITES · texte numérisé non relu

L'UTILITE DE LA MONNAIE ET LA SERIE DE SES UTILITES

On peut définir ainsi la monnaie : « Un intermédiaire nécessaire dans les échanges des produits et des. services ». Dans une société civilisée, la spécialisation de plus en plus grande des fonctions, fait que nul ne peut se suffire à lui-même. Nos besoins sont extrêmement variés et nous échangeons généralement ce que nous produisons au-delà de notre consommation personnelle contre une multitude d’autres produits qui nous sont nécessaires.

Une marchandise était indispensable qui fut recherchée non à cause des services qu'elle était susceptible de rendre par elle-même mais pour la possibilité de l’'échanger contre d’autres produits, une marchandise assez divisible dont on puisse donner une quantité proportionnelle à la valeur de ce que l’on désirerait acquérir afin qu’elle convienne à tous ceux qui ont des achats à faire, c’est-à-dire à chacun de nous. Ce sont là les fon-

dements de la valeur d'usage de la monnaie, de son uti-

roi

lité d’où dérive la valeur d'échange comme pour n'importe quel autre bien. On peut ajouter qu'elle est un moyen juridique de circulation des richesses, de même que les transports, chemins de fer, navires etc. en

sont le moyen matériel.

Elle apparaît ainsi comme tirant sa valeur de son uti-

lité propre et de la série de ses diverses utilités (1).

L'or est à la fois une monnaie et une marchandise. Son utilité dépendra donc à la fois de son emploi comme

monnaie et de son emploi comme marchandise.

C'est une erreur de l’assimiler à l'utilité directe du métal qui est limitée à certaines industries de luxe. Si l'or n’était pas employé comme monnaie et ne servait qu'à ses usages industriels, il serait bien moins désiré qu'il ne l'est actuellement, c’est-à-dire que sa valeur d'échange serait bien moins considérable, mais comme la plus grande partie sert de monnaie et n'a pas d'autre destination, il devient moins abondant comme marchan- ‘ dise, et cette rareté augmente sa valeur. L'usage de ce métal dans la bijouterie, la dorure, etc... le rend plus rare comme monnaie. À l'inverse, il est d'autant plus rare pour ces différentes utilisations qu'il est davantage employé comme monnaie. Lorsque l’argent a été retiré de la circulation dans différents pays, il a aussitôt diminué de valeur et est devenu en Europe une marchan-

dise comme les autres.

Sous sa forme simple, la théorie de la monnaie mar-

(1) M. Germain Martin à son cours,

ME. pes

chandise paraît donc être inexacte. L'emploi comme monnaie «intermédiaire nécessaire dans les échanges des produits et services » augmente la valeur du métal et la nécessité où l'on se trouve d’y avoir recours confère à l’unité monétaire une utilité propre de laquelle dérive sa valeur d'échange.

: Le propriétaire d’une maison ne pourra l'échanger contre d’autres biens que s’il trouve un acquéreur tandis que le détenteur de monnaie pourra directement se procurer l’objet qui lui convient. Ainsi la marchandise monnaie permet de n'opérer qu'une seule transaction appelée achat. Pour tout autre objet, il faut deux opérations, la vente et l'achat. La vente ou l’achat pris séparément ne sont que la moitié d’un échange. Dans un sens large, la théorie de la monnaie marchandise est juste si l’on matérialise son utilité comme monnaie en l’assimilant à celle d’une richesse quelconque (1). Certains économistes n’admettent pas ce raisonnement parce que l'instrument monétaire ne permet pas, dans le sens strict du mot, de satisfaire immédiatement nos besoins (2).

Mais une foule de produits dans leur forme actuelle

(1) Jean-Baptiste Say, Economie Politique, tome Il, p. 340 op. citée : « la monnaie en circulation dans un pays quelle que soit sa matière ayant une valeur qui lui est propre, une valeur née de ses usages, fait partie des richesses de ce pays aussi bien que le sucre, l’indigo, le froment et toutes les marchandises qui sont en sa pos-

session ».

(2) Irving Fisher, Le pouvoir d'achat de la monnaie, édition 1926,

page 34, op. ciée : « La monanie est entre tous les biens seule à

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ne sont pas susceptibles de nous satisfaire. L’utilité de la monnaie artifice juridique certes, mais combien indispensable, qui tient au service qu’elle rend dans la distribution des richesses, ne saurait lui enlever le caractère de bien reposant sur des bases objectives.

On peut se demander aussi de quoi dépend la valeur du billet de banque. En droit, ce n'est qu’une créance sur la banque qui doit le rembourser en espèces. La théorie, sommaire de la monnaie marchandise affirme que sa valeur réside dans celle de la monnaie métallique, dont la valeur elle-même serait celle de la marchandise dont elle est formée.

C’est oublier que le billet de banque accepté partout comme monnaie augmente la quantité de celle-ci et que mème en période de convertibilité, son abondance tend à diminuer la valeur d'échange supplémentaire donnée par la fonction monétaire au métal. Il en est de même pour la circulation des chèques. Ainsi, simple substitut de l'or en tant que marchandise ordinaire, il acquiert comme monnaie un pouvoir d'achat indépendant et sa diffusion tend à diminuer la valeur d'échange de chaque unité. La circulation des billets de banque détermine le pouvoir d’achat de l'or bien plus que l'or ne détermine le pouvoir d'achat du billet de banque. La valeur de la monnaie marchandise ne peut pas descendre audessous de celle qu’elle aurait naturellement de par son utilité propre mais elle est variable et tend à diminuer

Nu

posséder ce caractère fondamental et particulier, savoir qu’elle n'a

pas par elle-même le pouvoir de satisfaire les besoins des hommes »,

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