‹ La vocation au mariageChapitre 12 sur 49 · LE MA.RIAGE CIVIL · texte numérisé non relu

LE MA.RIAGE CIVIL

que justifier certains empiétements du pouvoir civil sur le mariage, ou lui donner des droits qu'il n'avait pas. Ils entendaient bien que l'un n'allât pas sans l'autre, et très certainement ils ne prévoyaient pa.s les conséquences ultimes de leur théorie, qui au fond, malgré la subtilité de leurs arguments, bouleversait toute la conception du mariage chrétien. Ajoutez à cela l'influence de la réforme protestante du XVF siècle niant le caractère sacramentel du niarir.ge, et plus tard celle du philosophisme au XVIIF siècle niant même son caractère sacré et religieux, et vous comprendrez le peu de résistance que vont rencontrer les innovations de la Révolution et des rédacteurs du Code civil.

Dans sa Constitution de septembre 1791, la Révolution faisant sienne la conception des philosophes, dégage le mariage des dogmes confessionnels et déclare que n'étant qu'un contrat civil, il se suffit à lui-même. Dieu est remplacé par l'État, c'est la vraie sécularisation. Les hommes de l'Assemblée législative estimant le peuple encore trop attaché au culte ancestral n'osent pas bannir toute cérémonie religieuse, ni les remplacer par d'autres purement laïques. Ils proclament au contraire et très solennellement la liberté du culte, se contentant de persécuter les prêtres.

La Convention et le Directoire recueillent la succession de l'Assemblée législative. Les Conventionnels pousseront jusqu'au bout les idées et la lêgisîa-

Il6 LA VOCA'JK^N AU M\!\!AGE

tion sur le mariage dont ils viennent d'hériter. Les dilettantes de nos assemblées délibérantes posent souvent des principes, dont les conclusions peuvent bouleverser le pays. Leur délicatesse répugne à les tirer, ils passent alors la main, à un rustre quelconque, qui ne sera que l'exécuteur honni de ce qu'ils n'ont pas voulu faire eux-mêmes, préférant être spectateurs qu'acteurs.

Les Jacobins dont le rêve était de construire une société nouvelle sur des ruines ne pouvaient pas négliger de s'occuper du mariage. Il y avait là au contraire pour ceux qui avaient transformé le calendrier et institué des fêtes nouvelles, une excellente occasion de montrer que beaucoup d'entre eux se souvenaient d'avoir été sacristains. Pour se distraire du jeu par trop cynique de la guillotine et des ■^^acas causés par les affaires de l'Etat, ils s'amusent a organiser un culte nouveau. Leurs prédécesseurs n'avaient été que les prédicateurs du marin ge civil, eux ils en deviennent les pontifes. Aussi dans la loi sur l'organisation de l'instruction ptihlique (i), qui règle entre autres choses la célébration des sept fêtes nationales, la solennisation du mariage tient une grande place.

Boissy d'Anglas avait autrefois rêvé cette solennité idyllique. « Je vois, écrivait-il à la Convention Kalionali?. un autel de gazon, élevé à quelque dis*

j» i Bru?j)&!re an iVj s<( octobre i)

Page 1