LE MARIAGE CIVIL
prêtre aurait été poursuivi et condamné. N'y a-t-il pas là une monstrueuse violation de la liberté du culte reconnu solennellement par les lois françaises ?
Cette critique légale n'est pas la seule que l'on peut faire au mariage civil.
Les réformateurs devaient certainement avoir en vue le relèvement moral du mariage. C'est pour cela que ne voulant plus se servir du mariage religieux où dix-huit siècles avaient puisé les salutaires principes de l'union conjugale, et où celle-ci avait trouvé la constante affirmation de sa sainteté et de son indissolubilité, ils imaginèrent les cérémonies de la mairie, se persuadant que dans leur simplicité, elles feraient une salutaire impression sur l'âme des jeunes conjoints.
Ce n'est pas en sortant de la mairie, où ils auront entendu lire par l'officier de l'état civil, que-k^ues articles du Code où l'on ne parle même pas de s'aimer mais où il n'est question que d'ester en justice, de contracter, d'hypothéquer, de négocier, etc. (i), que les jeunes époux auront une haute idée de leurs devoirs nouveaux. Le résultat, c'est que, ayant fait descendre le mariage des sommets divins où Dieu l'avait établi dès l'origine, l'ayant dépouillé de l'auréole de mystérieuse grandeur dont l'avait nimbé la religion, il n'est plus pour le peuple qu'une
(t) Celle aivlh Arti m k aiSi
cérémonie banale, dont on peut se contenter, ce qui se passe à l'Eglise n'étant qu'un accessoire facultatif. Et à voir ce contrat civil fait, défait et refait comme une convention ordinaire, il en a conclu qu'il n'avait rien que d'humain.
L'Eglise durant de longs siècles avait réussi à soutenir au niveau voulu par l'intérêt social la conception morale et religieuse du mariage. L'Etat au contraire n'a encore qu'un siècle d'expérience du mariage ci\il, et déjà le vice et l'inanité de son œuvre sont manifestes. vSi le mariage civil n'a pas encore produit tous ses effets mauvais, c'est que la force de résistance de l'idée religieuse était grande dans notre pays. Mais au fur et à mesure qu'elle perd de son emprise sur les niasses, le mal grandit. Les mœurs s'autorisent davantage de la brèche ouverte ; et nous marchons à grands pas vers ce que certains ont appelé la faillite du mariage. En se privant de la haute conception sacrée du mariage, l'Etat a donc commis une faute énorme. Ce ne sont pas ses lois qui arrêteront la décadence du mariage. « Il faut avoir peu réfléchi à l'influence des lois sur les mœurs pour se contenter de cette garantie. Ce n'est pas sans un péril mortel que des erreurs fondamentales envahissent les esprits et prennent pied dans la législation. Les sentiments ne luttent pas longtemps contre de telles influences, et, lors même que la surface de la société offre à des yeux inattentifs l'apparence de l'ordre maintenu, une observation plus exacte