LB MARIAGE CIVIL
découvre la plaie intérieure et les ravages causés par l'erreur (i). »
Nous ne sommes pas seuls à critiquer le mariage civil (2). Il faut avouer qu'en général il n'a pas une bonne presse. Dans la littérature même légère on lui décoche à qui mieux mieux satires et épigrammes. « Que me demandez-vous, disait Alexandre Dumas, pour que mon bonheur soit permis, pour que je puisse dire à tout le monde : « Voilà mon » épouse unique et bien aimée, la chair de ma chair, » et les os de mes os ? » Que dans une salle silencieuse et froide, devant un homme pareil à moi, entre quatre témoins vêtus de noir, sur un registre semblable à un livre de commerce, je signe l'engagement de prendre cette vierge pour femme et de la recevoir sous mon toit, de la protéger et de lui rester fidèle ? C'est fait. Après ? Voilà tout... Et vous croyez que je me contente de cet engagement matériel que la mort rompra ? Je veux en prendre un
(1) Lucien Brun'. Conférence sur le Mariof^e.
(2) Lors de l;i discussion sur le mariage civil en Italie, le Pape Léon XIII, dans sa lettre du 8 février 1893, écrirait : o Voici le jugement que l'on doit porter sur le nouveau projet de loi dont nous nous occupons. Il usurpe les droits de l'Eglise, ciitrave son action salutaire, et en resserre toujours plus les chaînes, au grave détriment des âmes. Il lèse la juste liberté des citoyens et des ikl-cles, favorise et sanctionne les unions illégitimes, ouvre la voie à de nouveaux scindalcs et à des désordres moraux. Il trouble la paix des consciences et rend plus aigu le conflit entre l'Eglise et l'Etat; conflit absolument contraire à l'ordre établi par le Créateur, conflit justement blâmé et déploré par tous les esprit» honnêtes et dont, assurément, l'Eglise ne fut jamais la véritable cause. » (Lettres de Léên XJII. Edition de la Bonne Presse, t. III).
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que rien ne puisse rompre. Où est mon Dieu ? Où est sa maison sur la terre ?... ? Allons bien vite à l'Eglise (i) ! » — Georges Duruy raconte que, tel jour « à deux heures, devant une grande salle munie de banquettes rouges, ornée du buste de la République, et sentant le tabac, un négociant en cuirs, maire de l'arrondissement, est apparu ceint d'une écharpe tricolore, et, de par la vertu qui réside en cette écharpe, ce monsieur, au lieu de faire des souliers, comme d'habitude à pareille heure, a fait... une paire d'époux (2). » Gon court, plus morose, trouve que <; la proclamation de l'union de l'homme et de la femme, dans ces endroits civils, ressemble vraiment trop à la condamnation prononcée par un président de Cour d'assises » (3). Maurice Donnay enfin, dans une pièce récente (4), met dans la bouche d'un de ses personnages cette dure conclusion : (c Examinons votre mariage... Comme acte civil, il n'existe pas, car le seul fait d'avoir engagé sa foi pour la vie entière dans une mairie, devant un individu ceint d'une écharpe tricolore, est une formalité qui ne résiste pas à l'analyse (5). »
(i) L'auteur de la Question du Divorce, cité par M. Gabriel AUDIAT> dans son étude sur les Idées de Dumas fils, dans la Quinzaine, année 1899.
(2) Georges DURUY. YUnisson, page 131.
(3) Journal des Gonconrt. 27 juillet 1877. Tome V;page333.
(4) Le Torrent, acte II, scène VI.
(5) Une explication sur la valeur de ce qui se fait à la mairie. — « Les conjoints qui contractent au civil, bien qu'ils profèrent les mêmes parôles oa fassent 1«9 mêmsa ESeote* d?Var.i l'ofSeisf munlRipat ^Mg devant
LE MARIAGE CIVIL la^
Que faire ?
Repousser tout système où serait maintenu le dualisme obligatoire des formes civiles et religieuses, parce qu'à ce dualisme de formes répond nécessairement un dualisme de conception dont nous ne voulons pas. Là, en effet, est tout le mal.
« H est impossible d'asseoir la conception matrimoniale d'un peuple sur cette idée que pour se marier il faut se marier deux fois : la législation et le droit ont avec la logique des accommodements que le bon sens populaire et la morale pratique ne connaissent pas. Pourquoi dire oui à l'Eglise, ensuite oui à la mairie, ou bien om à la mairie, ensuite oui à l'Eglise ? Ce sera toujours deux fois oui, donc l'un qui vaut, l'autre qui ne vaut pas ; et comme la loi exige le oui civil précisément pour ne reconnaître que celui-là, comme cette loi exerce sur l'homme une influence dont elle est jalouse, il en résulte que
tement matrimonial interne, et ne se rendent pas davantage coupables de mensonge. En effet, les mots et signes qu'ils sont forcés d'employer à 1.1 mairie signifient simplement leur déférence envers la loi civile et leur obéissance à ses prescriptions, en vue d'assurer à leur vrai mariage,' déjà contracté ou à contracter dans la suite, les effets civils désirables. Ce qui restreint ainsi la signification de leur acte, c'est l'enseignement et la loi de l'Eglise, selon lesquels les contractants entendent s'unir en mariage, ou encore l'opinion et l'usa^^e ci,mmun des fidèles, ou enfin les conditions requises à licéité de contrat matrimonial, d'après la nature même de ceJui-ci. D'où l'inaptitude des paroles et des gestes en question à exprimer un vrai consentement interne au mariage à la mairie, puisqu'ils tendent nécessaireinent à signifier autre chose, et qu'ils s'en tiennent là, dans tous les cas si nombreux où les intéressés ne veulent nulle ment s'unir à ce moment. »
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partout où il y aura mariage ci^nl et mariage religieux — dans un ordre quelconque — pour un seul et même mariage, infailliblement, il 3^ aura amoindrissement de la conception religieuse par la conception civile, ce qui va contre notre programme (i). ^
Nous devons donc nécessairement admettre un système à célébration unique, un système qui reconnaisse les parties valablement mariées dès lors qu'elles auront procédé à la célébration qui répond à leur conception du mariage, un système qui consacre avec tous les effets légitimes, la même légalité des différents mariages religieux et du mariage civil.
Ce S3'stème n'est pas une nouveauté. Dans certains pays comme la Russie et l'Ecosse, le mariage religieux est consacré à l'exclusion de toute espèce de mariage civil. Dans d'autres, comme l'Autriche, l'Angleterre, les Etats-Unis, la loi a organisé une forme spéciale purement civile à l'usage de ceux qui ne font profession d'aucune religion.
Que faut-il demander pour la France ?
Tout d'abord, nous cro\-ons que pour ceux qui méconnaissent toute espèce de croyance religieuse, le mariage civil doit être miaintenu, soit parce qu'on ne peut songer à laisser sans règles ou à abandonner aux fantaisies individuelles le mariage de toute une
(i) René Lem ,1RE. Le Mariage ciril, page 187. Remarquable ouvrage couronné par la Faculté de Droit de Paris, et revêtu de l'imprimatur de l'Archevêché.