‹ La vocation au mariageChapitre 17 sur 49 · I.E MARIAGE CIVIL lOl · texte numérisé non relu

I.E MARIAGE CIVIL lOl

catégorie de Français, soit parce que malgré le peu de grandeur et de solennité du mariage civil et son peu d'efficacité pour relever la conception matrimoniale des non-croyants, il maintient encore une ligne de démarcation entre le mariage et les contrats ordinaires.

Une telle réglementation du mariage par l'Etat est légitime en ce qui concerne les non-clirétiens ; et elle peut l'être pour les chrétiens séparés de l'Eglise, en vertu d'une concession spéciale du vSaint-Siège, comme en Espagne, où la formule civile est réservée à ceux qui se déclarent protestants ou libres-penseurs.

Puis nous devons demander que le mariage religieux soit reconnu par la loi, l'Etat assurant la constatation régulière et centralisée des actes de mariage à l'état civil.

De quelle manière le fera-t-il ? 11 peut obliger l'officier de l'état civil a assister lui-même au mariage religieux. Ce n'est guère possible étant donné la mentalité de certains magistrats municipaux, chez lesquels l'anticléricalisme est à l'état aigu. Leurs convictions les empêchent d'entrer dans une église, et la vue d'un prêtre les exaspère. On s'exposerait donc à susciter une grève nouvelle, celle des écharpes. Le plus simple serait d'obliger le ministre du culte qui préside au mariage religieux d'en dresser lui-même l'acte et de le notifier dans le délai légal à l'état civil.

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Cette mesure reconnaîtrait la liberté de conscience et de culte si outrageusement violée par le Code

Pour donner satisfaction aux consciences françaises, il n'est pas nécessaire d'introduire une nouveauté dans le formidable arsenal de notre législation, il suffit d'appliquer aux Français de la Métropole les lois et les décrets dont bériéficient les musulmans de l'Algéri»? et les indigènes brahmaniques de l'Inde.

En Algérie, les musulmans se marient devant leurs cadis ; les actes sont dressés à l'état civil « sur une simple déclaration faite dans les trois jours au maire de la commune par le mari et la femme » (i).

Le mariage, dans les colonies de l'Inde est réglé par un décret du 24 avril 1880.

« Les natifs appartenant au culte brahmanique ou musulman pourront, ou bien contracter mariage devant l'officier de l'état civil, ou bien continuer à faire célébrer leur mariage conformément aux us et coutumes.

» Le brahme, le pandaron ou le cazi qui célébrera un mariage sera tenu d'en donner avis par écrit dans les vingt-quatre heures à l'officier de l'état civil de la localité. »

Et pourquoi ces mesures spéciales, parce que, est-il dit dans le rapport qui précède ce décret et

(i) Loi du 23 mars 1882, ait. 16.

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en expose les motifs : « Il fallait en effet pour cette partie de la population respecter la loi religieuse, dont les prescriptions se trouvent en désaccord avec celles de notre législation. »

Nous n'avons pas plus d'exigence que ces musulmans ou ces Hindous, qu'on respecte notre religion.

Si pour nous rendre cette justice qu'on nous refuse depuis plus de cent ans, on est obligé de changer quelques articles du Code, quel mal y a-t-il à cela ? Serait-ce par hasard le premier article qui aurait été modifié 'i Combien de lois solennellement votées et dont nous ignorons l'existence parce que depuis longtemps elles ne sont plus appliquées ! Combien d'autres ont été modifiées et tellement que les nouvelles nous obligent à faire le contraire de ce qui était primitivement prescrit.

De plus, en modifiant quelques-unes des parties de notre législation matrimoniale, on rendrait un immense service au Code en l'aidant à être un peu logique et un peu juridique.

u De deux choses l'une, en effet, disait M. Bathie en 1867 : ou le mariage religieux n'est rien aux yeux du législateur, et alors pourquoi les articles 199 et 2C0 du Code pénal qui érigent en délit un acte de religion ? Ou le mariage religieux est un fait important, et alors pourquoi le Code civil n'en tient-il aucun compte ? Il faudrait choisir entre les deux partis. Que le mariage religieux soit non existant

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pour la loi civile et existant pour la loi pénale, c'esv une contradiction manifeste. »

« C'est un principe fondamental, que la loi ne crée pas les contrats, mais se borne à les constater... Quant au mariage, la loi française s'écarte de ce principe pour consacrer un principe peu juridique, — Voici, en effet, deux catholiques qui, contraints de se conSormer à ses exigences, se présentent devant l'officier de l'état civil ; <à ses interrogations ils répondent oui, et le Code décide que dès ce moment il y a mariage. En cela, il fait autre chose que de constater leur contrat ; il le dénature et lui en substitue un autre, car l'homm.e et la femme qui comparaissent devant le maire savent, puisqu'ils sont catholiques, qu'ils ne sont pas encore mariés, et ne veulent pas l'être dès ce moment... Ils disent oui parce que la loi pénale les empêche de se marier d'abord à l'Eglise ; mais dans leur pensée, ce oui ne formule pas la conclusion du mariage dès l'instant où il a été prononcé ; il n'exprime que l'intention de se marier peu après devant le prêtre (i). »

Il est opportun de créer un mouvement d'opinion en faveur de la réforme de la législation matrimoniale. Comment ? Tout d'abord que les catlioliques, dans leurs conversations, n'emploient pas d'expressions laissant supposer qu'ils admettent que le mariage civil est un vrai mariage. Quand on émet

(i) Allègre. Code civil cominentc à l'usage du clergé, t. I, page 136.

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cette théorie devant eux, qu'ils protestent en rap pelant la doctrine catholique sur ce point. S'ils ont à faire part d'un mariage qu'ils ne se servent pas d'expressions qui sont une vérita]:>le consécration du Code : Vous êtes priés d'assister à la bénédiction nuptiale, mais vous êtes priés d'assister à la célébration du mariage. — C'est peu que tout cela, mais c'est ainsi que se forme l'opinion. Le mariage civil n'a pas été accrédité dans nos chrétiennes pO})ulations dès la promulgation du Code, il ne sera pas non plus détrôné en un jour.

Que tous, écrivains, orateurs et particuliers fassent leur devoir. En contribuant à ramener la loi à une juste et saine compréhension du mariage, ils auront fait beaucoup pour son rcirvcraent moral.

Les Droits de l'État,

vu

Les Droits de l'État.

Est-ce que par le fait même que nous affirmons que le mariage est un sacrement, et parce que de toutes nos forces nous protestons contre le mariage civil, nous refusons à l'Etat tout droit sur le mariage chrétien ? Nous ne le pouvons pas. Car le maringe, en tant qu'il est une fonction de la nature, relève du droit naturel ; en tant qu'il est une chose sacrée, il appartient au droit divin, en tant qu'il est une fonction de la vie sociale, il est régi par le pouvoir séculier (i). La société civile qui a pour mission de pourvoir à l'ordre et au bien public, ne peut pas ignorer cet élément de prospérité ou de trouble qu'est la communauté conjugale.

Par quels côtés le mariage est-il soumis à l'action de l'Etat ?

Le pouvoir civil n'a pas à légiférer sur le m.ariage

(i) Cf. Saint Thomas u'Aquin. Sur le IV^ livre des sentences, dist. XXXIV, art. 2, quest. I. Somme contre les gentils, 1. IV, chap. LXXVIII.

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lui- même, mais autour du mariage; il n'a pas à s'occuper de l'essentiei et du principal du mariage, mais des accessoires. L'essence, les propriétés intrinsèques, le lien du mariage, transformé et grandi par le Christ, sont choses sacrées, qui ne relèvent que d'une autorité sacrée.

L'Kglisc seule sait et peut dire s'il y a mariage ou non. Mais dès qu'elle a parlé, le législateur civil a le droit d'intervenir et de déclarer quelles sont les conséquences du mariage pour les époux et pour leur famille, pour régler ses effets dans la vie sociale. L'Etat ne règle ni n'opère l'alliance elle-même ; il l'accepte et la reonnaît avec la situation nouvelle qu'elle fait aux époux, il détermine les droits et les devoirs de chacune des parties dans l'ordre temporel : les stipulations concernant les biens, la constitution de la dot et du douaire, les droits successifs des époux et des enfants. 11 a donc le droit d'exiger qu'on lui notifie le mariage des fidèles contracté validement. Il peut même rendre passible de peines l'omission de cette formalité, mais sans aller cependant jusqu'à considérer le mariage comme valide et licite au for séculier à partir seulement de son inscription civile. Il ne peut dénier les effets inséparables de toute union valide, en particulier la qualité d'époux légitimes qu'ont les contractants, et la légitimité des enfants issus du mariage.

Pour prévenir la décadence et l'épuisement des farces physiques d'une nation ; pour é\'iter les

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troubles des familles, les scandales et les funestes conséquences des unions capricieuses et immorales ; pour assurer le fonctionnement des services publics dont dépendent la sécurité et le salut d'un peuple, il peut être nécessaire que le pouvoir civil crée des habiletés ou inhabiletés résultant de certaines conditions d'âge, d'état ou de consentement. Il peut également demander à l'Eglise de tenir compte, dans sa législation matrimoniale, et notamment dans les empêchements à établir ou à abroger, des circonstances et des nécessités éventuelles des fidèles qu'elle a parmi ses sujets. Il peut enfin connaître judiciairement des délits d'ordre commun commis par les époux chrétiens, et punir par exemple l'adultère pour venger la transgression de la loi, sans se placer toutefois au point de vue du mariage lui-même, en interdisant ou en suspendant la communauté conjugale.

Cette intervention de l'Etat dans les questions qui concernent le mariage une fois célébré est voulue par Dieu, et l'Eglise n'a nullement l'intention de diminuer l'autorité ni d'en circonscrire l'étendue.

Ainsi l'Eglise n'a jamais entendu que les mariages fussent celés au regard et à l'autorité du prince ; elle a, au contraire, maintes fois exprimé le désir ou fait le commandement de lui déclarer le mariage aussitôt après sa célébration.

En 1746, Benoît XIV, traitant du mariage des catholiques dans les provinces danubiennes et dans

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une partie de la Pologne, enjoint aux évoques et aux curés d'exhorter tous ceux qui viendraient se marier devant eux à notifier immédiatement leur mariage aux représentants de l'autorité civile.

Pie VI, après 1791, fait, pourlaFrance, des recommandations analogues. Le mariage aj^ant été contracté ou devant le propre pasteur, ou, à son défaut devant des témoins « les époux devaient faire le plus tôt possible leur déclaration aux officiers publics que l'on pourrait trouver et qui l'accepteraient. »

Léon XIII, dans sa lettre encyclique sur le mariage chrétien, reconnaît formellement ce droit à l'Etat. L'Eglise « n'ignore ni ne nie que le sacrement de mariage, qui vise également la conservation et l'accroissement de la société humaine, est en connexion avec les effets temporels qui font suite au mariage, mais sont cantonnés dans le domaine civil : c'est le droit de l'autorité séculière d'en connaître et d'en juger. ;)

Elle ne désire qu'une chose, c'est qu'il y ait entente entre les deux pouvoirs. C'est son intérêt à elle comme c'est celui de l'Etat. « Leur avantage commun non moins que le bien général demandent qu'il existe entre eux l'entente et la concorde ; et que dans les choses qui concernent, bien qu'à un point de vue différent, leur droit et leur ressort mutuels, la puissance qui a en pratique le soin des intérêts terrestres soit dépendante dans la mesure voulue de celle qui a la charge des intérêts célestes.

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Cet arrangement, cette harmonie pour ainsi dire des deux pouvoirs ne concorde pas seulement avec leur nature respective, c'est encore un des mo^'^ens les plus opportuns et les plus efiicaces pour aider les homm.es à bien vivre et à parvenir au salut éternel.»

Pour arriver à cette entente, l'Eglise est toujours disposée à la bienveillance, pour autant que le droit divin et le sien propre le lui permettent : « vSi l'Eglise catholique, dit encore Léon XIII, ne peut s'écarter en rien de l'accomplissement de son devoir et de la défense de son droit, d'autre part elle a coutume de montrer la plus bienveillante indulgence dans tout ce qui est conciliable avec l'intégrité de ses droits et la sainteté de ses obligations. C'est pourquoi elle n'a jamais rien décidé au sujet du mariage, qui ne fût en rapport avec l'état de la société et avec les conditions des peuples ; et plus d'une fois, autant qu'elle pouvait le faire, elle a adouci elle-même les prescriptions de ses propres lois, lorsque des causes justes et graves lui ont conseillé cet adoucissement. »

« Personne ne doute que le divin Fondateur de l'Eglise, Jésus-Christ n'ait voulu que la puissance ecclésiastique fût distincte de la puissance civile, et que chacune fût libre et apte à remplir sa mission propre, avec cette clause, toutefois, qui est utile à chacune des deux puissances et qui importe à l'intérêt de tous les hommes, que l'accord et l'harmonie régneraient entre elles, et que, dans les questions qui appartiennent à la fois au jugement et à la

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juridiction de l'une et de l'autre, bien que, sous un rapport différent, celle qui a charge des choses humaines dépendrait, d'une manière opportune et convenable, de l'autre, qui a reçu le dépôt des choses célestes. «

« Dans cet accord et cette harmonie ne se trouve pas seulement la meilleure condition pour les deux puissances, mais encore le moyen le plus opportun et le plus efficace de concourir au bien du genre humain en ce qui regarde la vie du temps et l'espérance du salut étemel. Car, de même que l'intelligence de l'homme lorsqu'elle s'accorde avec la foi chrétienne, s'ennoblit grandement et devient beaucoup plus capable d'éviter et de combattre l'erreur, pendant que la foi, de son côté, reçoit de l'intelligence un secours précieux ; de même, quand l'autorité civile s'accorde avec le pouvoir sacré de l'Eglise dans une entente amicale, cet accord procure nécessairement de grands avantages aux deux puissances. La dignité de l'Etat, en effet, s'en accroît, et tant que la religion lui sert de guide, le gouvernement reste toujours juste ; en même temps, cet accord procure à l'Eglise des secours de défense et de protection qui sont à l'avantage des fidèles (i). »

Ce rôle de l'Etat si limité qu'il soit est beau encore. Certains cependant ne s'en contentent pas. Ils veulent que l'Etat pui.sse légiférer sur le mariage lui-

(l) LÉON XIII. Encyclique sur le mariage chrétien.

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même. Dans l'intérêt de l'ordre et du bien publics, disent-ils, la puissance séculière a un droit de surveillance et de réglementation sur les contrats. Le contrat matrimonial semblable à ceux par lesquels les hommes échangent, transmettent, engagent leurs Mens, leurs services, les fruits de leur travail et de leur industrie, n'échappe pas à cette loi.

Cette notion, principe de tous les abus du pouvoir civil, est fausse. Le mariage est un contrat naturel, puisqu'il plonge ses racines dans la nature même, mais il est plus qu'un contrat profane. C'est un contrat sacré, à cause de son origine divine, de sa signification religieuse et de la fin qui lui est propre. Saint Thomas d'Aquin, l'appelle « un contrat spirituel » (i). « Il suit de là que la puissance publique, qui peut résilier d'autres contrats parfaitement valides, et suppléer dans certaines conditions, au consentement des contractants, ne peut rien et ne pourra rien de ■ tout cela quand il s'agit du mariage (2). »

Elle n'a, en effet, aucun droit sur ce qui se donne dans le mariage. « Quand l'homme et la femme, en se prenant la main, se disent l'un à l'autre : « Je suis à toi , tu es à moi », c'est leur personne, leur vie, leur liberté, leur cœur qu'ils se donnent mutuellement : biens sacrés, liés ensemble et ne sortant par de la

(i) Saint Thomas d'Aquix. Supplément de la Somme, question XLVIII art. 2, ad 2.

(2) MOSBR. Des empêchements du mariage, chap. XXIII.

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douce et sainte intimité en laquelle ils sont enchaînés. En vertu de quel droit une puissance humaine viendrait-elle leur dire : « Vous ne vous donnerez pas, ou bien, vous vous donnerez de telle ou telle manière? » — Mon âme, mon corps, ma personne est à moi ; ma vie, avec l'énergie créatrice dont Dieu l'a douée, est à moi ; ma liberté, que j'enchaîne, est à moi ; mon cœur, que je jette dans un autre cœur, est à moi. Oui, à moi et à Dieu. Je veux bien me soumettre à sa suprême juridiction en disposant des biens qu'il m'a lui-même donnés ; mais je ne reconnais pas, je ne veux pas reconnaître d'autre juridiction. Mes biens sacrés, je ne les mets pas en circulation dans la vie sociale, où le pouvoir public légifère et gouverne ; je les garde pour moi : car, en les donnant à celui ou à celle que j'aime, ils ne sortent pas de moi, puisque Dieu l'a dit : Nous sommes deux dans une seule chair.

Iva puissance séculière n'a donc rien à voir à ce que l'homme donne en se mariant ; elle n'a rien à voir non plus à ce que l'homme fait en se donnant. Que fait-il ? — Un lien qui enchaîne sa personne, sa vie, sa liberté, son cœur, à une autre personne, une autre vie, une autre liberté, un autre cœur. Or, ce lien est chose tout intérieure et toute spirituelle, qui ne regarde que la conscience ; et la conscience est un sanctuaire sur les portes duquel on lit : Loin d'ici les profanes ! I<e domicile qui n'abrite que le corps est déjà un lieu sacré, que le pouvoir public ne peut

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violer sans s'attirer l'indignation et le mépris des honnêtes gens ; et l'on voudrait qu'il pût entrer dans la conscience pour voir ce qui s'y passe, pour empêcher de nouer ou pour dénouer à sa fantaisie le lien qui fait l'amour ? Eh bien ! non : cela ne peut pas, cela ne doit pas être. Le pouvoir public a pour lui le for extérieur : qu'il y prenne ses ébats ; mais il lui est défendu de pénétrer dans le for intérieur, dans la conscience, et d'y saisir le lien spirituel qui s'y forme et qui est l'essence même du mariage.

Ce lien est d'autant mieux à l'abri de toute saisie humaine, queles volontés conjointes de l'homme et de femme ne sont pas seules à le former, et que, après avoir concouru à sa formation, elles ne peuvent pas le rompre. Les anciens, comme nous l'avons remarqué, appelaient la religion aux noces, reconnaissant par là l'intervention d'une puissance mystérieuse et surhumaine dans l'union des époux. Cette puissance, la véritable histoire de l'humanité nous la montre, à l'origine des temps, scellant par une solennelle bénédiction l'alliance du couple dont devaient naître toutes les familles et toutes les sociétés. Où étiez-vous, pouvoirs publics, lorsque Dieu instituait le mariage et lui donnait le sceau de sa souveraine puissance ? En en déterminant luimême l'essence et les propriétés fondamentales, il a voulu vous signifier que l'imioir intime qui devait figurer les noces de son Verbe, et que la multiplication de la race qui devait peupler son ciel d'élus,

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étaient choses qui le regardaient et auxquelles vous n'avez rien à voir. La famille vous précède, constituée, unifiée, affermie par Dieu, avant que les hommes aient songé à. vous délivrer le mandat de gouverner la chose publique, afin de vous apprendre que le mariage, en tant qu'il est union, n'a pas besoin de votre concours ; que son essence est impénétrable et inviolable; qu'aucune puissance humaine ne peut empêcher les volontés de l'homme et de la femme de se joindre à la puissance humaine divine, pour former le lien conjugal ; et que, ce lien une fois fait, aucune puissance humaine ne peut le saisir dans les griffes de sa législation.

L'incompétence du pouvoir civil est plus manifeste encore, si nous entrons dans l'ordre chrétien. Nous nous trouvons, en effet, en face d'une chose sacrée, qui ne peut relever d'aucune juridiction profane (i). » Le mariage, comme nous l'avons dit plus haut, est un sacrement, et c'est le contrat luimême qui a été élevé à la dignité de sacrement.

Que l'Etat fasse valoir ses droits, que nous ne songeons pas à lui nier, sur les accessoires du mariage, rien de mieux, mais qu'il n'ait pas la prétention d'aller plus loin. En dehors de là qu'il mette sa puissance au service du droit naturel et divin ; qu'il aide l'Eglise dans sa réglementation du mariage chrétien ; qu'il facilite l'observation de 1^

(i) R. P. MONSABRÉ. Le Mariage, pzges 131 etseq.

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législation matrimoniale canonique, et même, si l'Eglise lui en fait l'invitation, qu'il use de coaction légale envers ses sujets. C'est ainsi qu'agit un pouvoir public, qui comprend sa haute mission. « Ceux qui gouvernent, dit saint Augustin, ne peuvent servir le Seigneur qu'en défendant et en châtiant avec une religieuse sévérité tout ce qui se fait contre sa loi (i). »

(i) L'autorité civile suprême a le pouvoir de réglementer les mariages de ses sujets non baptisés et d'établir des empêchements même dlrimants.

La fin naturelle du contrat matrimonial constitue précisément le titre et consacre la compétence de l'autorité civile dans la réglementation du mariage des infidèles; et ici rien n'empêche l'exercice de ce droit, puisque le droit supérieur de l'Eglise n'est pas en cause : en effet l'Eglise n'a aucune juridiction sur ceux qui ne font pas partie de son troupeau. Sa juridiction s'étendant directement seulement aux fidèles baptisés, non seulement catholiques, mais même non-catholiques. Et ce n'est qu'indirectement que les infidèles peuvent être soumis à raison de la dépendance de la partie baptisée.

Par conséquent, la réglementation du mariage entre infidèles incombe à l'autorité séculière ; et elle comporte, sous réserve du droit divin et naturel, l'établissement d'empêchements tant dirimants que prohibitifs.

La Vocation au Matiagre.

Dieu est l'auteur de la société humaine, comme il est l'auteur de la création. Il l'a formée de conditions variées et d'états différents qui doivent constituer un tout harmonieux et répondre aux besoins de tous.

Une fois ce plan établi. Dieu va-t-il le laisser inexécuté, en ne pourvoyant pas aux diverses conditions nécessaires à la vie et au progrès de la société, ou bien s'en remettra-t-il simplement à l'homme, en ne s'inquiétant pas de l'avenir de son œuvre ?

Il n'en est pas ainsi. Chaque homme arrive en ce monde avec une feuille de route rédigée et signée d'avance, lui indiquant son itinéraire.

S'insurger contre cette volonté divine, disposer de nous comme si nous étions nos maîtres absolus, nous conduire comme si le ciel n'avait rien à voir dans la question de notre avenir, c'est méconnaître notre état de créature. Nous sommes à Dieu, c'est à lui

I^i .LA VOCATION AU MARIAGE

qu'il appartient de nous assigner un poste et de nous placer selon ses vues. Un serviteur doit obéir à son maître.

C'est aussi nous exposer à manquer notre destinée. Dieu qui proportionne toujours les moyens à la fin, distribue ses dons suivant la destination de chacun. Il répartit les talents, les qualités, les grâces de façon à ce que nous puissions remplir les devoirs et surmonter les difficultés de l'état auquel il nous appelle. C'est en suivant cette voie que nous trouverons nos goûts satisfaits, nos moyens utilisés, nos aptitudes mises à profit. Hors de là, nous risquons de marcher seuls, de nous trouver dans un état violent, de nous égarer, et par conséquent d'être malheureux en ce monde. Quand nous éprouvons des peines et des déceptions, nous sommes tentés d'accuser Dieu ; n'accusons que notre témérité. Dieu est en droit de n'accorder sa protection qu'à ceux qui sont dociles à sa voix. Nous nous exposons peutêtre à manquer notre salut. « Il n'y a rien dont le salut dépende davantage que de bien choisir l'état où l'on doit vivre, parce qu'il est certain que presque tous les péchés des hommes viennent de l'engagement de leur état. Combien Dieu voit-il de réprouvés dans l'enfer, qui seraient maintenant des saints s'ils avaient embrassé, par exemple, l'état religieux ? et combien y a-t-il de saints dans le ciel qui seraient éternellement réprouvés, s'ils avaient vécu dans le monde ? Voilà ce qui s'appelle le secret de la pré-

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destination, lequel roule principalement sur le choix de l'état (i). » La Providence nous attendait ailleurs ; touchée par nos prières, elle pourra nous rejoindre plus tard, mais toujours est-il que son premier plan se brise et qu'il est ainsi plus difficile de faire son salut.

C'est enfin contribuer à la désorganisation sociale. Si de nos jours la société se débat dans l'incohérence, c'est que beaucoup de ses membres ont oublié cette loi des ordinations providentielles qui règle tout, jusqu'aux mouvements à accomplir par chacune des fractions de la collectivité ; c'est qu'on a voulu s'émanciper de toute direction divine. Et alors, on voit des individus, incapables de remplir certaines fonctions qu'ils ont briguées, mettre en danger la société par leur impéritie. On en voit d'autres qui s'engagent aveuglément dans une voie qu'ils devront abandonner, après avoir fait des victimes.

Il y a donc une vocation pour tous les hommes. Admise en pratique pour certains états spéciaux comme le sacerdoce, la vie religieuse ou même le métier de soldat, il semble qu'il n'y ait pas lieu de s'en préoccuper quand il s'agit du mariage. On se décide un beau jour au mariage, sans même s'être posé cette question cependant primordiale : suis-je appelé à la vie conjugale ? Parce que cet état de vie est le plus ordinaire, on s'imagine que Dieu ne s'en

(i) BOURDALOUE. Sermon sur le choix d'un état de vie, tome V, p. 58Ô.

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occupe pas. Comme s'il pouvait se désintéresser de ce qui intéresse au plus haut point l'homme et la perpétuité de la race. « Celui qui appelle l'apôtre en allumant dans son cœur cette ardeur qui l'emporte aux limites du monde ; le martyr en faisant bouillonner dans ses veines les ivresses héroïques du sang ; les anachorètes et les vierges, en creusant dans leur âme l'attrait céleste de la solitude et du silence ; le prêtre, en donnant à son adolescence je ne sais quels vertiges sacrés, quelle faim hardie et quelle soif inextinguible d'infini, celui-là appelle l'homme au cœur duquel il doit confier les trésors et l'honneur de la paternité ; appelle la femme, vase de sublimité et de douleur, pour l'investir de la mission des épouses et du sacerdoce des mères. »

C'est la volonté de Dieu que ceux qu'il appelle au mariage se marient. Il veut qu'ils accomplissent sa volonté dans cet état comme d'autres l'accomplissent ailleurs, qu'ils travaillent à sa gloire là, comme d'autres travaillent à cette même gloire ailleurs.

Ceux qui sérieusement pensent à leur bonheur ici-bas et à leur salut éternel, doivent donc, à l'heure où il s'agit d'orienter pour toujours leur vie, s'efforcer de connaître cette volonté divine, afin de s'y conformer.

Comment ?

Je puis connaître la volonté divine, ou par une révélation expresse de Dieu lui-même, ce qui est très rare, et ce sur quoi je ne dois pas compter, ou,

et c'est la manière ordinaire, en cherchant, dajis la mesure du possible, à la découvrir, j Tout d'abord, il faut s'adresser à Dieu, en le suppliant de nous éclairer. Combien peu pensent à employer cet élémentaire moyen. On consulte son entourage, on se laisse entraîner au gré des caprices et des passions, et le Maître seul, celui qui de toute éternité a fixé notre destinée, est laissé de côté. On l'ignore. Avant toute démarche, recueillez-vous. Faites silence dans votre âme, et écoutez la voix secrète par laquelle Dieu a coutume de parler à ses élus. Suppliez-le par une prière ardente de vous faire connaître ses desseins sur vous. Prosternez-vous souvent devant ses autels et comme Samuel, diteslui : « Parlez, Seigneur, et découvrez-moi vousmême quel dessein vous avez formé sur ma personne: car me voilà prêt à vous entendre, à vous obéir, et à exécuter toutes vos volontés. Quelque difficulté qui se présente en tout ce que vous prescrirez, et quelque opposé qu'il soit à mes inclinations, du moment que je comprendrai que c'est ce que vous voulez de moi, je ne balancerai pas, et, sans différer, je me mettrai en devoir de l'accomplir. Telle est, mon Dieu, ma résolution, et j'espère de votre grâce que rien ne sera capable de l'ébranler, ni de la changer. )> A cette prière, ajoutez pour fléchir le Seigneur quelques bonnes œuvres et quelques sacrifices. Et Dieu qui ne .souhaite rien plus ardemment que de vous voir seconder sa providence et embrasser ses

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voies, ne vous laissera pas ignorer ses - vues sur vous.

Dieu vous ayant doués de discernement et de raison, examinez loyalement où vous poussent vos goûts, ce que vos aptitudes vous permettent de réaliser. Et si tout vous incline vers le mariage, le besoin d'une vie intime à deux, l'amour des enfants, la nécessité pour pratiquer la vertu, demandez- vous si votre caractère est susceptible de se plier aux multiples exigences de la vie conjugale ; si votre santé peut supporter le fardeau de la paternité ou de la maternité.

Après avoir établi le bilan de vos qualités morales et physiques, vous continuez à croire que le mariage est le seul état où vous puissiez réaliser l'idéal que vous avez entrevu, allez alors trouver ceux que Dieu a mis sur terre pour être vos guides.

Adressez- vous tout d'abord à votre directeur de conscience. Posez-lui la question du jeune homme •de l'Evangile au Sauveur : « Que faut-il que je fasse pour obtenir la vie éternelle ? » Dieu l'a établi votre guide dans la voie ardue du salut, il lui a donné pour ce ministère des grâces spéciales de lumière. Ce n'est pas seulement l'homme que vous consultez si prudent, si habile qu'il soit, c'est le représentant de Dieu. Par conséquent si vous devez faire fond sur ses qualités naturelles, vous êtes en droit de compter aussi sur les lumières d'en haut, que vous obtiendrez en unissant vos prières aux siennes.

Exposez-lui - avec simplicité toutes vos vues, toutes vos pensées, les bonnes et les mauvaises dispositions de votre âme. Proposez-lui vos doutes ; marquez-lui à quoi vous vous sentez attiré, ou à quoi vous avez de la répugnance. Ne lui dissimulez rien, et quand vous croirez lui avoir fait connaître l'état de votre conscience, priez-le d'examiner votre cas et de vous parler avec une pleine liberté, déterminé que vous êtes à suivre non pas le parti qui vous serait plus agréable selon la nature et selon le monde, mais celui qui sera le meilleur selon Dieu. Si vous agissez avec cette entière droiture et cette pleine bonne foi vous pouvez être tranquille.

On rit souvent de ce qu'on appelle les prêtres marieurs. Ils ont toujours un catalogue bien garni de jeunes gens et de jeunes filles à caser, qu'ils font circuler parmi leurs pénitents et même parmi ceux qui ne le sont pas. S'il est ridicule de transformer le prêtre en agent matrimonial, on ne peut cependant nier que, sans descendre aux questions matérielles qui ne sont pas de sa compétence, le confesseur doit être tenu au courant des désirs de mariage et des projets matrimoniaux de ses pénitents. C'est de son ressort, puisqu'il s'agit des intérêts de l'âme de ses dirigés et de leur salut éternel. De plus le prêtre ne saurait se désintéresser de ce qui au premier chef intéresse l'Eglise et la patrie, la fondation de foyers vraiment chrétiens. Il doit favoriser de toutes ses forces la création de tels foyers et empê-

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cher que les éléments bons dont nous disposons soient gaspillés dans des unions qui n'ont plus de catholique que le nom. En agissant ainsi il remplit une fonction de son ministère sacré et fait œuvre vraiment sociale (i).

Consultez aussi vos parents. Ce sont vos conseillers naturels. Certains parents ne se contentent pas de ce rôle, ils veulent être les maîtres de la destinée

(i) Il faut se méfier des marieuses de profession. Elles ont toujours en tête une combinaison matrimoniale. Unejeuae fille, un jeune homme eutrent-ils de façon quelconque, dans le cercle de leurs relations, elles se posent immédiatement ce problème : « Qui sera le mari de cette petite fille?... Qui sera la femme de ce bon garçon ? » Et, sans plus tarder, elles ourdissent leur trame. La question n'est pas de savoir si ces jeunes gens ont la vocation d'entrer en mariage. Elles n'y songent même pas- Pour elles, le monde et la société ne sont qu'un terrain d'entreprises matrimoniales, et les individus des deux se.xes ne sont, à leurs yeux, que des pions sur l'échiquier.

Notez que ces personnes n'ont aucun intérêt pécuniaire dans la question. Elles marient pour le plaisir de marier, et plus l'affaire est épineuse, plus les circonstances se présentent sous un jour défavorable, plus elles 8'acharnent à faire aboutir la combinaison. C'est pour elles le plus passionnant des sports, une gageure avec elles-mêmes, une œuvre d'art où elles s'appliquent comme le musicien à son thème et le peintre à son tableau.

Dieu vous garde de rencontrer sur votre route la redoutable ! Victime de la pieuvre, on est saisi, sucé, enlacé par mille liens invisibles, sans avoir le temps de se reconnaître ; et le réseau qui vous tient est séné avec tant d'adresse qu'on arrive insensiblement, sous la pression continuelle des mailles rétrécies, à la seule issue laissée libre par le dessein machiavélique qui a tendu le piège sous vos pas. L'opération sera longue peut-être ; mais elle aboutira, neuf fois sur dix ; et le jour du mariage, dévotement accotée sur son prie-Dieu, derrière un pilier, comme l'araignée au bord de sa toile, elle suivra, d'un regard doucement voilé de quelques larmes, le couple ému qui monte vers l'autel. (J. Charruau, Vers It mariage).

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de leurs enfants. C'est là une erreur, un reste du paganisme.

Les parents doivent aux enfants de les mettre à même de vivre, de leur fournir les conditions matérielles et idéales de la vie. Ils doivent ensuite les laisser vivre pour eux-mêmes et pour leurs descendants. Les parents sont pour les enfants et non les enfants pour les parents.

De plus, les enfants ont une conscience qui leur dicte leur devoir. Avant sa naissance, l'enfant ne vit physiquement que de la vie maternelle. Dans les premiers temps de sa vie morale, il n'a d'autre conscience que celle de ses parents. Pour lui, le bien c'est ce que ceux-ci lui ordonnent, ce qu'ils lui disent être la volonté de Dieu ; le mal, c'est ce qui est contraire à leurs prescriptions et à la loi divine telle qu'ils la lui enseignent. Mais peu à peu la conscience de l'enfant se détache, pour ainsi dire, de la conscience paternelle. Elle devient une chose à part, et longtemps avant l'âge de l'indépendance légale, elle n'a plus à demander à autrui que des conseils, qui, sans doute, l'éclairent et la dirigent, mais ne la dispensent pas de décider par elle-même, et ne la dégagent pas de sa responsabilité personnelle.

Cette liberté des jeunes gens doit être resptctée. Ce n'est pas pour leurs ascendants qu'ils fondent une famille nouvelle, c'est pour leurs descendants. Ils ne sauraient être ench^nés au passé, ayant pour mission essentielle de faire de l'avenir. Quand plus

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tard les époux éprouveront les charges du mariage, il faut qu'ils puissent se dire : c'est nous qui les avons assumées, en pleine connaissance de cause.

lycs parents n'ont-ils donc pas à intervenir ? Loin de moi cette pensée. Leur intervention est toujours utile, elle l'est plus particulièrement en cette matière où l'égarement est si facile, surtout chez ceux qui sont plus jeunes et d'âge et de carao tère.

Dfe plus, le groupe familial tout entier étant intéressé à pareille alliance, il ne peut pas se désintéresser de cette famille nouvelle qui va se fonder. Le mariage crée des liens de solidarité matérielle et morale très étendus qu'on ne peut laisser à l'arbitraire complet des époux. Celui-ci n'a pas le droit d'agir seul qui ne doit pas être seul à jouir ou à souffrir des conséquences de son acte. Si les familles jouissent et souffrent des mariages, comme il est évident, elles ont donc voix au chapitre dans la mesure même de leurs risques ; les risques étant secondaires comparés à ceux des époux, secondaire aussi doit être leur opinion.

Qtie les parents mettent, avec tact et délicatesse, leur dévouement, leur expérience et leur clairvoyance au service de leurs enfants afin de leur faire éviter les écueils de la précipitation et les emballements de la passion, mais qu'ils se souviennent qu'ils n'ont jamais le droit de substituer leur Volonté h celle de leurs enfants. Que les jeunes gens eonsul*

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tent leurs parents, les tiennent ati courant de leurs projets, les fassent pénétrer un peu dans ce cœur qu'ils ont formé, où jusqu'à présent ils ont tenu la première place, et où un amour plus fort va les reléguer au second plan ; c'est l'ordre voulu par Dieu. Sortir de là, c'est s'exposer à des heurts, à des froissements et peut-être à de graves inimitiés (i). Que faire si vos parents mettent un veto absolu à votre projet de mariage ? Vous devez demander respectueusement les raisons qui déterminent cette opposition.Si après les avoir examinées sérieusement, vous estimez qu'elles ne sont pas valables, exposez

(i) L'Eglise catholique a toujours voulu que les futurs époux fussent les maîtres absolus de leur décision matrimoniale. Malgré les efforts qui furent faits auprès des Pères du Concile de Trente par les représentants du pouvoir séculier, l'Eglise n'a pas voulu faire du consentement des parents une condition nécessaire du mariage sacrement que se confèrent les deux époux par le seul fait de leur décision expresse. Elle recommande aux enfants de sui%'re en matière si grave les conseils de leurs parents, mais elle ne va pas plus loin.

La loi civile en France semble se rapprocher de cette conception Les dernières modifications légales relatives à la majorité et aux actes respectueux sont inspirées par les faits et par le droit.

II est certain, en effet, que les conditions nouvelles de la vie conduisent à une émancipation plus précoce. La personnalité s'affirme plus vite; l'expérience vient plus tôt, quelquefois trop tôt. Les parents auront moins de prise et ils devront moins en avoir, s'il est vrai — et d^ns là mesure où il sera vrai -- que les enfants peuvent se passer plus tôt de leur tutelle.

Il est tout à fait contraire au droit naturel de mettre sur la même li^né lé manque de consentement des ascendants et le défaut de libre consentement des époux (Codé, article 182). Ce dernier consentement est absolument nécessaire ; mais le premier, s'il est convenable, utile, décent, honorable, n'est pas du tout essentiel.

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à nouveau, mais avec beaucoup de modération, votre manière de voir. Et si vos parents sont irréductibles, soit à cause des raisons alléguées qu'ils persistent à croire justes, soit parce que le parti ne leur plaît pas ou parce que la dot est insuffisante, quelle ligne de conduite devrez-vous suivre ? vSi vous croyez malgré tout que Dieu vous appelle à ce mariage, et si, après avoir encore mûrement réfléchi, vous estimez que le bonheur sera pour vous là et non pas ailleurs, efforcez- vous de vaincre les résistances paternelles. Comment ?

On pourrait vous conseiller d'user de votre droit légal et de partir. C'est un mo^v^en que je n'autoriserais qu'à la dernière extrémité et seulement lorsqu'il ne vous resterait plus aucun espoir d'obtenir le consentement que vous désirez. N'imitez jamais ces jeunes gens qui croient intimider leurs parents en jouant de la menace. Ce n'est pas digne d'un enfant. Je ne vous permettrai pas non plus d'essayer d'emporter de haute lutte l'autorisation qu'on vous refuse, en opposant à des veto persistants des réclamations plus persistantes, de faire de cette question une question à qui sera le plus fort, jusqu'à ce que, fatigué et dominé, votre père vous laisse libre pour avoir la paix. Que des enfants mal élevés harcèlent ou boudent leurs parents pour obtenir la satisfaction de leurs fantaisies mondaines, passe, mais que des jeunes gens usent de ce stratagème si contraire au respect filial au moment

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même où ils songent à fonder un foyer, c'est inadmissible. Ne croyez-vous pas qu'il serait bien plus correct et en même temps beaucoup plus habile de gagner le cœur de votre père ou de votre mère, en devenant plus tendre, plus aimable, plus dévoué ? Resserrez autour de l'âme paternelle cette circonvallation de l'amour, et puis tentez dans un moment favorable, d'y ouvrir à coups de tendresse quelque brèche qui vous permettra de monter à l'assaut. Attendez dans la paix cette occasion. Ayez confiance dans ce grand maître ès-choses humaines qu'est le temps. Remettez complètement votre sort entre les mains de la Providence. Vous souffrirez de ces contradictions sans cesse renaissantes, de la longueur de l'attente, offrez ce sacrifice pour obtenir de Dieu la grâce que vous sollicitez ; profitez de ce retard dans l'accomplissement de vos désirs pour vous préparer plus sérieusement à ce grand acte qui marquera une nouvelle étape dans votre vie. Et si un jour pour vaincre une résistance qui ne se lasse pas, vous êtes obligés de passer outre à la volonté paternelle, tous ceux qui jugent impartialement sachant ce que vous avez souffert si longtemps, ne pourront pas vous blâmer de ce que des esprits légers seuls traiteront de manque d'égards. Vous aurez atteint la limite des concessions marquées par la conscience. On ne peut exiger davantage.

La Rencontre.

La Rencontre.

Comment et où rencontrerai-je celle que Dieu me prédestine ? Telle est la question que se pose avec angoisse le jeune homme qui rêve au mariage.

Dieu lui-même, avant même que vous n'existiez, a réglé tous les événements qui importent à votre bien. Au jour marqué dans ses éternels desseins, il vous présentera celle qui doit être la compagne de votre vie, le complément de votre nature.

Suivez, parmi des milliers de complications, où votre esprit se perd et où Dieu se joue, cette merveilleuse action de la Providence, et un cri de reconnaissance s'échappera de votre cœur pour Celui qui, de toute éternité, vous a aimé d'un amour infini.

« Vous avez vu parfois, au flanc de nos belles montagnes bleues, deux torrents bondir en joyeuses cascades sur les cailloux et les rocs verdâtres éclabous-

sant de leurs perles d'écume blanche la mousse et les fleurs de leurs rives, unissant leur chanson au murmure du vent dans les sapins, jusqu'au jour où ils se rencontrent, mêlent leurs flots et deviennent la jolie rivière ou le large fleuve qui féconde la plaine, avant d'aller se perdre au loin, bien loin, dans l'immense océan. »

C'est l'image de deux âmes que Dieu destine l'une à l'autre dans la vocation du mariage. C'est lui qui durant les années de la jeunesse les guide et les forme. Il accumule dans leurs cœurs les trésors de vaillance et de force qui font les pères, les inépuisables réserves de tendresse et de dévouement qui font les mères. Tous ignorent pour qui grandissent ces deux enfants en qui se développent les qualités morales et intellectuelles qui donnent du prix à la vie. Dieu le sait. Il a écrit et enlacé deux noms sur une même page ensoleillée du saint amour.

Ceux-là même que Dieu inclinent l'un vers l'autre s'ignorent. Ils vivent éloignés et rien ne fait prévoir qu'ils se rencontreront. Leurs familles souvent ne se connaissent pas, et humainement parlant rien ne peut faire supposer qu'elles seront alliées dans l'avenir. Ou bien, depuis leur toute première enfance, ils ont vécu côte à côte, jouant aux mêmes jeux, priant à l'église devant le même autel, sans jamais supposer un seul instant qu'ils puissent s'aimer autrement que s'aiment des enfants. La Providence les conduit au rendez-vous qu'elle a marqué. Un

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