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jour, en cherchant le bien dans des œuvres, en cheminant pieusement sur les routes d'un pèlerinage où ils viennent tous deux demander à Dieu de les éclairer sur leur vocation, dans urie réunion de famille ou chez des amis communs, ces prédestinés se rencontrent (i). Le jeune homme avait peut-être passé souvent à côté de celle qui sera bientôt sa femme. Distrait, il n'avait rien remarqué. Et voilà
(i) Le plus idéal mariage delà Bible, le mariage de Sara et du jeune Tobie, est venu de deux admirableP prières qui s'élevèrent en même temps l'uDç de l'Assyrie, l'autre du paj's des Mèdes. Les deux prières se rencontrèrent dans le cœur du Père céleste, et l'ange Raphaël descendit sur la terre pour unir ceux que la foi, l'amour et la Providence avaient faits l'un pour l'autre. (ïobie, chap. III).
Si l'ange du Seigneqr se fait trop longtemps attendre, c'est aux parents» quand ils savent que leurs enfants, en âge de choisir leuf voie, ont la vocation du mariage, de leur offrir de f?ire la connaissance de personnes qu'ils croient pouvoir leur convenir. De grâce, qu'ils n'aillent pas les choisir dans les milieux mondains, où l'on rencontre de beaux oise?iux, avec des voix mélodieuses et des plumages ravissants, dont les voix deviennent rapidement abominablement rauques et dont les riches plumages recouvrent souvent des têtes sans esprit et des corps sans vigueur. Qu'ils ne s'adressent pas non plus aux agences et qu'ils ne consultent pas la quatrième ou la huitième pages de certains journaux. Ces annonces se multiplient, ce qui indique qu'elles sont productives. Il faut avouer qu'on montre une singulière tolérance pour ce genre d'industrie. Au moment où j'écris, mes yeux tombent sur deux de ces annonces qui ne sont point parmi les moins savoureuses qu'un observateur des mœurs contemporaines puissent collectionner : « Monsieur expérimenté épouserait dame ou demoiselle ayant eu malheurs et riche. Très sérieux. Urgent. » Urgent me paraît délicieux I II n'aime pas à attendre, le gaillard? « Jeune gentleman, beau cavalier, épouserait jeune iîUe bien rentée, ayant une jambe de bois ou un bras de moins. » Tout cela serait très ga|, en vérité, si ce n'était si répugnant, si on n'éprouvait un sentiment de malaise à voir s'e.\primer, sans embarras, ces vooux trahissant de bas appétitf.
que tout à coup, sans cause apparente, son cœur qui jusque-là sommeillait, s'émeut. Ses yeux viennent de rencontrer celle que Dieu lui destine. Sa beauté le jette dans le ravissement, sa douceur le séduit. Il se trouble, et mû par quelque chose de magique, du plus profond de son être s'échappe le cri qui déjà avait rententi dans les solitudes du Paradis terrestre : « La voilà ! elle est bien l'os de mes os et la chair de ma chair ! »
Une seule entrevue ne suffit pas pour que le cœur si changeant soit à même de se prononcer, et pour qu'on puisse juger si la personne entrevue répond réellement à l'idéal qu'on s'est formé. Une première fois, on pose, on est embarrassé. Ce n'est que peu à peu que les caractères se dessinent, que les âmes se montrent ce qu'elles sont. La fréquentation est donc absolument nécessaire, à moins que les jeunes gens ne se connaissent depuis leur enfance, ou qu'ils aient eu, comme il arrive quelquefois, l'occasion de s'étudier à loisir avant qu'il ne fut question de mariage.
Pour que les entrevues atteignent leur but, c'està-dire découvrir le fond d'un cœur qu'on veut conquérir, il ne faut pas qu'elles soient trop officielles, mais tout intimes. Ce n'est pas quand on a vu un de ses semblables dans des cérémonies où tout sent le convenu, qu'on peut se flatter de le connaître. Il est difficile de distinguer en lui ce qui est vrai et naturel, de ce qui est grimé, postiche et contrefait.
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Les convenances, la politesse, le désir et l'art de plaire recouvrent souvent de charmes trompeurs, une âme antipathique et sèche. On ne connaît pas une jeune fille après avoir fait un tour de valse avec elle, après l'avoir admiré à son comptoir de vendeuse dans un bazar, ou suivi du regard dans une église où elle quêtait pour les pauvres. On ne connaît pas non plus un jeune homme par le seul fait qu'il vous a été présenté dans une soirée ou que vousl'avez entendu prononcer un vibrant discours dans un congrès. Dans tout cela il y a bien peu de naturel et beaucoup de pose. On s'est étudié pendant longtemps à produire de l'effet, et on n'a qu'un désir, être remarqué. Pour juger un peu les caractères, il faut les surprendre quand ils font leurs sorties, se croyant à l'abri de toute observation étrangère.
Beaucoup sont opposés à ces fréquentations des jeunes gens. D'excellents mariages se sont faits sans elles, on s'était vu une fois et cela a suffi, dit-on.
C'est possible. Je connais même des mariages qui furent très heureux et où les fiancés ne s'étaient jamais rencontrés. Mais la chose est si rare qu'on ne manque pas de la signaler. Cela est arrivé trois ou quatre fois dans l'histoire humaine.
« Abraham, après de longs jours, était devenu vieux ; Dieu l'avait comblé de bénédictions. Il dit alors au plus ancien serviteur de sa maison, celui qui surveillait tous ses biens : « Je t'adjure, par le
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» seigneur Dieu du ciel et de la tertê, de iiê point » tolérer que mon fils prenne sa femme parmi les « filles des Chananéens^ qui nous entourent. Mais » J)àrs pour mon pays, va dans ma famille, et en » ramène une épouse pour mon fils Isaac. »
On connaît la ravissante idylle qui s'ensuivit.
Eliézer arrive au pays d'Abraham, il voit à la fôiitaine là fille de Bathuel ; il lui donne les boucles d'oreilles qu'il a apportées et les bracelets d'or, il expose sa mission aux parents dé Rébeccà ; ceux-ci consiiltent leur fille : « Véux-tu partir avec cet homme ? » Elle répond : oui (i). Elle n'avait pas vu encore Isaac.
Au berceau de notre race fleurit une romanesque légende, qui s'appelle le mariage de Clotilde.
Quand la noble et courageuse jeune fille, qui avait dit le oui définitif au gaulois Aurélien, abandonna, en route, ses biens qui retardaient sa course, et monta à cheval, pour échapper aux siens qui la poursuivaient et voulaient l'empêcher de se donner au roi de France, Clotilde n'aVait {5âs encore vu Clovis.
Il n'en va pas ainsi dans la vie, et c'est heureux. Gomme dans le mariage, il n'y a pas de noviciat, et qu'il est difîicile d'admettre qu'on se marie d'abord et qu'on s'aime ensuite, si l'on peut, il est tout naturel qu'on cherche à connaître celui avec qui on va
(i) Genèse: Chap. XXIV.
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faire un si long voyage. Si l'on n'admet pas, et avec raison qu'on fasse son choix en voyant un portrait^ parce que la mine est souvent trompeuse, pourquoi jugerait-on suffisant une première entrevue qui ne fait voir que l'extérieur, qu'un visage qui n'est pas toujours le miroir de l'âme ?
Mais, ajoute- t-on, ces entrevues sont tellement iangereuses qu'il est préférable de les éviter, même quand on en reconnaît la très grande utilité qui d'ailleurs est très contestable. Avant le mariage, en effet, il est impossible de se coimaître, et pour cette raison bien simple que les jeunes gens cachent soigneusement tout ce qui pourrait gâter l'affaire. On s'appelle des noms les plus doux, et ces noms résonnent dans le cœur pendant des heures comme une douce et bienfaisante mélodie. On s'accable mutuellement d'amabilité, de gentillesse et de dévouement. Les qualités vraies ou factices prennent tous les jours plus de relief et masquent les défauts qu'à aucun prix on ne veut voir. Ces fréquentations, en rendant les liens déjà existants toujours plus forts, consacrent les errements possibles d'Une première rencontre.
Je ne nie pas les dangers des fréquentations qui précèdent le mariage (i). Les jeunes gens, surtout quand ils ont conservé leur âme pure, sont exposé.s
(i) R. p. VuiLLERMET. — Les Sophismes de la Jeunesse, ch. IV. Il n'y a pas de danger ; je saurai m'arrftter à temps.
à se laisser prendre par leurs affections naissantes. Tant qu'un mariage n'est pas fait, il peut se rompre, et il ne faut pas rendre la rupttire impossible ou trop douloureuse, c'est pourquoi il est nécessaire que les fréquentations soient pleines de réserves. Les inconvénients que l'on signale toujours lorsque l'on parle de ces entrevues existent surtout quand la jeune fille accompagne le jeune homme dans les lieux écartés et particulièrement quand les ténèbres de la nuit les favorisent, et enfin lorsqu'elles sont vraiment trop fréquentes. Il y a tout lieu de craindre que le diable ne se mette de la partie et ne souffle sur des coeurs déjà trop brûlants, que l'honneur et la vertu ne soient traînés dans la boue (i).
Ces dangers peuvent être évités si entre eux les jeunes gens évitent la trop grande familiarité et se tiennent toujours dans les limites d'une confiante réserve et si les parents exigent que ces entrevues aient lieu en leur présence, et ne soient pas trop fréquentes, surtout si les fiançailles doivent se prolonger.
(i) « La pudeur, dit saint Ambroise, diot précéder le mariage, afin que, lorsqu'il sera contracté, la même pudeur rende le mariage encore plus respectable. Ce n'est pas sans raison qu'il est dit de Rébecca, qu'à son arrivée, ayant vu Isaac qui se promenait, elle descendit aussitôt et mit son voile sur sa tête. Elle nous enseigne ainsi que la pudeur doit précéder les noces, car les noces mêmes, nuptice, ont été ainsi appelées, parce que les jeunes filles, par pudeur, se voilaient la tête. Apprenez donc, vierges chrétiennes, comment vous garderez votre pureté. Jamais^ fût-ce la veille de votre mariage, il ne vous est permis d'enfreindre les lois si belles et si sages de la riserve et de la modestie. » [De Abraham, 1- I, § 93.)