‹ La vocation au mariageChapitre 19 sur 49 · LA RENCONTRE I · texte numérisé non relu

LA RENCONTRE I

Certains voudraient introduire en France la coutume anglaise des longues fréquentations et àer, fiançailles à échéance très éloignée, et cela sous prétexte que chez nos voisins cette vieille habitude produit d'excellents résultats tant au point de vue / de la moralité des jeunes gens qu'au point de vue de la solidité et de la maturité des mariages.

Je ne crois pas qu'il soit nécessaire d'imiter les Anglais et d'introduire chez nous avec d'interminables fiançailles les habitudes d'intimité et de vie presque en commun des jeunes gens et des jeunes filles. C'est contraire à notre tempérament qui n'aime pas les trop longues attentes et qui s'est toujours très bien accommodé d'une extrême réserve, fleur de la délicatesse chrétienne.

Mais on ne peut nier que les jeimes gens ont besoin d'entrevoir au moins idéalement la jeune fille de leur rêve, jusqu'au jour où ils pourront lui donner un nom. Leur cœur réclame l'aliment normal et indispensable qui doit calmer sa faim jimévile. L'espérance de la vie heureuse, avec la vierge déjà choisie, c'est le pain quotidien du célibat des jeunes a;ens véritablement maîtres d'eux-mêmes. Le jour où un jeune homme a mis une jeune fille dans son cœur, les filles — tout court — n'y viennent plus. L'amour sauve ce que perdent les amours (i).

(i) « Mais moi, si quelque jeune âme a touché mon cœur de tendresse, et que je veuille faire tomber de ses mains la coupe trompeuse du ma], je lui dirai : « Ami, enfant de ta mère et frère de ta sœur, enfant de ta

Jeunes gens, vous voulez, et c'est votre droit, que la femme à qui vous donnerez votre nom vous apporte une âme sans tache. Vous êtes sur ce point d'une susceptibilité ombrageuse. Bst-ce que la justice n'exige pas de vous, en retour de ce que vous exigez d'elle, une vie irréprochable ? Croyez-vous que ce soit un marché bien équitable d'échanger un cœur éteint ou fané contre un cœur virginal, de mettre en commun une jeunesse limpide avec une jeunesse sur laquelle il faudra fermer les yeux ? Cette fidélité anticipée qu'elle vous doit, et dont vous lui demanderez compte, quelle règle particulière vous en dispense à son égard ? Quand on a une conscience droite, que n'obnubilent pas les préjugés régnants, la seule idée d'un mariage à venir oblige à faire un mâle effort pour traverser sans

mère qui t'a mis au monde dans la continence sacrée du mariage, frère de ta sœur dont tu gardes et dont tu respires la vertu, ah ! ne déshonore pas en toi-même ce grand bien qui t'a fait homme. Sois chaste, ami, conserve dans une cliair fragile l'honneur de ton âme, la source religieuse d'où s'épanche la vie et où fleurit l'amour. Prépare à ta couche future des amitiés saintes, des embrassemcnts que le ciel et la terre puis sent bénir; sois chaste pour aimer longtemps et pour être aimé toujours. Il y a au monde, entre ta mère et ta sœur, entre tes aïeu.x et ta postérité Une frêle et douce créature qui t'est destinée de Dieu ; cachée à tous les regards, elle nourrit en silence la fidélité qu'elle te promettra; elle vit déjà pour toi qu'elle ignore, elle t'immole ses penchants, elle se reproche tout ce qui pourrait déphii s; un jour au moindre de tes désirs: Ah; garde ton cœur comme elle te garde le sien : ne lui apporte pas des ruines en échange de sa jeunesse ; et puisqu'elle se sacrifie pour toi par un amour anticipé, fais a ce même amour, dans les replis de tes passions, un juste et sanglant sacrifice. » (P. LaCORDAIRE. G. P. (Conférences de N.-D. de Paris, 1850 De l'épreuve.)

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