‹ La vocation au mariageChapitre 20 sur 49 · LA RENCONTRE I · texte numérisé non relu

LA RENCONTRE I

souillure les périlleuses années de la jeunesse, afin de pouvoir un jour mettre une main pure dans la main pure de votre fiancée. Kt aux entraîneurs qui viendront vous dire qu'en attendant les heures sérieuses du mariage, il est bien permis de s'amuser un peu, vous répondrez que vous gardez votre cœur intact pour celle qui un jour aura le droit de le posséder tout entier (i).

Cette pensée de l'avenir fera mieux comprendre à la jeune fille qu'elle doit dès maintenant se préparer à son rôle sublime mais austère d'épouse et de mère, elle prendra l'habitude de ne point mettre un plaisir en balance avec un devoir, de ne point hésiter devant aucun des sacrifices que commande la conscience. Et voulant se rendre digne de celui à qui elle veut associer sa vie, elle s'ingéniera à Jaire chaque jour des efforts pour se vaincre et pour acquérir les qualités nécessaires.

Les futurs époux doivent considérer ce temps des fiançailles comme une préparation immédiate au mariage, et non pas comme une période de fêtes. Les jeunes gens passent souvent ces longs mois en

(i) « C'esc le désir de me rendre digne de toi qui me rend sévère sur mes déf.iuts, écrivait Victor Hugo en 1820 à sa fiancée. Je te dois tout, je me plais à le répéter. Si même je me suis constamment préservé des débordements trop communs aux jeunes gens de mon âge et que le monde trop facilement excuse, ce n'est point que les occasions m'aient manqué, mais c'est que ton souvenir m'a sans cesse protégé. Aussi aije, grâce à toi, conservé intacts les seuls biens que je puisse t'offrir aujourd'hui : un corps pur et un cœur vierge o

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adoration devant leur fiancée. C'est une idole à qui on prodigue les paroles les plus flatteuses et les éloges les plus immérités. Tout à elle, on l'entoure de petits soins, on s'applique à lui éviter la moindre contrariété et on multiplie, pour lui être agréable, les cadeaux inutiles et les parties de plaisir,

Qu' arrivera- t-il ? Quand son devoir d'épouse et de mère exigera le sacrifice d'un plaisir, en se souvenant du passé, elle maudira le jour où elle a dit le oui sacramentel. Elle s'était trompée ! C'était de la comédie ! La jeune fille de jadis, gaie, joyeuse, parée, adulée, croyant que le chemin de la vie serait toujours plus fleuri et plus doux, se sent maintenant vaincue par la triste réalité. La vie de l'épouse et de la mère, se présente telle qu'elle est, avec ses douleurs, ses angoisses, ses peines, et il faut l'accepter.

N'eût-il pas mieux valu envisager l'avenir sous son jour véritable, et au lieu de passer des heures entières à causer de choses banales et amollissantes, s'entretenir sérieusement des devoirs de la vie conjugale ; et au lieu de parcourir fiévreusement des romans où l'on fait l'apothéose du vice, où l'on glorifie l'adultère et où l'on foule aux pieds la sainteté du mariage, la constitution divine de la famille, les lois de la pudeur et de la bienséance, lire des livres qui chantent les gloires du mariage chrétien et qui enseignait sans rien dissimuler les obligations des

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maris et des épouses (i) ; et au lieu de fréquenter, sous prétexte de se distraire, des théâtres où l'on plaide en faveur du parjure, où l'on plaisante drôlement la fidélité, jouir de la douce et réconfortante intimité de la vie de famille.

En agissant ainsi on se prépare à la vie réelle de demain et on s'épargne bien des déceptions et des mécomptes.

(i) Les jeunes gens, durant leurs fiançailles, liront avec grand profit: Le volume du P. MONSABRÉ sur le mariage ; celui de Monseigneur Du- PANLOUP sur le même sujet. — Les mariages écrits au ciel et du Maiiage au divorce de Mgr BOLO. — L'ouvrage de M. DE Margerie sur la Famille et ceux si apostoliques de Monseigneur DB GiBXRGUES.

Le Choix.

Le Choix.

Les qualités physiques et morales.

On se marie pour toute la vie, voilà ce que les jeunes gens et ceux qui les guident ne doivent jamais perdre de vue. S'il y a du tirage une fois unis, vous ne pourrez pas dire, une autre fois nous choisirons mieux, c'est fini. Il est donc nécessaire de faire un bon choix.

Pour beaucoup de jeunes gens ce choix consiste à se laisser séduire par les charmes des convenances, de la politesse, et à se laisser vaincre par des regards caressants, des gestes délicieusement esquissés et par la beauté des lignes. Ils ne savent pas encore que la jeimesse, ainsi qu'on l'a écrit, n'est que le reflet d'un nuage d'or qui passe; les espérances, une neige matinale qui fond à mesure qu'avance le soleil de la vie ; le plaisir, un arôme léger que dissipera le grand vent des épreuves. Au nom du bonheur de l'avenir, il faut essayer d'oublier un instant le visage, le reflet du regard, le timbre de la

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voix, la coupe élégante du vêtement, le parfum printanier qu'exhalent la personne et la jeunesse. Sans doute il est nécessaire qu'il y ait un certain attrait physique ou du moins l'absence de toute répugnance extérieure pour que naisse la sympathie, mais encore ne faut-il pas se laisser prendre, comme un oiseau à la glu, par toutes ces choses qui passent si vite.

Il faut donc avant de s'engager imposer un peu à son cœur le contrôle de la raison. La personne à qui je veux m'unir et dont la mort seule pourra me séparer a-t-elle toutes les qualités physiques sans lesquelles la vie à deux ne serait qu'une longue suite de peines et de tristesses ; son âme d'où toutes les bontés peuvent venir, toutes les ivresses couler, mais aussi d'où toutes les calamités peuvent être vomies, est-elle digne de la mienne ?

Que de mariages malheureux par suite du défaut d'examen. On a pris feu, on s'est laissé frapper par un coup de foudre et les précautions élémentaires que l'on prend pour traiter une affaire matérielle de très minime importance, il ne vient même pas à la pensée qu'il serait ati moins utile de les apporter dans cette affaire qui intéresse toute la vie et le salut éternel.

De tout temps, la réflexion, l'attention, la matu-^ rite ont fait défaut dans la conclusion de certains mariages. Mais, ce qui autrefois était l'exception est presque aujourd'hui la règle générale. Cela pro-

vient pour beaucoup des conditions actuelles de la vie. « De plus en plus, on sort de chez soi, on va où l'on est appelé par l'offre d'une place à prendre, par l'occasion d'une étude à acheter, et surtout — depuis l'accroissement si considérable du nombre des fonctionnaires civils ou militaires — par les nécessités de l'avancement. Ajoutez les hasards des voyages, des séjours aux villes d'eau et aux bains de mer, les rencontres qui s'y font, les pièges qui y sont tendus — et quelquefois inconsciemment — par la respectabilité apparente, réelle même, d'une famille ignorante de la conduite de ses fils et de ses suites.

Prenez une ville quelconque et voyez-y les jeunes filles en âge de se marier. Où sont la plupart des jeunes gens avec qui elles ont joué quand elles étaient petites et dont les parents connaissent les familles ? Us font danser d'autres jeunes filles à cent lieues de là, car ils sont au loin dans l'attente d'un parquet plus occupé, d'une garnison plus rapprochée de Paris ou de celle que leur assignera leur passage à un grade supérieur : ils sont en pourparlers pour l'achat d'une charge là où on leur en a signalé une qui par hasard est vacante et pas trop demandée. Qu'ont-elles pour les remplacer ? Des jeunes gens venus de partout, dont le passé leur est incotmu, dont le caractère ne l'est pas moins. L'un d'eux plaît-il par son extérieur et par le peu qu'on a soupçonné de lui dans des conversations superficielles ? ha. jeune fille mise au courant, flattée d'être demau-

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dée avant ses compagnes ou désireuse de ne point passer la dernière, manifeste-t-elle ce qu'elle croit être une préférence ? alors on mène de front deux choses qui devraient être séparées et ne venir que l'une après l'autre : des entrevues et une enquête. Le plus souvent celle-ci est conduite avec le désir de ne rien voir que de favorable et avec un certain art de s'aveugler. Qui n'a été exposé à cette aventure, d'être interrogé avec la prière tout à fait instante de dire toute la vérité, de la dire et de se voir aussitôt reprocher sa sincérité... le tout souvent à la vapeur... et avec l'aide de l'électricité ? Ceux à qui pareil accident est arrivé deviennent, hélas ! trop prudents et ne disent plus aux gens que ce que ceux-ci ont l'air de vouloir qu'on leur dise.

Une famille constate subitement que les vacances vont arriver, qu'on va être absent de Paris pendant trois ou quatre mois, et qu'on n'a en vue aucun parti. Encore une année de perdue ! Vite, on s'adresse à qui on peut, à une ancienne maîtresse de français ou de piano, à une religieuse, etc. Celle-ci consulte ses listes, trouve im nom, va voir les parents ou les fait venir, ménage une entrevue. I^à, chacun abat ses cartes, comme au jeu de piquet. « J'ai tant à donner maintenant, tant plus tard. » Cela peut aller ; soit ! Reste à savoir si les jeunes gens « se conviennent ». Eh bien, on se rencontrera tel jour dans la chapelle... à moins que ce ne soit au concours hippique, et le lendemain l'une des de\ix familles deman-

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dera à l'autre très mstamment une réponse ferme, car on -wit être fixé avant de partir pour la campagne. Cela se passe, suivant l'expression consacrée, dans le meilleur monde (i), »

Au point de vue physique, la première chose à laquelle les jeimes gens doivent faire attention, c'est la question de la santé.

Qu'ils choisissent une femme capable de remplir ses devoirs d'épouse et de mère. Une femme faible

(i) H. JOLY. — De la corruption de nos tnsiilutions. La crise du mariage.

On parle çà et là de précautions inusitées. Versla fin de 1901,1a plupart des journaux publiaient la note suivante :

« Une femme prudente est M"» H. de Bordeaux. Il y a deux mois, elle était demandée en mariage par un nommé P. Elle acceptait, mais demandait au fiancé de produire son casier judiciaire. Celui-ci venait le chercher à Paris ; mais comme il avait été condamné (par défaut) à cinq ans de prison pour escroquerie, il était arrêté. Bien entendu, le mariage était manqué. P., cependant, faisait opposition, et la peine était réduite à dix-huit mois de prison. *

Thèse de M. BriEUX. Comme on consulte les notaires des deux familles et que même on les met en présence pour discuter les intérêts inanciers, il faudrait, suivant l'auteur du Théâtre libre, faire venir le? deux médecins peur les entendre ratiociner sur les constitutions des (ieux fiancés. Je me contenterai d'ajouter : pour établir l'honnêteté d'un prétendant et lui accorder sa confiance, il y a, j'imagine, bien autre chose à lui demander qu'un casier judiciaire vide, et la demoiselle de Bordeaux, dont on a vanté la prudence, se contentait, certes, de bien peu de choses. Ne peut-on en dire autant du casier médical en question ? Un père soucieux de ses devoirs sait appuyer son jugement sur d'autre» bases, «t de manière que le reste lui soit donné par surcroit,

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et maladive, non seulement ne peut pas porter sa part du fardeau de la vie, mais elle est pour son mari une source constante de dépenses et de soucis. De plus il est fort à craindre qu'elle ne puisse devenir la mère de forts et vigoureux enfants. Il y a des femmes qui font de leur bandeau nuptial un suaire, et qui trouvent leur cercueil au berceau de leur premier-né. Il faut qu'il y ait aussi une certaine proportion entre les tempéraments physiques, si l'on veut éviter de graves inconvénients. La vigne se marie bien à l'ormeau ; mais l'iiyscpe ne va pas avec le cèdre. A une fleur tendre et délicate il ne faut pas donner un appui, un tuteur qui lui ôte de son soleil et l'écrase. D'ordinaire le roseau ne croît pas à côté du chêne.

Malgré l'aveuglement des fiançailles, le jeune homme se rend parfois compte des infirmités physiques de sa fiancée. Elle est pâle, délicate, la moindre variation de température l'indispose, elle ne peut supporter la plus légère fatigue. C'est un charme de plus à ses yeux. Il ne l'aimerait pas si elle était plus forte. C'est sa faiblesse qui attire sa force. Il s'imagine que ce sera tout plaisir de la soigner, de l'entourer d'affection. Si vous aimez vraiment une semblable jeune fille, dites- vous bien que vous ne pourrez rien faire de plus cruel que de l'épouser. Que sa faiblesse même en appelle à votre pitié, et si vous l'aimez véritablement, renoncez à elle.

Est-il besoin de recommander aux jeunes gens de

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ne pas se fier aux apparences, elles sont souvent trompeuses ? Rechercliez discrètement si dans la famille, il n'}^ a pas eu quelques maladies contagieuses, qui, comme la tuberculose peuvent se manifester en tout temps dans l'iui ou l'autre des descendants. Refaites pour votre compte personnel la généalogie de la famille. Pour vous aider dans ce travail, ne consultez pas la jeune fille ni ses parents, cela les touche de trop près, et ils pourraient, ce qui arrive fréquemment, dissimuler certains faits graves ou les dénaturer. Ne vous adressez pas à ceux que lie un secret professionnel ; ils ne peuvent pas vous renseigner, mais allez demander la vérité à des personnes respectables et sûres et qui n'ont aucun intérêt à vous tromper.

Ne fixez donc votre choix que sur une personne dont la santé vous donne toutes les garanties. Et si vous voulez les avoir aussi complètes que possible évitez de choisir quelqu'un de votre parenté.

L'Eglise interdit les mariages entre parents jusqu'au quatrième degré de consanguinité et d'afîinité (i). Il y a dans cette conduite de l'Eglise, qui

(i) Sont consanguins en ligne directe, tous les ascendants et descendants; en ligne collatérale au premier degré : les frères et les soeurs; au second : les cousins germains; au troisième : les cousins issus de germains ; au quatrième : les enfants de ces derniers.

En vertu de l'affinité tous les consanguins de l'un des époux son con. sidérés comme parents de l'autre au même degré. Ainsi un veuf ne peut pas épouser la sœur, la nièce, la cousine de sa femme. Mais les parents de la femme et les parents du mari ne sont pas parents entre eux, et, par conséquent, il n'y a pas d'empêchements d'affinité.

veut la santé et le bien du corps de ceux qui se marient, une profonde raison physiologique. Connaissant, par son expérience séculaire, les graves inconvénients physiques de tels mariages, elle veut en détourner ses fidèles, et ce n'est qu'à contre-cœur et pour éviter de plus grands maux qu'elle accorde certaines dispenses. Les législateurs humains soucieux de la santé des nations ont porté les mêmes prohibitions.

Quelle loi, dans la nature entière, écrivait M. de Maistre, est plus évidente que celle qui a statué que tout ce qui germe dans l'univers désire un sol étranger ? La graine se développe à regret sur le même sol qui porta la tige dont elle descend. Il faut semer sur la montagne le blé de la plaine et dans la plaine celui de la montagne. Les meilleurs sujets ont besoin d'être greffés ; c'est ce qu'on appelle le croisement des races. Est-ce que l'homme doit avoir moins de sollicitude pour la santé et la beauté de sa noble race, qu'il n'en a pour la santé et la beauté des races animales dont il se nourrit et dont il emprunte les services.

Par quel aveuglement déplorable l'homme qui doit savoir tout cela et qui devrait en tenir compte se donne- t-il sans la moindre difficulté, une épouse de son sang ? Au lieu de deux principes nécessaires à la vie et à la santé, il n'y en a plus qu'un. Des défauts, des principes mauvais qui auraient pu être combattu ou neutralisé par l'apport d'un sang

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nouveau plus riche en vertus et en vigueur sont au contraire renforcés. Aussi que voyons-nous souvent ? Des mariages stériles ou des enfants étiolés qui ne peuvent quelquefois ni vivre ni mourir, qui sont rongés par des infirmités précoces héréditaires. D'après le docteur Bourdin « la proportion des sourds-muets de naissance croît avec le degré de consanguinité des parents. Si l'on représente par 3 le danger de procréer un enfant sourd-muet dans un mariage ordinaire, ce danger est représenté par i8 dans les mariages entre cousins germains, 37 dans les mariages entre oncles et nièces, 70 dans les mariages entre neveux et tantes. » Cette proportion est beaucoup plus grande encore dans la statistique des médecins d'Amérique citée par l'évêque de Metz, à la réunion prosynodale de 1908, où le prélat s'élève énergiquement contre les mariages entre consanguins, et s'efforce d'en détourner les fidèles en leur en rappelant les conséquences funestes puisque c'est ce qui frappe le plus les esprits. Voici cette statistique : 48 pour cent des enfants sont malades ou difformes, s'il s'agit de mariages entre X^arents du troisième degré ; 62,2 pour cent s'il s'agit de mariages entre cousins germains ; 81 pour cent s'il s'agit de mariages entre oncle et nièce ou entre neveu et tante ; 96 pour cent si la parenté était double. »

En interdisant les mariages entre parents l'Eglise 9 aussi pour but de sauvegarder la moralité des

familles. Les rapports entre personnes unies par les liens du sang et de la parenté sont plus étroits et plus fréquents. On se rencontre souvent sous le même toit, à la même table. Il faut, et c'est ce qui fait le charme si pénétrant de cette vie commune, qu'il y ait entre cousins la même simplicité, le même abandon, la même innocence qu'entre frères et sœurs. Cela ne serait guère possible si la pensée d'un établissement futur pouvait hanter les jeunes imaginations.

Cette loi de l'Eglise, déjà si bienfaisante, contribue encore puissamment à étendre le règne de la charité, en multipliant les affinités. Par le mariage, des familles jusque là étrangères l'une à l'autre entrent en relation, se connaissent et s'aiment. Les nœuds se resserrent, la parenté se dilate, on se donne la main, il y a comme une espèce de fusion des esprits et des cœurs. La puissance de ces familles et leur rayonnement social augmentent, tandis qu'au contraire celles qui se marient entre elles, en s'isolant, s'ensevelissent dans l'égoïsme et dans la stérilité.

Vous vous mariez pour être heureux. Eh bien sou venez- vous que le bonheur domestique se compose souvent de bien peu de chose. Il meurt non seulement des vices qui l'empoisonnent, mais les

défauts et quelquefois les plus innocents, suffisent à le mettre en fuite. Aussi est-il nécessaire de ne pas considérer les qualités intellectuelles et morales, les dispositions et les habitudes comme subsidiaires. Les qualités physiques disparaissent ou s'altèrent, le patrimoine matériel se dissipe, il n'y a que ce fonds inaltérable du conjoint avec lequel on a omis de compter qui demeure.

Certains jeunes gens passent leur jeunesse à s'enivrer de jouissances chamelles. Ils veulent jouir de la vie, et ils retardent aussi longtemps qu'ils peuvent le moment du mariage. Ils s'y résignent quand ils ont jeté leur gourme, quand leur organisme est fatigué, leur cœur vide et leur esprit blasé. Ils sont alors, suivant leur propre expression, mûrs pour la vie conjugale.

A qui songent-ils à donner leur nom ? Ce n'est certes pas à ces filles perdues qu'ils ont trouvées bonnes pour les plaisirs la.scifs, mais qu'ils ont délaissées aussitôt satisfaits, ils s'adressent sans aucun scrupule à des filles de bonnes familles, que le mal n'a même par effleurées et dont l'innocence et la candeur, les charmes de l'esprit et du cœur, qualités exquises dont il ont fait fi si longtemps, les ravissent tout à coup.

Et une jeune fille, dont la jeunesse tout entière s'est passée à remplir son âme de vertus pour parfumer la vie de celui que Dieu lui donnerait un jour à aimer, sera livrée à ce vieillard de trente ans, qui

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n'apporte en dot que les restes d'une santé compromise et d'un tempérament usé.

Si on regardait de si près, affirment couramment des parents qui aiment leurs filles, on ne trouverait jamais de mari. Combien y-a-t-il de jeunes gens qui se conduisent comme il faut ? Pourvu qu'il n'y ait pas eu jadis de gros esclandres, qu'il n'y ait plus de « fils à la patte », c'est tout ce que l'on peut exiger. I,a sévérité n'est pas de mise en pareille matière.

Je ne sais pas si autrefois un jeune homme ayant passé dans les austérités de la chasteté les années de sa jeunesse était chose introuvable, mais ce que je puis affirmer, et avec certitude, c'est qu'aujourd'hui la race de ceux qui mettent dans la vertu leur honneur et qui y trouvent avec la force un magnifique resplendissement devient de plus en plus nombreuse. I^a chasteté fièrement pratiquée est, comme toutes les vertus, contagieuse.

Les jeunes filles, qui ont dans le cœur d'immenses réserves de tendresse et de délicatesse, peuvent-elles vraiment vouloir d'un être sans vigueur, sans vie et sans vertu pour leur compagnon, leur guide et leur soutien ? Elles cherchent un cœur et elles trouveraient un tombeau, un homme et elles trouveraient une brute. « L'immoralité transforme l'hornme en un tombeau où il n'y a que de la boue », a dit le Père Lacordaire. « La passion impure et les plaisirs sensuels, écrit saint Jérôme, bouleversent l'homme et en font une brute. »

I^ jeune homme cliaste qui n'a pas fréquenté les femmes galantes n'aura peut-être pas pour plaire les manières affectées ni la politesse raffinée du jeune noceur. Il sera sans doute un peu gauche lors des premières entrevues. Qu'importe. Sous les dehors un peu frustres d'une charmante naïveté que n'a déflorée aucun contact impur, se cachent un cœur et une âme délicates, dont la découverte réserve de véritables enchantements. Quelle joie d'assister à l'épanouissement de cette fleur d'amour dont vous serez la première à respirer l'exquis parfum.

Méfiez-vous des dehors brillants du noceur. Ils cachent d'affreuses ruines d'où sortiront dans un avenir prochain, l'essaim bourdormant des désenchantements et des dégoûts. Ce n'est pas auprès d'un libertin que vous trouverez le bonheur.

Mais, dit-on, si un jeune homme s'amuse un peu trop maintenant, plus tard il deviendra sage. Une fois marié, il dira adieu à ses folies de jeunesse. D'ailleurs, on préfère, dans un certain monde, quelqu'un qui connaît la vie à ces dévots qui ont peur de tout et qui rêvent de transformer le foyer conjugal en un véritable couvent; et on voit dans cette union d'une jeune fille pure avec un homme vicieux la garantie d'un excellent et solide mariage. N'est-il pas bon en effet que le jeune fiancé n'arriva pas au mariage sans l'expérience préalable de certaines choses ? S'il n'a pas donné libre cours, quarui il était

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temps, à ses ardeurs juvéniles, celles-ci ne manqueront pas plus tard de prendre leur revanche. Qui ne s'amuse pas avant le mariage, s'amuse fatalement après. Il y a aussi une autre raison qu'on n'ose pas avouer parce qu'elle n'est pas belle. C'est que peu soucieux des lois de la morale avant son mariage, le noceur ne s'en inquiétera guère après, et la famille sera certainement moins nombreuse qu'avec un « pieusard » qui veut rester, même dans le mariage, fidèle aux lois de Dieu.

Quel raisonnement misérable ! même si on ne s'inquiète pas des maladies que ce digne époux apporte à sa fiancée dans la corbeille de noces ! On recueille dans un âge avancé ce qu'on a semé les premières années. Semez dans la corruption et vous moissonnerez dans la corruption. Les sens, exaspérés par des habitudes fortement enracinées dans la chair, sont des tyrans féroces. Ils ne se laissent pas facilement déposséder de leurs anciens droits. Ils établissent leur empire sur l'âme qu'ils ont longtemps dominée et la contraignent vite à de nouvelles hontes, auxquelles elle voudrait s'arracher.. Cet homme qui a employé sa jeunesse à courir les théâtres et les lieux de plaisir, qui a jeté à tous les vents ses amours faciles et ses serments aussitôt profanés ; cet homme qui, pendant dix et quinze ans n'a vécu que pour lui, multipliant les excitations sensuelles et les débordements de toutes sortes, va tout d'un coup changer d'âme et de corps, rompre avec ses

relations extérieures pour se confiner dans l'intimité du foyer, briser avec ses tyrannies intérieures pour se. refaire une existence de paix, de dévouement et de fidélité ? La vérité est toute autre.

L'homme qui a vécu pour son plaisir, se marie pour son plaisir et le cherche dans le mariage. Tout va bien aussi longtemps qu'il le trouve. Mais bientôt la monotonie de la vie conjugale lui pèse. Il rêve du passé qu'il regrette et qu'il désire à nouveau, et un jour ou l'autre, cédant à l'appel pressant des vieilles passions, il retourne sans vergogne à ses égarements d'antan, après avoir fait une victime de plus, que le polisson a marquée peut-être et pour toujours du sceau de la déchéance physique et morale.

Mais enfin, arguent certains parents qui veulent malgré tout justifier leur conduite et libérer leur conscience qui crie sa douleur, on rencontre des jeunes gens qui avant le mariage étaient des modèles de vertu, et qui après ont copieusement pris leur revanche, tandis qu'on en a connu d'autres qui avaient de déplorables antécédents et qui cepennant ont tait d'irréprochables maris.

C'est possible. Les circonstances de la vie réservent toujours aux plus généreux cœurs d'angoissantes surprises. Mais ce que l'on peut affirmer, c'est que le jeune chaste par conviction apporte à son épouse un cœur trempé, capable de résister et de faire face à ses engagements. Je n'ignore pas non

plus que le passé d'un être libre n'engage jamais son avenir et que les habitudes mauvaises n'ont pas de pente si forte qu'une volonté courageuse ne puisse, Dieu aidant, remonter à la longue. Je sais aussi que certaines fautes laissent parfois des traces indélébiles, et que les conversions des noceurs sont rares.

C'est pourquoi je demande avec instance aux jeunes filles d'être intransigeantes sur la question de la moralité. Qu'elles ne passent pas trop facilement l'éponge sur les désordres du passé, à cause de la situation du jeune homme ou de ses attraits extérieurs. Qu'elles n'oublient pas qu'il s'agit de leur bonheur et de celui de leurs enfants, de leur santé et de celle des petits êtres que le ciel leur donnera. Le.jour où il faudra choisir, qu'elles se souviennent de leurs amies malheureuses dont elles ont entendu conter à voix basse les souffrances et peut-être les hontes et qu'elles prennent garde de se jeter dans un guêpier semblable.

Cette intransigeance des jeunes filles, si elle se généralisait, aurait un excellent résultat pour la moralité de beaucoup de jeunes gens. Sachant que s'ils s'amusent, il leur sera interdit de prétendre obtenir la main des bonnes jeunes filles de leur condition, ils feraient plus d'efforts pour demeurer vertueux. La crainte d'un refus à venir serait peut-être pour eux le commencement de la sagesse.

On peut être de mœurs irréprochables et cependant rendre son conjoint malheureux. On dit que pour bien s'entendre entre amis comme entre époux, il faut de grandes différences de caractères avec de grandes harmonies de cœurs, parce que semblables, les caractères se jalousent, tandis que différents, ils se complètent. C'est peut-être vrai d'une certaine manière entre amis susceptibles de viser au même but en se servant des mêmes moyens et par conséquent de devenir des adversaires. ]Mais c'est difficilement admissible pour les époux qui eux doivent travailler chacun à leur façon à la réalisation du même idéal, le bien de la famille. De plus, ils doivent vivre constamment ensemble et par la suite sont constamment exposés aux heurts qui proviennent de la différence trop grande des caractères.

Il y a certains caractères qui ne sympatiseront jamais. Alors, pourquoi les unir ? C'est faire du mariage un champ de bataille. Vous êtes violent, ne vous mariez pas avec un violent, c'est la lutte perpétuelle, et chacun sait que dans la vie commune les causes de déclaration de guerre ne font pas défaut. Vous êtes mou, sans énergie, ne vous unissez pas avec un être affiigé de la même maladie, vous piétineriez sur place, languissant ; et où trouveriezvous les ressorts nécessaires dans les épreuves inhérentes à toute vie humaine ? Cherchez quelqu'un

qui VOUS complète et avec qui vous puissiez faire utile besogne, quelqu'un qui corrige ce qu'il y a d'exagéré dans votre tempérament. Et si vous êtes, malgré vos efforts, dans l'impossibilité quasi absolue de vous accorder avec qui que ce soit, ressemblant à ces personnes qui se disputeraient avec des anges du ciel, ne vous mariez pas, vous ferez avec la grâce de Dieu, un parfait vieux garçon ou une excellente vieille fille.

Il faut de plus une certaine parité dans l'éducation, la culture de l'esprit, le développement des facultés intellectuelles. Il convient, sans doute, que le mari ait plus d'instruction que sa femme : c'est dans l'ordre, c'est dans sa vocation. Le cœur doit dominer chez la femme et la tête chez l'homme. Il en est toujours ainsi dans un ménage normal. Je suis loin de blâmer les soins qu'on peut donner à l'instruction des jeunes filles, mais ce que j'affirme c'est qu'elle ne doit pas égaler celle de l'homme. Du reste la femme a pour mission de conduire l'intérieur de sa maison, de surveiller ses domestiques et d'élever ses enfants. Elle est faite pour manœuvrer l'aiguille et le fuseau. Celles qui ne savent que manier une plume, tourner les feuilles d'un roman ou jouer du piano sont toujours dans les nuages et jamais chez elles. Le réel de la vie leur déplaît souverainement : il leur faut des rêveries. Le positif leur est à charge ou bien elles régentent intempestivement l'Etat et l'Eglise et négligent tout chez elles. Cependant un

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homme instruit ne peut pas raisonnablement se marier avec une femme dénuée de toute culture intellectuelle, son intérieur en souffrirait. Quelle conversation pourrait-il avoir avec elle ? Impossible d'échanger aucune idée, il ne serait pas compris.

Certains auteurs insistent sur la nécessité de ne pas se déclasser en se mariant parce que d'une part le milieu dans lequel on est élevé, dans lequel on vit, impose des devoirs, crée des besoins dont il faut tenir compte et parce que d'autre part on aurait beaucoup à souffrir des manières, du langage, des mœurs et des habitudes de quelqu'un qui n'aurait pas été élevé dans le même monde. Une jeune fille ne devrait jamais épouser un jeune homme qui n'aurait dû être que son fermier ou son homme d'affaires et un jeune homme, une jeune fille qui ne devrait être que sa femme de chambre ou sa cuisinière. Il faut que la nouvelle famille qui se fonde soit composée, autant que possible, d'éléments homogènes, pour que l'union soit plus naturelle, plus étroite et plus durable. « Cependant il ne faut rien exagérer. Un jeune homme par ses études, ses moyens, ses succès, son emploi, par son caractère peut sortir légitimement de sa condition inférieure et aspirer à un établissement auquel il n'aurait pas dû, sans cela, prétendre. Son mérite lui vaut bien un quartier de noblesse, et si quelque maigre et pâle rejeton d'une aristocratie éteinte et équivoque osait lui reprocher sa roture et la différence qui existe

entre eux, il pourrait lui répondre ayec un homme d'esprit : oui c'est vrai, il y a entre nous une grande différence. Ma noblesse commence et la vôtre finit ; je suis un berceau et vous une tombe. »

Le bonheur conjugal vaut bien la peine qu'on fasse attention à tout cela. Beaucoup de ménages ressemblent à un enfer parce que les jeunes gens n'ont pas voulu se soumettre à toutes ces exigences d'un bon choix et parce que dans la période sensible de leur affection, ils ont vécu de ces illusions qu'a si finement exprimées Molière, dans ces vers célèbres du Misanthrope :

« Ils comptent les défauts pour des perfections

Et savent y donner de favorables noms :

La Pâle est au jasmin en blancheur comparable ;

La Noire à faire peur, une brune adorable ;

La Maigre a de la taille et de la liberté ;

La Grosse est, dans son port, pleine de majesté;

La Malpropre sur soi, de peu d'attraits chargée;

Est mise sous le nom de beauté négligée ;

La Géante paraît une déesse aux yeux ;

La Mince, un abrégé des merveilles des cieux ;

L'Orgueilleuse a le cœur digne d'une couronne;

La Fourbe a de l'esprit ; — la Sotte est toute bonne ;

La trop grande Parleuse est d'agréable humeur ;

La Muette garde une honnête pudeur.

C'est ainsi qu'un amant, dont l'amour est extrême,

Aime jusqu'aux défauts de la femme qu'il aime. » (i)

(i) Molière. — Le Misanthrope. Acte IV, Scène V.

Trafic Matrimonial.

Trafic Matrimonial.

S'il y a tant, dans la haute société, d'unions conjugales qui se dissolvent, c'est que les conditions dans lesquelles elles ont été formées n'ont tenu compte ni de la nature ni du but du mariage. Les règles les plus élémentaires de l'hygiène morale ont été omises, les obligations les plus strictes, les convenances les plus sacrées, méprisées.

L'innocence, l'honneur, la beauté d'une fiancée ne préoccupent guère certains jeunes gens. L'or seul entre dans leurs rêves d'amoureux. Le mariage n'est pour eux que le moyen de s'assurer l'apport d'une grosse dot qui leur permettra de s'installer commodément dans l'existence. Ce sont des fils de croisés appauvris qui épousent de riches héritières pour dorer leur blason d'un or qui parfois le salit ; de brillants noceurs plus ou moins décavés qui demandent à une femme d'être une généreuse banquière ou une infirmière de choix ; de jeunes ambi-

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tieux qui rêvent de grandes entreprises et recherchent des capitaux. Dans la conclusion de ces mariages l'égoïsme remplace l'amour.

Certaines jeunes filles qui aiment follement les jouissances mondaines ne considèrent le mariage que comme l'aurore du jour où elles pourront vivre pleinement leur vie. L'idéal qui, sans trêve, hante leur esprit, ce n'est pas la douce intimité de la vie de famille, ni la joie d'avoir des enfants dont elles pourront faire des hommes et des chrétiens, c'est d'avoir des automobiles, de brillants équipages, des domestiques nombreux, des toilettes luxueuses et des parures étincelantes, c'est de pouvoir fréquenter les bals et les théâtres, les five ô clock et les garden parties, les ralh'es et les chasses, c'est de partager son temps entre la Côte d'Azur, Paris et une plage à la mode, Trouville, Dinard ou Ostende, c'est enfin de n'être jamais chez soi de peur de s'ennuyer et d'être oubliées du monde.

Le seul moyen pour une jeune fille de vivre cette existence dorée c'est d'avoir une très grosse dot ou 'de trouver un très riche prétendant. Comme elle sait d'avance qu'un jeune homme riche et sérieux ne voudra point d'elle, elle est décidée à toutes les concessions, à tous les sacrifices pour contracter l'union qui fera de ce rêve une réalité. Délibérément, elle refuse tous le? jeunes gens dont la fortune lui paraît trop médiocre pour réaliser ses projets.

Enfin un parti superbe se présente. C'est une

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immense fortune qui vient au-devant d'elle. La joie dans le cœur elle accepte. Et quoi qu'on fasse pour la détourner, elle ne veut rien entendre. C'est celui-là qu'elle veut et pas un autre.

La santé du prétendant est plus que précaire. Des symptômes alarmants se sont manifestés à plusieurs reprises, indices transparents d'un tempérament délabré ! Qu'importe, il est riche. Son caractère est des plus violents, sa moralité très suspecte ! Il est riche. Et comme on fait remarquer à la jeune fille qu'elle ne l'aime pas et que ne pouvant jamais l'aimer, elle s'expose à bien des mécomptes, elle répond cj'^niquement que c'est de l'enfantillage de s'arrêter à ces menus inconvénients, quand on est en état de se créer, du soir au matin, une situation de premier ordre ! Son parti est irrévocablement pris. Elle se marie avec un sac d'écus. Combien est ironique le nom de fiancé donné à l'homme qui inspire un tel sentiment, et combien tout est anéanti devant la majesté de l'argent !

Les parents qui sont des sages, ou qui devraient l'être, puisqu'ils ont l'expérience, vont-ils empêchei leurs enfants de contracter ces unions qui ressemblent à de la folie. Eux, que la Providence a préservés d'un pareil malheur, penseront-ils que la fortune, même bien acquise tient lieu de tout, d'honneur, de probité ? Hélas ! c'est souvent l'intérêt matériel de leurs enfants et quelquefois même leur propre intérêt qui les guident. Ce sont deux affaires, deux

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fortunes qu'ils marient ensemble plutôt que deux cœurs. On donne un de ses enfants pour agrandir le cercle de ses relations, pour augmenter son négoce. D'autrefois c'est un sot orgueil qui les pousse. Un parvenu enrichi dans le commcrce;pour entrer dans une société d'où il est exclu malgré sa fortune, veut à tout prix pour gendre le fils d'une noble famille, qui lui apporte ses parchemins contre la fortune de sa fille. Il espère, que devenu beau-père d'un comte authentique, toutes les portes s'ouvriront devant lui.

Dans la bourgeoisie, l'objectif de beaucoup de parents, n'est-il pas de marier richement leurs enfants ? Ils montent une gard«i vigilante autour du cœur de leurs enfants, afin qu'ils n'aient pas la naïveté d'aimer quelqu'un d'honnête mais de pauvrement doté. Ils se mettent à la recherche de riches héritières pour leurs fils et de riches héritiers pour leurs filles. L'idéal c'est de mettre la main sur un ou une unique. Pour arriver à ce ré.'^ultat qui sera le couronnement de leur vie, ils multiplient les visites, les démarches, fréquentent les soirées et les bals. Quand ils croient avoir trouvé l'oiseau de leur rêve, ils organisent autour de leur enfant un véritable complot. Pendant des mois, ils exaltent la personne en question, s'imaginant qu'ils finiront par persuader à leur fils qu'il l'aime et qu'il en est aimé. Et finalement on la lui propose, ayant l'air d'accomplir une simple formalité, sûr d'avance de

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l'acceptation, ou bien on les jette dans les bras l'un de l'autre.

Mais elle n'a pas de santé, dira peut-être le jeune homme, c]ui s'imagine avec raison qu'il a le droit d'examiner celle qu'on lui propose, elle esc pâle, elle se courbe déjà, et on dit qu'il y a eu certaine maladie dans la famille. Ce n'est pas celle qu'il me faut, je veux une femme bien portante, car si j'ai la vocation du mariage je n'ai pas celle d'un garde-malade.

A cette objection, les parents répondront avec une conviction de circonstance : c'est vrai, elle est un peu pâle, mais elle est si jeune, et elle a poussé tout d'un coup d'une façon extraordinaire. C'est la seule raison de sa pâleur et de son attitude un peu faliguée. Dans deux ou trois ans, elle aura une santé magnifique, et c'est elle alors qui trouvera que tu n'es pas bien portant. Et puis elle est si riche !

Oui, mais la richesse ne donne pas l'intelligence Elle n'a que des conversations banales. Elle n'est pas capable de causer sur un sujet un peu sérieux. Je l'ai rencontrée deux ou trois fois en soirée, elle n'a su me parler que du mauvais temps et de toilette. Moi je veux une femme qui puisse s'intéresser à ce que je fais et non pas une perruche qui ne pense qu'à son plumage et qui ne sait que répéter ce qu'elle a appris par cœur.

A cela les parents répondent victorieusement qu'il n'est pas nécessaire que la femme ait l'intel-

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ligence du mari et qu'ils ont toujours entendu dire Ijeaucoup de mal de ces jeunes filles bas-bleus qui assomment leurs maris par des raisonnements sans fin. Et puis, après tout, s'il tient tant que cela à avoir une femme qui sache brillamment tenir une conversation, il n'a qu'à s'en donner la peine, qu'il recommence son instruction, et il verra combien c'est agréable d'être l'éducateur de sa femme. Et, très certainement, aidé par l'amour, il réussira, alors que les bonnes Mères ont échoué, malgré les longues années passées au couvent.

C'est possible, mais je ne me marie pas pour devenir le maître d'école de ma femme, et puis elle a un tel caractère que très certainement elle ne supporterait par la moindre observation. Ses compagnes qui la connaissent bien ne se gênent pas pour le dire. Tous les domestiques qu'elle a eus à son service l'exècrent, et s'ils en voulaient à un de leurs anciens maîtres, ils lui souhaiteraient de la prendre pour femme.

Tout le monde a ses défauts, riposte la mère devenue tout à coup, malgré de vieilles habitudes contraires, d'une charité exquise. Le devoir du mari n'est-il pas d'éduquer sa femme? Je n'étais pas parfaite quand je me suis mariée. Si j'ai aujourd'hui toutes les qualités qu'on veut bien me reconnaître, c'est grâce à ton père. Ce qu'il a fait pour moi, tu Je feras pour celle que tu épouseras. Si on exigeait la perfection pour se marier, le nombre de ceux qui

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bénéficieraient du sacrement de mariage ne serait pas grand. Tu ne trouveras pas une jeune fille parfaite, la perfection n'est pas de ce monde.

Si seulement elle était bonne chrétienne, je pourrais passer sur certains travers, car la grâce de Dieu aidant, elle pourrait s'en corriger. Mais ses pratiques religieuses sont insuffisantes. Elles ne sont pas capables de la maintenir au niveau de piété que je désire chez ma femme.

Mais, mon fils, dira le père, de telles exigences ne sont plus de notre temps. Cela ressemble à du Jansénisme. As- tu envie de transformer ta maison en couvent ? Pourquoi serais-tu plus exigeant que l'Eglise, avec laquelle elle n'est certes pas en retard, puisqu'elle ne se contente pas seulement de l'essentiel, mais qu'elle fait davantage, et même beaucoup. Elle s'approche des sacrements plusieurs fois par an ; elle a comme directeur le plus saint prêtre de la ville ; elle quête volontiers le dimanche aux messes tardives pour les œuvres de charité et elle a la réputation d'apporter toujours de très gros fonds de bourse. Avec sa fortune, toi qui nous demandes toujours pour tes œuvres, tu pourras faire toutes les largesses qui te plairont.

Mais elle ne sera pas capable d'élever mes enfants !

Qu'à cela ne tienne. Il n'y aura qu'à les confier aux bons Pères. Ils feront pour eux ce qu'ils ont si bien fait pour toi. Ce que tu es, c'est à eux plus qu'à nous que tu le dois. N'oublies pas que tu as

passé toute ta jeunesse dans leur maison. Tu ne trouveras pas de meilleurs éducateurs. Ils font mieux que les parents, et grâce à eux tu jouiras de ta tranquillité. Des enfants, sans inconvénients, n'est-ce pas l'idéal?

Quand on voit que toutes ces raisons n'ébranlent pas ce fils rebelle, on en vient à celle qui doit eii lever le morceau. On lui expose la situation précaire dans laquelle on se trouve, les difficultés éprouvées pour vivre conformément au rang de la famille avec une fortune ébréchéc par de grosses pertes d'argent, celles qu'il aura à s'établir convenablement sans une grosse dot. On était désespéré, et voilà que tout à coup les nuages se dissipent. Ce mariage, c'est le salut de la famille. Il peut sauver tous les siens en se sauvant lui-même. En renonçant à ce qui lui revient, il doimera le moyen d'établir ses soeurs qui sans cet appoint devront renoncer au mariage et rester vieilles filles. Il a trop de délicatesse de cœur pour ne pas être touché par de telles considérations. Quand on a l'âme aimante et qu'on se rappelle les sacrifices que les parents ont faits pour vous, on n'hésite pas un seul instant à se dévouer.

Si le jeune homme répond qu'il sait parfaitement tout ce qu'il doit aux siens et qu'il ne leur prouvera jamais assez sa reconnaissance, mais que le mariage étant chose trop grave pour être subordonné aux seuls avantages ts^mporels et que la piété filiale ne pouvant pas robli;-^er à lier son sort pour toujours

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