I.E SALIT l'An LA FAMM.iE
mule ; le bien ne leur suffit pas, ils veulent le parfait ; loin de les décourager l'héroïsme les tente ; on est sûr, en le leur montrant de réjouir leur conscience et de provoquer leur vertu.
Si ces pages aident à la fondation de foyers vraiment chrétiens, j'aurai contribué pour ma part à refaire l'âme française. C'est ma seule ambition (i).
(i) Ce volume donne la substance des Conférences préchécs à Saint- Maurice, d« Lille, durant le Carême de 1910.
L'Idéal du Mariage.
L'idéa! du Mariage.
C'est Dieu qui a constitué la société conjugale. Lisons ensemble une page de la Sainte Ecriture, la première du livre de la Genèse. « Dieu venait de créer le monde comme en se jouant. Il avait semé la lumière dans les champs de l'espace, il avait séparé la terre et les eaux, il avait créé les plantes qui couvrent la terre ; il avait attaché à la voûte des deux les deux grands luminaires, qui devaient l'un éclater du m.atin au soir dans toute sa splendeur, l'autre rayorm.er du soir au matin avec un éclat plus tim.ide et plus doux. Puis il avait peuplé les airs d'oiseaux, les eaux de poissons et la terre de quadrupèdes. Et à mesure que ces œuvres sortent de ses mains, l'artiste suprême les déclare bonnes, il les salue et les bénit. »
Dieu n'avait orné la terre que pour la préparer à recevoir son maître. « Faisons l'homme à notre image et à notre ressemblance, dit le Créateur, et qu'il exerce sa domination sur toute la terre, sur
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les poissons de la mer et les oiseaux du ciel, sur le bétail et sur les reptiles. » Et prenant un peu de boue dans sa main, il en façonne le corps d'Adam et il lui donne la plus noble et la plus belle figure qui eût paru dans ce monde. A ce corps, il ajoute une âme en répandant sur sa face un souffle de vie.
Le premier homme est en face de la création entière. Son regard la pénètre et sa parole en exprime les secrets. Il donne à tous les êtres si variés de forme et d'allure que Dieu fait venir devant lui un nom qui exprime la natuie apparente de chacun. Sa langue est riche, son intelligence lumineuse, mais son cœur reste froid, car dans tous ces êtres il n'en trouvait aucun qui lui fût semblable. Et tandis que sur le front d'Adam, majestueux et serein, se formait un nuage, Dieu disait : « Il n'est pas bon que l'homme soit seul, il faut lui donner un aide semblable à lui. »
IvC grand artiste se met alors à l'œuvre pour compléter son chef-d'œuvre. Adam s'endort d'un sommeil mystérieux. Dieu lui tire une côte et en bâtit la première femme, qu'il anime d'une autre âme. Ce n'est point de la tête qu'il la tire, car la femme ne sera pas pour l'homme une rivale ; ce n'est point de ses pieds, car la femme ne sera pas une esclave ; c'est du tabernacle de son cœur. Le cœur est le principe de l'amour ; c'est par le cœur que l'amour parle ; c'est le cœur qui répond à l'amour.
Adam ouvre les yeux. Il contemple celle dont il a
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entrevu la beauté dans un rêve prophétique, et comprend qu'en elle sa perfection sera achevée. Il est l'intelligence, elle est le cœur ; il est la pensée, elle est le sentin.ent ; il est la majesté, elle est la grâce ; il est l'énergie qui commande, elle est le charme qui attire et séduit ; il est le semeur de vie, elle est la terre fertile où la vie doit germer. Ravi d'admiration et de joie, le cœur rempli d'un nouvel amour, il s'écrie : « Voici l'os de mes os et la chair de ma chair. On lui donnera un nom pris du nom de l'homme, parce qu'elle a été tirée de lui ; c'est pourquoi l'homme quittera son père et sa mère et s'attachera à son épouse, et ils seront deux dans une seule chair. »
Dieu laisse tomber sur eux sa première bénédiction, la plus puissante et la plus féconde qui fût jamais donnée. Il les associe à sa mission créatrice et les charge de transmettre la vie abondante qu'il a déposée en eux. « Croissez et multipliez-vous. Remplissez la terre. »
Si nous voulons savoir quel doit être l'idéal du mariage, il est nécessaire de consulter Dieu luimême, auteur de la société conjugale.
La volonté divine est que le mariage soit un et indissoluble.
Je trouve tout d'abord l'unité exigée par ces paroles qu'Adam, divinement inspiré, prononça au moment de ses noces avec Eve et qui indiquent bien le mariage à deux.
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Longtemps cette loi qui alors n'était pas impérieuse comme elle le deviendra fut la règle de ceux qui fondèrent des familles. La Sainte Ecriture dit du premier qui la viola par passion que c'était un homme de malédiction.
Dans la suite la polygamie s'établit. Dieu, pour un temps et pour des raisons dont il est seul juge, pouvait tolérer des actes que ne défendaient manifestement ni la loi positive ni les premiers principes du droit naturel. « La polygamie, dit saint Thomas, n'est pas contraire aux premiers principes, mais seulement au droit naturel secondaire et dérivé. Dieu peut la permettre, malgré ses inconvénients, lorsque ces inconvénients sont primés par la fin principale du m^ariage qui est la génération. Chez les patriarches, la polygamie avait pour but la multiplcition de la race destinée au culte du vrai Dieu. X'cur assurer cette fin principale, Dieu a pu permettre qu'on tînt moins de compte, pendant un certain temps, des fins secondaires du mariage, auxquelles est ordonné la prohibition de la polygamie (i)»
Qu'il y ait eu des abus, et que surtout chez les Gentils, la polygamie soit devenue une véritable débauche, c'est incontestable. Pouvait-il en être autrement ? Etant dormée l'humaine faiblesse, le relâchement devait triompher jusqu'à la corruption.
(i) S.iint Thomas d'Aquin. Soinme Théologique, supplément, question LVII, art. I.
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Mais, même au milieu de cette universelle déchéance, l'unité originelle s'affirme par des faits et par des enseignements.
Chez les Juifs tous ne profitèrent pas de la tolérance divine. « Nous sommes les enfants des saints, dit le jeune Tobie à celle qu'il va épouser, et nous ne pouvons nous unir comme les Gentils qui ne connaissent pas Dieu. S'étant donc levés ensemble, tous deux prièrent Dieu instamment de les préserver de malheur. Tobie dit : vSeigneur, Dieu de nos pères, que le ciel et la terre, les fontaines et les fleuves, avec toutes les créatures qu'ils renferment, vous bénissent ! Vous avez fait Adam du limon de la terre, et vous lui avez donné Eve pour compagne. Et maintenant, Seigneur, vous savez que ce n'est point pour satisfaire ma passion que je prends ma sœur pour épouse, mais dans le seul désir de laisser des enfants qui bénissent votre nom dans tous les siècles. » Et Sara, entrant dans les vues du chaste jeune homme, continue : « Ayez pitié de nous, Seigneur, ayez pitié de nous, et puissions-nbus tous deux ensemble arriver à la vieillesse dans une parfaite santé (i). »
Nous trouvons aussi la monogamie en honneur chez certains peuples de l'Orient et de l'Occident. « I/homme et la femme, disent les lois de Maiiou, ne font qu'une même persoime. I,a femme est la
(i) Tobie. Vlli, S-io.
compagne de rhomme, à la vie et à la mort. » « Leurs viergeSj dit Tacite en parlant des Germains, n'épousent qu'un seul homme, pour ne faire avec lui qu'un seul corps et qu'une seule vie (i). »
Les paroles d'Adam affirmaient non seulement l'unité du mariage, mais aussi sa perpétuité et son indissolubilité.
Sous les assauts des passions humaines ce principe fléchit lui aussi. Et chez les Juifs mêmes, ces dépositaires de la loi et des promesses divines, nous voyons le législateur permettre dans certains cas la rupture du lien conjugal. Dieu qui avait toléré la polygamie toléra le divorce, tout en laissant subsister la loi de l'indissolubilité comme demeurait celle de l'unité. Il suffit qu'il veuille prévenir un plus grand mal, pour qu'il puisse permettre qu'une des fins secondaires du mariage, l'éducation des enfants, ne soit qu'imparfaitement atteinte, comme cela arrive dans le divorce. Saint Thomas d'Aquin enseigne que " le divorce n'étant point immédiatement et directement opposé à la première intention de la natiure dans le mariage, la génération des enfants, et par conséquent aux premiers préceptes du droit naturel, Dieu a pu le permettre, et de fait, il l'a permis à son peuple, pour prévenir des brutalités, des violences, des crimes, auxquels l'exposait la dureté de son cœur (2). »
(i) T.4C1TE. Mœurs des Ge.maiiis, no IX.
(2) Somme Utéologique. Supplémeatj quest. LVI^ art. 2 et 3.