L IDEAL DU MARIAGE
Le relâchement aurait eu raison, à la longue, de l'indissoluble unité du lien conjugal, si Dieu, à bout de tolérance ne l'eût solennellement restauré par son Fils qui vient, en passant par dessus tous les âges que le péché a déshonorés, sonder la régénération à sa création immaculée.
La loi du commencement sera aussi celle du renouvellement. Elle déterminera, elle fixera d'une façon absolue les desseins divins qui devaient originairement se poursuivre sans heurt et sans contradiction dans le genre humain, s'il eût conservé sa primitive innocence.
Un jour des pharisiens s'approchent de Jésus pour le tenter et pour lui demander s'il est permis à l'homme de renvoyer sa femme pour quelque cause que ce soit. Le Sauveur leur répond par les paroles de la Genèse : « N'avez- vous pas lu que le Créateur, au commencement fit un homme et une femme et qu'il dit : « A cause de cela, l'homme quittera son père et sa mère et s'attachera à sa femme, et ils deviendront les deux une seule chair. Ainsi ils ne sont plus deux, mais une seule chair. Que l'homme ne sépare donc pas ce que Dieu a uni. »
Mais, insistent les pharisiens, pourquoi donc Moïse a-t-il prescrit de donner un acte de divorce et de renvoyer sa femme ? Il leur répondit : « C'est à cause de la dureté de vos cœurs que Moïse vous a permis de répudier vos femmes ; au commencement, il n'en fut pas ainsi. »
Au commencement le mariage fut un, c'est-àdire une seule femme pour un seul homme, et un seul homme pour une seule femme ; au commencement le mariage fut également indissoluble.
Le suprême législateur, le fondateur d'un nouvel ordre de choses rétablit dans leur intégrité l'unité et l'indissolubilité. Il révoque toutes les concessions accordées par Moïse aux Juifs. « Et moi je vous déclare que quiconque renvoie son épouse et en prend une autre, commet un adultère ; et celui qui épouse celle qu'un autre a renvoyée commet aussi un adultère (i). »
C'est fini, plus de dispenses, plus de tolérances. Rien ne peut désormais briser le lien qui enchaîne deux vies l'une à l'autre, lorsqu'elles se sont épousées.
Cette loi les apôtres la promulguent dans toute son austérité. Saint Paul n'ignore pas que les lois romaines légitiment le mariage des divorcés, et cependant lui qui prêche l'obéissance aux pouvoirs régulièrement établis n'hésite pas à déclarer nulles les lois en opposition avec la volonté divine.
« Ignorez-vous, mes frères, (car je parle à des hommes qui connaissent la loi), que l'homme est sous l'empire de la loi, aussi longtemps qu'il vit ? Ainsi, une femme mariée est liée, par la loi, à son mari, tant qu'il est vivant; mais si le mari meurt,
(i) Saint Mathieu. Chap. XIX. 3-ii.