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LA LUTTE POUR L IDEAL

renversant tout sur leur passage l'édifice des lois comme les palais des princes.

lyC résultat de plusieurs siècles de lutte sera-t-il anéanti ? Les lois humaines tombent, mais les lois divines restent debout. L'empire s'écroule, mais l'Eglise demeure inébranlable. Les barbares arrivent avec les excès de leurs passions, mais les cœurs chrétiens sont toujours là avec leur amour pour la vertu.

Et voilà l'Eglise, cette infatigable recommenceuse, qui de nouveau se met à la besogne. Elle va conquérir les Barbares comme elle avait conquis les Romains. La lutte ne sera ni moins rude ni moins acharnée. Elle triomphera, car le Christ est avec Elle, et le Christ c'est la victoire.

Dans cette phase nouvelle de la conquête du monde, quelle patience à l'égard des faiblesses et des incompréhensions humaines, quelle ténacité sublime à l'égard de l'absolutisme du principe ne montre- 1elle pas ? Finalement, à force d'inflexibilité et de condescendance, malgré les colères et les récriminations de ces natures indomptées qui n'avaient pour règle que leurs caprices, elle réussit à infuser dans les veines ardentes des fils de la Barbarie la .sève purificatrice de l'Evangile. Princes et peuples s'inclinent devant la souveraine autorité de l'Eglise et s'avouent vaincus.

Dès le V® siècle, on voit les Goths accepter la législation de Constantin. Au IX® siècle, les

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lois carolingiennes se modèlent sur les décisions pontificales. Chaque fois que des abus se produisent, ou que des conciles particuliers, cédant aux sollicitations des princes, tentent d'apporter quelques tempéraments à l'intransigeance du principe, le Vicaire du Christ, dont la mission est de maintenir l'intégrité de la doctrine, élève la voix ; il rappelle les paroles du Sauveur, et tous doivent s'incliner devant sa suprême autorité.

Finalement l'unité se fait sur ce point à travers le monde catholique. Il avait fallu huit siècles pour faire triompher l'idéal évangélique du mariage.

Le Christ qui savait la toute-puissance de sa grâce et son empire sur les âmes n'avait pas désespéré des hommes.

Un jour qu'il était dans le temple, les pharisiens conduisirent à ses pieds une femme rougissante, une femme adultère : Maître, lui dirent-ils, Moïse dans sa loi nous a ordonné de lapider ces criminelles. Et Vous, qu'en dites- vous ?

Cette femme, ce n'était pas seulement cette femme, c'étai-t la société conjugale toute entière, la société conjugale dégénérée, coupable, corrompue. Elle était à genoux ; voilée dans ses cheveux et dans ses larmes, à genoux dans sa honte et dans sa douleur. Et Jésus ne parlait pas ; mais incliné sur la terre, il écrivait en silence, l'Evangile de la miséricorde et le la régénération. Et à ces pharisiens, à ces scribes qui demandaient la peine, les pierres et la

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lapidation, Jésus, se relevant, répondait : « Que celui d'entre vous qui est sans péché lui jette la première pierre ! » Et puis se baissant encore, il , écrivait sur la terre. Quand tous se furent retirés à commencer par les plus vieux, par les têtes chauves, quand les hommes sans entrailles et sans pitié se furent éloignés, il n'3^ eut plus que deux personnes face à face : Jésus écrivant sur la terre, et la femme rougissant et pleurant, le Fils de la Vierge et la femme adultère, une grande pitié et une grande misère (i).

Comme son Maître, l'Eglise, dispensatrice des sacrements qui régénèrent, n'a jamais douté de la victoire finale. Il lui a fallu des siècles, mais qu'importe, elle travaille pour l'éternité.

On voit par ce qui précède ce qu'il faut penser de cette étrange affirmation de l'auteur de la Question du divorce : « Le divorce a été consenti et approuvé f par l'Eglise catholique pendant les huit premiers siècles de l'Eglise chrétienne... Les conciles jusqu'à cette époque, ou ne parlent pas du divorce, ce qui démontre qu'ils l'admettent, ou le consacrent ou le tolèrent (2). » Il prétend que ce n'est qu'au XI6 siècle qu'il a été unanimement condamné.

L'indissolubilité du mariage fait partie du patrimoine intangible de l'Eglise romaine. Et tandis que

(1) Saint Jean. — Evangile. Chap. Vni.-2-i2.

(2) Al. DUM.iS. La Question du divorce, page 213.

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les églises dissidentes de l'Orient et les églises discordantes de la Réforme, par lâcheté ou par ambition cédèrent sur ce point, elle le garda toujours avec un soin jaloux contre toutes les passions humaines. Pour défendre ce principe, elle est prête à se laisser mettre en pièces. Elle ne peut agir autrement. Céder, c'est mutiler l'Evangile, et si l'Eglise mutile l'Evangile, elle n'est pas divine. On sent qu'il s'agit là d'ufle question de vie ou de mort.

Et cependant, à ne juger les choses que du dehors, elle aurait eu, semble-t-il, intérêt sinon à accepter simplement le principe du divorce, du moins à laisser pratiquer des brèches. Est-il un seul point de la morale qui ait coûté à l'Eglise plus de larmes, plus de sang, plus de travaux, plus de conquêtes perdues que l'indissolubilité du mariage ?

Le premier martyr, le seul martyr de l'Evangile, l'unique chrétien qui a eu l'honneur de mourir avant Jésus-Christ, Jean-Baptiste, n'est-il pas le martyr de l'indissolubilité conjugale ?

Hérode Antipas répudie sa femme pour s'unir avec Hérodiade, épouse de son frère Philippe.

Or, au moment où le Tétrarque commettait cette faute, Jean-Baptiste tonnait avec ime sainte indépendance contre les iniquités de son pays et de son temps. Il faisait la leçon à tout le monde : à qui la lui demandait, et à qui ne la lui demandait pas. H ne ménageait pas la vérité au peuple, il ne la ménagea pas à Hérode : « Tétrarque, lui dit-il, il ne

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t'est pas permis d'avoir pour épouse la femme de ton frère. >i

Non, assurément, cela n'est pas plus permis à un prince qu'au dernier de ses sujets. ]Mais il est plus dangereux de le rappeler au premier qu'au second, car le prince dispose d'une puissance qu'il peut mettre au service de sa faute pour la couvrir et la perpétuer.

Le Précurseur, qui n'était qu'une voix, n'avait que sa parole ; il est vrai qu'il en usait librement. Le roi, lui, avait sa prison d'état, et à quoi sa prison pouvait-elle mieux lui servir qu'à étouffer une parole indépendante ? Jean fut donc incaicéré dans la haute et sombre forteresse de Machéronte.

Après tout, si l'incarcération était reconnue insuffisante, Hérode n'avait-il pas à sa disposition une répression plus efficace, un châtiment radical, la mort ? La parole, en effet, passe quelquefois à travers les baillons, elle franchit les murailles épaisses des cachots. Mais elle expire en un clin d'œil sous le tranchant bien aiguisé d'un glaive. La prison est sourde, c'est déjà quelque chose : la tombe vaut mieux, elle reste muette à jamais. Un meurtre de plus ne pesait pas lourd sur cette conscience endurcie. Hérode s'entendait à merveille à supprimer quiconque le gênait.

Mais il avait peur du peuple. Il avait peur des Romains. Le peuple aimait Jean, et s'il se révoltait, Rome interviendrait. Le cadavre du Baptiste serait

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donc un cadavre gênant. Il redoute Jean lui-même. La vertu parfois fait peur au vice. Il attendrait donc le moment opportun.

Hérode n'était pas seul à vouloir la mort du Précurseur. La faute reprochée au Tétrarque atteignait aussi Hérodiade. Elle voulait exercer sa vengeance. Sa passion demandait la tête de Jean, elle l'aurait, elle n'avait qu'à choisir son moment.

Une fête lui fournit l'occasion. Hérode donnait un grand banquet pour fêter son anniversaire. La fête battait son plein quand la fille d'Hérodiade entra dans la salle. F'.lle dansa et elle plut au roi ainsi qu'à tous ses invités. Dans son ravissement, le roi s'écria : « Demande-moi tout ce que tu voudras et je te le donnerai ». Il alla jusqu'à faire un serment. « Oui, je te le jure, tout ce que tu me demanderas, je te l'accorderai, quand même ce serait la m^Stié de mon royaume. ;>

Ravie, la ballerine sortit et ne sachant que demander, elle alla trouver sa mère. Oue demanderai-je, lui dit-elle. La mère répondit sans hésiter un instant, ne pensant qu'à sa vengeance : « La tête de Jean- Baptiste ».

La jeune fille rentre, en toute hâte, dans la salle du fer.tin et elle dit au prince : « Je veux que tu me do-.iiics l'instant sur un plat la tête de Jean-Baptiste ».

Le roi fut attristé, mais ne voulant pas affliger la jeune fille par un refus, il envo3^a un de ses gardes

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