I.A LUTTE POLU L'IDIÎAL
dans la prison de Jean pour le décapiter. Sa besogne achevée, le garde apporta la tête du prophète sur un plat, il la donna à la jeune iille. Kt cette tête vénérable, austère, puissante qui ne s'était courbée que devant l'Agneau de Dieu, cette tête de Nazaréen à la longue barbe et à la longue chevelure, cette tête coupée, au teint blême, aux paupières fermées, aux lèvres closes, posée sur un plat d'argent et portée dans les bras d'une danseuse, gardait sous la pâleur de la mort l'inflexibilité de la justice. Si elle avait pu parler, elle aurait dit encore : Non licei, cela n'est par permis (i). »
La tache de sang faite aux pages de l'Evangile s'est agrandie sur les pages de l'histoire de l'Eglise catholique. Il s'}' est ajouté d'effroyables ruines. Nulle part peut-être plus qu'en Angleterre.
a Henri VIII était un catholique fervent; il a pris le parti du pape Jules II contre Louis XII, infligé aux Français la journée des Eperons, fait Bavard prisonnier, écrit, avec le secours de Wolsey, Gardiner j\Iorus et Fischer, une volumineuse réfutation de Luther, pour en offrir la dédicace à Léon X ; il a sollicité pendant cinq ans et finalement obtenu le beau titre de « Défenseur de la Foi ».
Mais il est l'esclave de ses brutales passions.
A la cour d'Angleterre, parmi les dames d'honneur de la reine, se trouve une fille douée de beaucoup
(l) Cf. Evangile de saint Mnlthieit. Cliap. XIV. i à 12.
de charmes et de beaucoup d'ambition, Anne de Boleyn. Henri s'éprend d'elle furieusement ; elle lui résiste et déclare qu'elle veut être reine à la place de Catherine d'Aiagon.
Henri, qui avait obtenu dispense du pape Jules 11^ pour épouser Catherine, veuve de son frère, le prince Arthur, voulut obtenir du pape Clément VII une déclaration en nullité de ce mariage. I^e pape maintint l'indissolubilité.
Henri le menaça de se séparer de l'Eglise avec tous ses Etats ; mais plutôt que d'autoriser un divorce, même dissimulé sous un prétexte plausible de nullité, le Pape, fidèle à la loi, sacrifia un des plus puissants et des plus catholiques royaumes de l'Eglise romaine.
Anne de Boleyn fut reine ; Jean Fischer et Thom.as Morus moururent martyrs, et le roi devint ce monstre de sanglante obscénité dont la figure fait peur quand on la rencontre dans l'histoire. Affolé bientôt par la beauté de Jeanne Seymour, il fait trancher la tête à Anne de Boleyn.
Jeanne Seymour étant morte en couches, il voit le portrait d'Anne de Clèves, l'épouse, mais aussitôt se ravise, la trouve moins belle que son portrait, et la chasse pour épouser Catherine Howard, fille du duc de Norfolk, dont la tête fut touchée dans le même clin d'œil par la couronne et par la hache.
Henri Tudor, cette bête féroce, comprenait ainsi le divorce.