‹ La Vocation de Robert-Louis StevensonChapitre 104 sur 205 · VLLLON EL DEACON BRODIE · texte numérisé non relu

VLLLON EL DEACON BRODIE

sur Charles d'Orléans. Une exposition des œuvres de Ræburn à Edimbourg en octobre l’incitera à écrire une critique tort intéressante par ses hors-d'œuvre sur la vie à Édimbourg à la fin du A VIII siècie. D'autres œuvres étaient sur le chantier d’ailleurs. Il y avait des essais en perspective. IL composait des vers. El avait surcout la relation du Voyage fluvial à écrire d’après les notes qu’il avait toujours l’habitude de prendre.

Quel lien, queile relation y avait-il entre sa vie d’'Edimbourg et celle de l'été en France { L’atmosphère de l’Écosse semblait éveiller en lui des instincts plus grossiers et plus violents. ii lui fallait suivre ses penchants dans une attitude de plus audacieux défis, et l'équilibre de ses facultés psychologiques en subissait irrésistible | ment les répercussions.

Mais à ces nuances près, son orientation n’était-elle pas la même ? Si en chenunant le long de la vallée du Loing, il se flattait d’une ressemblance avec François Villon, l'étudiant hors la loi, le poète truand, à Edimbourg, il songeait à Deacon Brodie dont depuis 1865 il cherchait à évoquer la vie en partie double : bourgeoise d’un côté, et secrètement audacieuse, violente et passion: née de l’autre. Sur ce thème, 1l travailla avec Henley à un drame qui, plusieurs fois, refait n’aboutit qu’en 1878 à une version définitive. Sans aller jusqu’à ses extrémités de vol et de meurtre, 1l tendait à mimer ce rôle pour lui-même comme il mimait la bohème parisienne en France. 4

Avec toute cette passion d’histrionisme, il y avait ch2z

lui une méthode délibérée d’exaltation de l'inconscient.

Relatant son existence au fil des jours sur les canaux et les rivières du Nord de la France, 1l nous dira dans son Voyage fluvial : « Nous avions cessé entièrement de lire. Quelquefois quand je trouvais un journal, je prenaïs un plaisir particulier à lire un seul fragment de feuilleton ; mais je ne pus jamais supporter plus de trois numéros du roman ; et même le second était une déception. Dès que l’histoire prenait quelque netteté, elle per-

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Aait tout mérite à mes yeux ; seulement une scène isolée, ou comme c’est la manière de ces feuilletons, une demiscène, sans antécédents et sans suite comme quelque chose dans un rêve avait le don de fixer mon attention » (1). Et tout est à l’avenant. Rien de moins intellectuel que la façon dont lui et Simpson examinent leurs cartes, contemplent le paysage et voient défiler dévant eux villes et villages et leurs habitants. Il y a chez Stevenson, dans cette attitude une évolution très marquée depuis l’époque où il écrivait « Les Routes » son premier essai.

IT est cynique dans son affirmation de sa quiétude, et ses préférences pour les jouissances animales. À vrai dire, 11 s’appuira sur la phrase de Walt Whitman « En sommes-nous moins immortels » pour raconter : « Il n’y avait qu’une chose qui nous absorbait puissamment : c'était le menu des repas. La table à probablement plus de dévôts que l’amour et je sais pour ma part que d’une façon générale la nourriture est dans l’ensemble plus intéressante que le paysage » (2).

Stevenson, en France comme à Edimbourg, a-t-1l sombré dans un parfait matérialisme ? On aurait tort de se imaginer. Toutes ces affectations ne se trouvent-elles également pas chez le plus avéré des idéalistes ? Stevenson marche dans le sentier d’'Emerson. Par le truchement de Whitman il applique ses préceptes qui n’admettent pas d’envolée sans une base réaliste, vivante et terre à terre. Il est en réaction contre la névrose du romantisme et rien de plus.

C’est dans la mesure où il se sent un homme Sain, sujet à des tentations, adonné à des écarts de conduite,

(1) P. 91. Tusi 17. An Inland Voyage — We ceased reading entirely. Sometimes when I found a newspaper, I took a particular pleasure in reading a single number of the current novel ; but I could never bear more than 3 instalments ; and even the second was a disappointment. As soon as the tale became in any way perspicuous, it lost all merit in my cves ; only a single scene or as is the way with these feuilletons, half a scene, without antecedent or consequence, like a piece of a dream, had the knack of fixing my interest,

(2) P. 92. Tusi 17 « About one thing we were mMightily taken up, and that was eating.… But there is a romance about the matter after all. Probably the table has much more devotees than love ; and : Fam sure that food is much more generally entertaining than scenery,

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