SOUS LE SIGNE DE LA VÉRACITÉ | DE L'AMOUR À
La donation de son père. Embarras d'argent et vie plus large. Mme Osbourne. L'essai sur le sentiment amoureux. La série de Virginibus.
Le principe du mariage. E'ude sur Villon.
Un logement pour la Nuit. Will du Moulin.
Premières nouvelles.
La situation de Stevenson après son admission au Barreau s'était insensiblement modifiée, de plusieurs manières. Tout d’abord, il semble qu’à partir du printemps 1876, avant son voyage fluvial, ses moyens aient été notablement agrandis. Il ne s’agit pas bien entendu de ressources provenant de la littérature. Ses essais n’étaient pas encore rétribués. Mais ses biographes, et parmi eux son cousin Graham Balfour affirment qu’à cette époque, son père changea sa pension de 80 livres, octroyée depuis le retour de Menton en une donation globale de 1.000 livres. Stevenson avait plus de vingt-cinq ans, et vers cet âge, M. Thomas Stevenson avait reçu la même sémme de son propre père.
Les modalités de cette remise de fonds semblent d'ail. leurs assez mystérieuses. Nous savons qu'après avoir habité avec Henley dans Lothian Road. Stevenson fit en janvier une apparition à Londres. Il était, grâce à l’in- - fervention de Sidney Colvin et de Mrs Sitwell en meil- Jeurs termes avec son père, et il aurait du, dans tous les cas avoir un capital à sa disposition. Pourtant, rencontrant Edmund Gosse au Savile Club, il paraît avoir alors sollicité de lui le prêt d’une somme de vingt li- RSR
vres (1). Nous ne trouvons plus trace de ces embarras d'argent pendant quelque temps, mais nous verrons qu'ils réapparaîtront très vite.
Avec ces réserves assez singulières, Stevenson sembliavoir mené plus grand train, eu ses coudées plus franches, et une tendance de plus en plus marquée à s’absenter d’Edimbourg et de la maison familiale.
D'ailleurs, un événement très important dans ses conséquences était intervenu dans sa vie. Avant l'hiver 1876 au cours duquel il se livra très ouvertement en compagnie d’Henley dans la capitale écossaise aux écarts de conduite que nous avons signalés il avait fait une rencontre dans les milieux artistiques de la Forêt. II s’agissait d’une dame américaine, qui, entrevue à Montigny, au moment de son départ pour le voyage-fluvia!, se trouvait encore à Grez sur Loing quand il y revint en automne, Sans doute trouvait-il plaisir à sa convérsation, car il avait eu avec elle dans la vieille auberge d’interminables tête à tête. Puis, il l'avait accompagnée à Paris à son voyage de retour, avant de rentrer lui-même en Ecosse.
Stevenson se rendit-il exactement compte alors de 4 qualité du sentiment qu’il éprouvait ? En tout cas, cela ne devait pas tarder. Dès août 1876, il avait publié dan: le Cornhill Magazine sous le titre de Virginibus Puerisque le premier essai de ce qui devait devenir une séris études psychologiques et morales. Le point de vue initial prit en février 1877, au sortir de ce fameux hiv = d'Edimboure, un développement inattendu. Le deuxième essai contenait la confession qu’il était tombé amoureux :
-€ I ny à qu'un événement dans la vie qui réellement étonne un homme.et dérange brutalement ses notions établies. Tout le reste lui arrive à peu près comme il l:
(1) Dans sa dernière lettre, écrite en Déc. 1894, deux jour avant sa mort subite, Stevenson rappelle à son vicil ami Edmond Gosse cette circonstance. 11 la situe entre 1876 et 1878, c’est-à-dire au cours de la période durant laquelle il aurait dû avoir les 1000 livres ou leur résidu. à sa disposition. Il est vrai qu’il restitua presque aussitôt à Gosse les 20 ou 30 livres ; mais ce fut en apprenant d’un ami commun la situation précaire du prêteur. Voir lettres Vol. 5 p. 183.