‹ La Vocation de Robert-Louis StevensonChapitre 107 sur 205 · LA CONFESSION DU MIRACLE · texte numérisé non relu

LA CONFESSION DU MIRACLE

prévoyait. Les événement succèdent aux événements a voc une agréable variété : 1ls apportent peu de choses qui soient vraiment surprenantes ou intenses ; ils ne torinent entre eux qu'une sorte de fond de décor qui sert d'accompagnement à ses propres pensées ; C’est ainsi qu’il tombe tout naturellement dans la pratique d’une troide méthode de tranquille et souriante curiosité... Quand les écailles lui tombent des yeux, ce n’est pas sans une sorte de désarroi qu’il se retrouve dans une situati0 à très différente, Li à aïfaire à des émotions qui le dominent au lieu d’antipathies et de préférences semblables à celles au milieu desquelles 1l a passé ses jours jusqu'alors et 1l se découvre des possibilités de douleur et de plaisir dont il n’avait pas encore suspecté l'existence. S'éprendre d’amour est la seule aventure 1llogique, la seule chose que nous soyions tentés de considérer comme surnatu-

relle dans notre monde raisonnable, terre à terre et ba-

nal » (1).

Stevenson, comme de récentes données biographiques

ont insisté pour le faire voir (2) et comme nous l’avons continuellement exposé, avait connu les bonnes fortunes dans sa ville même d’Edimbourg ; 11 y avait eu des liaisons qui lui avaient procuré des impressions. Mais, il était toujours demeuré sur le seul terrain de l’expérience sexuelle.

Ce qu’il entend par amour est d’une autre qualité. Peut-on dire qu’il avait failli s’'éprendre de Mrs Sitwell,

(1) P. 21. Tusi 25 — On falling in love — There is only one event in lifj which really astonishes a man and startles him out of his prepared opinions. Every thing else befalls him verÿ much as he expected. Event succeeds to event with an agrécable variety indeed but with little that is cither startling or intense ; they form together no more than a sort of background or running accompaniment to the man’s own- reflections and he falls naturally into a cool, curious, and smiling habit of mind. p. 22. When at last the scales fall from his eyes, it is not without something of the nature of dismay that the man finds himself in such changed conditions. He has tc deal with commanding emotions instead of easy dislikes and preferences in which he has hitherto passed his days and he recognises capabilities for pain and pleasure of which he had not yet suspected the existence. Falling in love is tbe one illogical adventure the one thing of which we are tempted to think as supernatural in our trite and reasonable world.

(2) George S, Hellman — The Stevenson Myth.

puis de Mme Gärschine — toutes, il faut le remarquer des femmes plus âgées que lui, et, pir conséquent, plus susceptibles d'un prestige intellectuel ? Trop intimidé par la première, ses sentiments prirent Phabitude d'une

affection filiale, presque humblement adoratrice, et cet-

te influence nuisit au développement de la seconde.

11 plut à Stevenson de se représenter l'intérêt concu pour Mrs Osbourne comme de l'amour. D'une manièr semblable, quoique non identique, à celle de Mrs Sitwell ou Mme Garschine, Mrs Osbourne mieux qu’une toute jeune fille semblait avoir des sympathies pour ses occupations intellectuelles. Ce n’était pas là son expérience ordinaire de la femme. De plus, malgré ses trente-six ans, Mrs Osbourne n'était pas dénuée d’apparences physiques susceptibles de répondre à l'attente de son imagination.

L’essai du Cornhill Magazine était une déclaration en .

règle, Au moment même où il paraissait, Stevenson r2prenait la route de la France afin d'atteindre Grez sur Loing où Mrs Osbourne, ayant passé l'hiver à Paris, était revenue résider.

A vrai dire sa situation était singulière. Elle était venue en Europe étudier la peinture afin de s’en faire une ressource. Mais elle n'était point seule. Elle avait avec avec elle une fille qui approchait de ses dix-sept ans (1), rose, mais nunée et fluette. Elle avait un fils agé de huit ans. On portait encore le deuil, car un érère de ceux-ci était mort l'année précédente, âgé de quatre ans.

Autant par principe que par nécessité, on vivait de la façon la pius sunple. Si le jeune Lloyd était légèrement vetu, en sandales et sans chaussettes, c'était parce que là tenue était recommandable, mais aussi parce que les ressources étaient modestes,

Avait-il été sage de quitter la Californie où Mrs Osc'est 1à le point capital — avait un mari, qui

bourne

(1) Son portrait, en pied, vêtue de noir que l'on voit encore dans l'une des salles de l'Hôtel Chevillon transformé, au milieu de toutes les reliques de cette époque, est-il de Sargent conime l'indique la signature ?

M OSBOURNE VAN DE GRIFT 291

bien qu'avec irrégularité semble avoir gagné assez lasgement sa vie Conune ingénieur dans les entreprises minières { Depuis le départ les rapports s'étaient quelquefois tendus, et Mrs Usbourne avait sur le cœur les enibarras pécuniure où elle avait éte laissée précisémen’ au moment. de la mort du jeune fils Harvey.

Quoi quil en soit, Mrs Stevenson, faisant de l'hôtel Chevillon, cet étrange caravansérail d'artistes, son quartier général demeurait toujours en France.

C’est dans ces conditions que Stevenson lui prodigguant ses assurances de parfait attachement, et les publiant même, réitère et prolonge ses séjours dans le miheu où elle vit. : :

Il s'était assez bien rétabli des manifestations pulmonaires alarmantes qui avaient nécessité son transfert ‘à Menton en Novembre 1873. Depuis il avait passé l'hiver dans le Nord, il avait vécu une vie de yachting, de tours pédestres, de voyages enscanot où il s'était dépensé physiquement, Il avait même pu reprendre ses habitudes d’intempérance écossaise et de lbertinage. « Il éta*

grand, droit, nous dit-on (1), avec un beau tein rose, des cheveux châtains bouclés, une courte moustache fauve, et. des yeux bruns d’un brillant extraordinaire » (2). II plut autant à Mrs Osbourne qu'à son fils Lloyd. Car Steveuson aimait les enfants. A celui-ci il faisait bre « L> Voyage du Pèlerin » de Bunyan ou « Les histoires d’un grand-père » de Scott que lui avaient lues sa nourrice Cummie jadis. Avec la mère, 1l échangeair des confidences. ;

Son retour à Grez en février ne fut pas suivi dun long séjour. Bien vite il regagna Edimbourg. Mais les mois de juin et de juillet furent intégralement passés, sinon à Grez même, du moins presque toujours dans le voisinage de l'Hôtel Chevillon. Cette apparition fut suivie d’une nouvelle absence. II alla en effet rejoindre

(1) M. Eloyd Osbourne, à près d’un demi siècle de distance.

(2) P. IX. Pref. Tusi 17 — Stevenson was tall, straight, wellformed

with a ruddy complexion, clustering light brown hair, à small tawny moustache and extraordinarily brillant brown eyes.

s si

ses parents à Penzance pendant quelque temps. Puis 11 réintégra Gretz sur Loing en septembre. Cette fois, 1l prolongea son séjour pendant trois mois. Il ne quitta la France que pour Edimbourg où 11 vécut deux mois lhiver. Revenu dans la Forêt au début de 1878, il est u: moins en moins attiré par sa ville natale où le vide causé par le départ d'Henley accentue encore son isolement intellectuel.

Aussi tend-1l plus que jamais à partager son temps entre Grez sur Loing et Paris. Ce n'est pas seulement la présence de, celle dont 1l est aussi sincèrement qu'officiellement amoureux, c’est aussi que Stevenson trouve plaisir à s'imaginer qu'il prend aisément l'habitude d'une existence française. Il s'engoue de notre littérature. Mais sa fréquentation très assidue de son cousin Bob, et d’autres assidus des « communautés artistiques de Fontainebleau » montre qu'il ne perd pas le contact avec les Anglo-Saxons. : ‘

Il poursuit d'ailleurs avec une louable activité la série de ses tentatives littéraires. Outre l’essai que nous pouvons intituler « Les surprises de l'Amour » (1) et-que nous avons déjà cité, il à publié à Londres, au cours de l’année 1877, « L’exeuse des Oisifs » (2) dans le Corn- Ml Magazine de juillet, et une étude caractéristique sur « François Villon, étudiant, poète et cambrioleur », dans le même périodique de Leslie Stephen, et enfin, sa première nouvelle, issue de cette étude même « Un logement pour la Nuit » dans Temple Bar d'octobre.

« L’Excuse des Oisifs » est un plaidoyer pro dome. I tente un rapprochement entre les ambitions spirituelles d’une vie désœuvrée et purement méditative, et celles du héros du Voyage du Pèlerin de Bunyan. C’est devant le tribunal solennel de-la conscience protestante intégrale qu'il situe ainsi le débat. Comme Buünyan il prend position contre M. l’Homme-du-monde-avisé, aux buts ter-

(1) On falling in love.

(2) An apology for idlers.

(Virginibus Puerisque)

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