L'INDÉPENDANCE DE L’AME
re à terre où utilitaires. La grande idée est encore pour Stevenson « de conserver son âme vivante ».
L'étude sur Villon, encore qu’elle s'efforce d’être ob- jective laisse apercevoir certaines sympathies pour ceux qui, comme lui, se situent en marge d’un froid formalisme social. La nouvelle où 1l le met en scène: « Un logement pour la nuit », évoque la qualité dangereuse de la vie du poète vagabond. Dans le conflit idéologique entre le Seigneur de Brisetout et le pauvre escholier, Stevenson tout en rendant aux vertus aristocratiques l’hommage qui leur est dû, fait apercevoir quelques suggestions qui restreignent le sens et la valeur d’une telle assurance personnelle.
« La Porte du Sire de Malétroit », nouvelle publiée en janvier comme « Un logement pour la nuit » dans Temple Bar, semble se ressentir de ses sentiments pour Mme Osbourne. L'action se déroule en France, au temps de Villon, mais le décor n’est là que pour amener une s'tuation, un débat intime d’une conscience scrupuleusc sur le problème de l’amour. Les aspirations ardentes orgueilleuses de la jeunesse y sont aux prises avec le hi. deux formalisme et la vilaine tyrannie de J’âge. Là encore, il s’agit de savoir si un jeune homme peut con‘i-. nuer à jouir de l'intégrité de son âme, s’il peut la conserver vivante. :
En mars, d’ailleurs, parut dans le Cornhill Magazire une étude psychologique du même ordre, sous forme d'essai cette fois : « Le vieil âge revêche et la jJeunesse ». Avec une certaine sérénité d'analyse, Stevensor après avoir examiné la thèse prudente de l’âge mûr n’en conclut pas moins contre elle, « Si toutes sortes de réserves doivent être faites en ce qui concerne les illusions de la jeunesse, 11 convient d’en faire également au moins autant pour les désillusions du vieil âge ».
Stevenson confesse qu’il s’est déjà dépouillé d’un cer. tain nombre de formules hâtives. Il à été socialiste (1). dit-il. Il abdique une idéologie trop violemment réfor-
(1) P., 42 Tusi 25. Crabbed Youth and Age.
matrice. Je me “suis convaincu (pour l'instant) que
nous ferions mieux de laisser ces grands changements à
ce que nous: appelons les. grandes forces aveugles : leur cécité est tellement plus perspiéace que la clairvoyance étroite, partiale et. misérablement scrutatrice des hommes » (1). Nouvelle soumission de sa part aux forces de l’inconscient dans la sphère sociale ! Néanmoins il se refuse:à entrevoir la nécessité d’une orthodoxie intellectuelle : « Toute erreur qui n’est pas seulement verbale est une façon vigoureuse de crier que la vérité courante est incomplète ». C’est à ce titre qu’il faut largement excuser les hérésies de la jeunesse : « Les folies de celle-ci ont une base de raison saine. Ses actes les plus anti-sociaux indiquent les défauts de notre société » (2). Il est bon que ceux-ci soient soulignés. Stevenson appellera encore longtemps après l’orthodoxir. la conformité, le goût de la respectabilité « le baïllon le plus mortel, et la douche la plus froide qu’on puisse administrer aux hommes » (3). C’est dans cet esprit qu'il revendique, même pour ce qu'il peut y avoir chez lui
d'erreur et d’imprudence, la liberté de s'orienter en toute
plénitude et en toute sincérité d'inspiration.
IT est singulier de voir comment toutes ses œuvres ont un tour autobiographique, et représentent avec un air de détachement artistique une véritable confession, un véritable appel au public.
En ce qui concerne ses relations avec Mrs Osbourne. année 1878 brusque la situation.
À quelle époque celle-ci vint-elle « résider à Londres plusieurs mois » avant de s’embarquer en août pour Ia Californie ? M. Lloyd Osbourne nous a décrit dans une
(1) d° « TI have convinced myself (for the moment) that we have better leave these great changes to what we call blind forces : their
blindness being so much more perspicacious than the little pécring
partial eyesight of men. S
(2) P. 48. Tusi 25. AÏ error not merely verbal is a strong way of stating that the current truth is incomplefe. The follies of youth have a basis in sound reason. Their most anti-social acts indicate the defects of our society »,
13) P. 32. Tusi 26. « The déadliest gag and wet blanket that can be laid on men (Lay Morals),