‹ La Vocation de Robert-Louis StevensonChapitre 11 sur 205 · LES LOINTAINS ANCÊTRES · texte numérisé non relu

LES LOINTAINS ANCÊTRES

Les moyens de la famille étaient amples, et il n'y avait aucune raison de voir la vie en triste, sinon que c'était la caractéristique des siens, nous dira Stevenson, « de ne pas croire au lendemain et d'envisager le futur d’une facon pessimiste » (1).

Ce n'était pas le cas des Balfour et de la mère, Mais c'était la tendance du père. Celui-ci, nous dira Stevenson, « était un homme nettement religieux et non pieux. Ses sentiments étaient tragiques. C'était un penseur tragique ». Il mourut d'ailleurs, ayant, il est vrai, atteint un certain âge, d'usure cérébrale évidente.

Tels étaient les proches et les caractéristiques héréditaires ostensibles. Mais, si s'évadant de ce cercle relativement restreint de la filiation bourgeoise des Stevenson, on tentait de remonter plus loin en arrière, on atteignait presque aussitôt, à une où deux générations du grand'père, la foule de ces paysans obscurs, doni « la froide pénurie réprima Ja noble ardeur », ainsi que l’exprime Thomas Gray méditant sur un cimetière de campagne.

Robert Stevenson, le de de cette nouvelle famille d'ingénieurs du XIX:* siècle, était le fils d’un petit fermier de l’ouest. Longtemps, ses ancêtres avaient habité la paroisse de Neïlston, à dix mille au je Ouest du port de Glasgow.

L’ancêtre maternel du Révérend Lewis Balfour avait été pasteur dans une paroisse semblable. Ce qu'était la vie dans les villages de l’ouest vers la deuxième moitié du XVIII siècle nous a été conservé d’une facon assez précise et vivante par John Galt dans ses An.

nales d’une Paroisse (1821). I1 ne faut pas s'exagérer la sévérité du milieu. Certes, la religion enseignée est. le calvinisme, mais les mœurs sont patriarcales, les gens

(1) Jtétters p. 132. Vol. 5. The « loss » of our family (to use -mygrand father’s expression) is that we are disbelievers in the morrow. The future is always black to us. :

(2) Letters Vol. IIT p. 124. My father was a distinctly religious man, but not à pious, His sentiments were tragic. He was a tragie thinker,

d’un naturel souvent brutal et il y a de curieux contrastes entre la théorie et la pratique. Dans le village de Dalmailing évoqué par John Galt, comme dans celui de Ballantrae ressuscité par Stevenson, on pratique largement la contrebande. À Dalmailing, il y a une école de danse et les mariages imprudents sont ce qui manque peut-être, le moins.

Tel devait être Neïlston. De ce village, ainsi que de beaucoup d’autres, au début de l'époque de la grande expansion industrielle, avaient émigré vers la ville qui, d'importance médiocre, devait devenir l’une des agglomérations les plus considérables du Royaume Uni, un très grand nombre de cultivateurs. Beaucoup en se transportant de la campagne à la ville, n'étaient pas sortis de leur médiocrité d'existence antérieure. Robert Stevenson avait réussi à se classer dans la bourgeoisie.

Il est intéressant de noter, comme l’a fait Stevenson lui-même, cet épanouissement subit des facultés mentales chez deux ou trois personnes, qui culmine avec l'apparition du grand écrivain, après « une perpétuation obscure de la lignée à travers les siècles» (1). Elle est si obscure, que même en y consacrant du temps, on ne peut distinguer bientôt, en remontant les années, les nombreux Stevenson les uns des autres. Ils ne se manifestent pas même par des méfaits L'absence de particularités individuelles les confond tous dans l’histoire de la race.

Ne serait-il pas infiniment agréable d'accepter la thèse que soutient le compatriote de Stevenson, M. Steuart, au nom incontestablement gaëlique, de la prédominance d’une hérédité française chez le orand auteur écossais ? Mais, ce serait à notre sens absolument fausser l'aspect de sa personnalité.

Et

() Letters Vol. V p. 165-to R.A.M Stevenson ?: « What a singular thing is this undistinguished perpetuation of a ‘family throughout the centuries, and the sudden bursting forth of character and capacity that began with our grand father, »

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