‹ La Vocation de Robert-Louis StevensonChapitre 133 sur 205 · L'HISTOIRE D'UN MENSONGE · texte numérisé non relu

L'HISTOIRE D'UN MENSONGE

Ue roman, envoyée à L0ndres he suuleva guère d’enthousiasme parmi ses amis. Il fut néanmoins placé au NeW Quarteriy Magazine dans iéquel 11 parur presque wussitot, en itime temps que l'essui Sur purns uans 1e Lornhili, dans le numéro d'octobre. Mais la rémunération fut mince. Et sans doute Stevenson accepta-t-1l ce verdict, car 11 ne republia jamais l’« Histoire d’un men- SUug& » U6 SON Vivant.

À bord du Devonia, il recueillit surtout des impressions, 11 se complut aux états d’ames qui devaient constituer la trame de : « L’Enugrant Amateur ».

La version que nous en avons date de 1894, c’est-à-dire quinze ans plus tard. Elle constitua un remaniement de la version primitive écrite sous le coup du voyage. Il serait intéressant de comparer attentivement ces deux textes. Mais nous ne pouvons nous reporter ici qu’au derer. Il est d’ailleurs pleinement caractéristique de cettephase de la vie de Stevenson.

A bord du Devonia, Stevenson est beaucoup plus près, beaucoup plus respectueux des hommes qu’il ne l'était dans ses voyages précédents. Il y à une note d'émotion, et . de sincérité qu’on ne lui avait jamais entendue. 11 sort de son subjectivisme au contact frappant des faits sociaux.

« Le monde ouvrier, en ces dernières années, dans toute l’étendue de la Grande-Bretagne avait subi une série prolongée de défaites complètes. J'avais vaguement entendu parler de ces revers, de rues entières désertées sur les bords de la Tyne, de portes de caves arrachées et emportées pour faire du feu, d’hommes sans foyer déambulant aux coins des rues de Glasgow avec leurs malles sur le trottoir, de grèves sans résultat, de filles de fabrique mourant de faim, mais je n’y avais jamais réfléchi sé rieusement, je ne m'étais jamais représenté ces misères de façon frappante » (1). Il se les représentait au spectacle des passagers de l’entrepont.

(1). P. 9. Tusi 17 — Labouring mankind had in the last ycars, and throughout Great Britain, sustained a prolonged and crushing

series of defeats. I had vaguely heard of these reverses ; of whole streets of houses standing deserted by the Tyne, of cellar doors

266 UN PENSEUR DANS LE TROUPEAU RS PS PE ie NS POEIES Comme il était loin de l'idéologie optimiste de Whitman dans son poème des « Pionniers »! Quel triste contraste avec l'apologie de Pesprit d’aventure de Westward Ho ! Stevenson mesure encore une fois toutes les conséquences humaines du développement de la civilisation industrielle. T1 perd une de ses illusions : |

« Plus j’observais mes compagnons de voyage et moins j'étais tenté de revenir à la note lyrique. Peu d’entre eux, comparativement étaient au-dessous de trente ans ; beaucoup étaient mariés, surchargés d’enfants ; et un bon nombre étaient déjà avancés en âge » (1).

Ce n’était pas ainsi qu’il s'était, dans son enthousiasme romantique des livres, représenté Pémigration. « Ceux qui étaient autour de moi étaient pour la plupart des citoyens tranquilles, respectueux des lois, c’étaient des pères de famille usés par Padversité, des gens dont la jeunesse le cédait déjà à la fatigue de l’ôge, qui avaient échoué dans la vie, et d’autres qui avaient vu de meilleurs jours » (2). Et il y avait un certain pathétique à assister à une retraite, là où l’on s'attendait à se trouver au milieu d’une ruée, d’une offensive ambitieuse.

Aussi absorbé qu’il fût par son « Histoire d’un mensonge », Stevenson s’intéressa visiblement à ses compa-

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gmons de voyage. N’était-ce pas au milieu de gens du peuple qu’il avait passé une partie de sa vie ? Il n'avait jamais aimé à se considérer comme un membre de la bouroeoisie, <Quelques-uns de mes compaenons, dira-t-il tandis que je me monvais ainsi au milieu d'eux sur un

broken and removed for firewood ; of homeless men loitering at the streét-corners of Glasgow with their chests heside them ; of closed factories, useless strikes and starving girls. But I had never taken them honxe to me or represented these distresses livingly to my imagination.

() P. 9 d — The more I saw of my fellow-passengers, the less TI was tempted ‘to the lyric note. Comparatively few of the men were below thirty : many were married and encumbered with families ; not a few were already well up in years.

(2) P. 9. Tusi 13 — Now those around me were for the most part quiet, orderly, obedient citizens, family men broken by adversity, elderly vouths who had failed to place the onselves in life, and people who had seen better days. Mildness was the prevailing character,

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