LE PAVILLON SUR LES DUNES
du lieu. Il commença à écrire « Une vendetta dans l'Ouest ». Il poursuivit néanmoins diligemment la rédaction de l’< Emigrant amateur » qu'il avait l’intention de faire paraître le plus tôt possible en Angleterre. En même temps, 1l amorçait une Autobiogr aphie dont il ne subsiste que quelques fragments (3).
- C’est également de cette époque que date sa mise au point définitive de ses impressions de Thoreau, et son étude sur Yoshida Torajiro, le réformateur japonais. Et pourtant 1l trouvait encore moyen d'achever d'écrire « Le Pavillon sur les Dunes » qu'il avait déjà commencé à Londres avant son départ. C'était une continuation assez inattendue des récits fantastiques de la série des Nouvelles Mille et Une Nuits inaugurée dans London, le Magazine de Henley.
Mme Osbourne avait à Monterey une sœur, Nelly, celle qui, plus tard, épousa un Mexicain ou un Espagnol, Senor Adulfo Sanchez. Stevenson commença sous sa direction à apprendre l’espagnol. C'était d’ailleurs la langue parlée presque partout. Il ne semble pas y avoir fa t des progrès considérables.
C’est à Miss Nelly van de Grift, comme il le re rappellera plus tard dans sa dédicace de l’ouvrage achevé, que Stevenson parle déjà du sujet de son futur roman de « Prince Othon ». Il devait être en bonne voie, car quelques mois après, en février 1880, sous le titre de « The Forest State » (1), il en décrira très exactement les principaux personnages. Si avec « Le Pavillon sur les Dunes » Stevenson était par l'imagination sur la côte sauvage du Sud de l’Ecosse, avec « Le Prince Othon » il était dans la Forêt Noire.
Et pourtant son cœur était plus que jamais à Monterey. Son mariage avec Mme Osbourne née van de Grift avait été décidé en principe.
A vrai dire, sa venue n'avait pas été absolument inuti-
le à mettre les choses au point. Il ne paraît pas que les
(1) Balfour p. 86.
(2) Vol. 2, Letters p. 105-106 — Letter febr. 1880 to W. E. Henley.
relations entre M. Osbourne et sa femme eussent été complètement rompues. Il semble même qu’il existât entre eux des sentiments assez cordiaux. M. Osbourne exercait en dehors de Monterey, mais à une distance qui ne semble pas avoir été infranchissable, la profession d’ingénieur dans une exploitation minière. C'était « un grand’ bel homme, avec une barbe d’or taillée en pointe, et d’un tempérament aimable et séduisant » (1). Il était plus âgé que sa femme, mais il devait avoir conservé une certaine frivolité juvénile dont elle avait eu à souffrir.
Pour que Mme Osbourne se fut absentée plusieurs années avec ses enfants en Europe dans le dessein d'étudier la peinture, il fallait évidemment que les relations des deux époux mariés depuis une vingtaine d’années se fussent assez refroidies, en tant qu'homme et femme. Maïs de 1à à prendre la décision de rompre complètement, était-il nécessaire qu’intervint un motif vraiment déterminant. |
Après l’arrivée de Stevenson à Monterey, Mme et M. Osbourne eurent une entrevue qui marqua définitivement la fin de leur union. Elle ne manqua pas d’une caractère émouvant. On ne met pas impunément terme à une association de cette nature. Mais M. Osbourne, qui en l'occurrence ne se trouva pas dénué d’une certaine générosité et d’une certaine grandeur vit qu’il n'avait qu'à s’incliner devant cet aboutissement catastrophique de longues années d’aliénation, et en particulier d’une circonstance, lorsqu’au moment du décès de.leur jeune fils Harvey (2) à Paris, il avait, sans donte par cas de force majeure, laissé sa femme dans de terribles embarras.
M. Osbourne eut si peu de rancune pour celui qui lu? avait enlevé les affections de la compagne de sa vie, et aussi un peu celles de son fils qu'il manifesta la plus grande bonne volonté de venir en aide et de faire
() P. X. Tusi 18 — Pref, Lloyd Osburne — He was a tall, very fine looking man, with a pointed golden béard ; and a most winning lovable nature,
(2) En 1876, âge de cinq ans,