‹ La Vocation de Robert-Louis StevensonChapitre 144 sur 205 · LA VOCATION D'ÉCRIVAIN · texte numérisé non relu

LA VOCATION D'ÉCRIVAIN

J'ouest, de cette marche à travers la prairie qu'avait chantée Walt Whitman !

Mais n’en avait-il jamais apprécié que les aspects purement subjectifs, avait-il tiré de ces thèmes tout ce qu'ils étaient susceptibles de fournir d’exaltation spiri- : tuelle et de foi dans l’avenir à sa jeunesse indigente ? Loin de la mère patrie, souffrant obscurément de ses démêlés avec les siens, dans l’attente anxieuse des nouvellès du divorce de la femme qu’il veut épouser, il semble que pour Stevenson ces aperçus d'existence à sa portée n’aient pas plus de réalité que ce qu’il voit s’agiter dans Charles Reade, Balzac ou Walter Scott... Stevenson demeure à l’écart de San Francisco. En face d’elle il est condamné à être encore un amateur de lui-même et un artiste.

Il ne va pas au-delà de chercher à gagner sa vie dans le journalisme. Car pour lui, il ne saurait y avoir d’autre moyen de subvenir à ses besoins que d'écrire. Et dans la situation dans laquelle il est placé, les résultats, comme on le lui indique de Londres, et comme 1il s’en rend compte également sur place, sont peu satisfaisants. En proie à cette unique alternative, Stevenson nenvisage d’autre solution que de continuer à écrire et de retrancher progressivement sur tout ce qui lui est le plus nécessaire à la vie, à sa santé, à sa joie. Comment la cité des glorieuses Portes d'Or du Pacifique serait-elle autre chose pour lui que ce qu’elle tend à devenir peu à peu dans sa vie : « La Cité de la Nuit effroyable » de l’âme, véritable purgatoire d’attente !

I1 se souviendra longtemps de cette Nuit, de cette perte de l’allégresse, quand après avoir erré tant de fois de France en Ecosse, après sa longue aventure jusqu’à San Francisco, après tant de communions avec la nature, il était enfin au fond de Bush Street « acculé au mur ».

I1 logeait avec des gens peu fortunés qui lui louaient un gîte. Mais dans ce gîte même s’introduisit l’inquiétu-

de. L'enfant de la famille tomba gravement malade. Il fallut le veiller, et Stevenson conscient des services de cette sorte qui, depuis son départ de Glasgow lui avaient été partout rendus par l’homme du peuple y consacra ses nuits. L’enfant fut arraché à la mort. Mais Stevenson usé par la maladie, par les privations et les fatigues s’effondra, dangereusement touché. Il ne désirait. plus la solitude. Son hôtesse, heureusement, était là pour lui rendre lé même service qu’il venait de lui rendre pour son enfant. Le divorce était-il prononcé ? Mme Osbourne accourut. Ils ne devaient plus être séparés. Quelques Jours encore et la nuit se dissipe : son père lui télégrapphie dé ne plus avoir d’inquiétudes pécuniaires, le reste suit son cours. +

Mais la nuit de San Francisco, la Nuit du Pèlerin n’avait pas été sans lui apporter auséi sa vision : | :.« J’ai été loin ; j’ai été près ; j'ai lutté acculé au mur, chantera-t-1l. Cependant toujours luisait encore l’étoile pour me guider à travers tout : L’Amour de Dieu et laide de l’homme, tous deux me rendront fort. Pour pré- . valoir contre les Portes des Ténèbres, comme à côté des Portes d’Or,s (1).

. 11 semblerait bien qu’il se fût vraiment haussé cette fois jusqu’à la totale sincérité dans son attente tenace, et que mieux que jamais auparavant, il ait eu la révélation de la force qui habite celui qui est doué de cet ineffable don de la foi sans laquelle il ne saurait y avoir de conscience religieuse.

+ (4) New Poems p. 160 CIII.

I have been near, I have been far, my back has bcen at the wall, Yet aye and ever shone the star to guide me through it all ; The love of God, the help of man, they both shall make me bold, Against the Gates of darkness, as beside the Gates of Gold.

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