‹ La Vocation de Robert-Louis StevensonChapitre 162 sur 205 · SEMAINES DE TRANSITION · texte numérisé non relu

SEMAINES DE TRANSITION

tement des maladies pulmonaires et dont il avait hérité, il était possesseur d’une assez large fortune. Ayant trouvé Davos à sa convenance, il s’y faisait construire upe villa. Représentant authentique et autorisé de la culture universitaire anglaise il était aussi le plus socialement favorisé.

Jusqu’alors, Stevenson n’avait pas plus que lui tiré profit de sa production littéraire, et ce n’est pas à Davos qu’il entrera dans cette voie.

Sans doute il roule de grands projets dans son esprit. L’attrait qu’il s’est découvert pour tout ce qui se rappor-te aux Hautes Terres d’Ecosse lui inspire le désir d’en écrire l’histoire. Il entrevoit quelque chose d’épique et d’'émouvant. Il fait venir des livres en prévision du séjour qu’il doit faire là-bas en été. Il se plonge avec enthousiasme dans tout ce qui évoque des scènes dont il va visiter bientôt les sites. Il s’efforce de se mettre dans un état d’âme convenable pour apprécier le décor de la partie la plus farouche, la plus primitive et la plus romanesque de son pays.

Mais au fond, est-il possible à Stevenson ÉDrepie ne dre un ouvrage de longue haleine, ou qui réclame une inspiration soutenue ? Il est soumis, en considération de son état, à une discipline médicale sérieuse. Il ne lui est pas permis de travailler plus de deux heures le matin et parfois une heure encore dans l’après-midi. Les effets de l'altitude au surplus n'étaient pas sans faire sentir leur action. Il avait des alternatives de violents maux de tête et de vague dépression nerveuse. Comme il l’explique dans un de ses essais, pour le malade dans l’état de Jlangueur qui était le sien à son arrivée, les Alpes sont une fontaine de Jouvence : mais « cette fontaine ne fonctionne pas avec beaucoup de régularité » (1). Le renouveau de sa vitalité était coupé d’accès de lassitude. Rien n’était moins propice à la création littéraire.

Aussi son activité se disperse-t-elle en œuvres accessoires. Comme il avait tiré jadis un essai de ses impressions

(1) P, 157 — The stimulation of the Alps. Tusi 30,

de malade « Condamné à passer l’hiver dans le Midi », il fera paraître dans le Pall Mall Gazette, en février et en mars 1881 quatre essais du même genre : « La Santé et les Montagnes », « Davos en hiver », « les Diversions des Alpes », « lInfluence tonique des Alpes ».

Leur procédé en est beaucoup moins l'évocation pittoresque que l’introspection. Il décrit des états d’âme, des fluctuations psychologiques plutôt que des aspects concrets. Son véritable sujet, c’est lui-même considéré dans les variations de sa vie intérieure. Comment les Alpes retentissent sur elle, voilà toute la question. 11 lexpose avec une absence de précision réaliste, et une discrétion personnelle transcendante qui transpose la note d’égotismie èn méditation: grave et sereine.

Ces essais n’ajoutèrent pas à sa renommée d’essayiste. Celle-ci est établie POASSTE mieux par ceux qu’il avait déjà publiés et qu’il s’ occupa justement à Davos de réunir en recueil.

Dans Virginibus Puerisque, qui prend son titre de l'essai initial, comme nous l'avons déjà montré, Stevenson à condenes l’examen de quelques-unes des questions qui le préoccupèrent le plus au cours des années antérieures. Se plaçant sur le terrain de l'accroissement spirituel, il ne soumet au lecteur que la quintessence littéraire, la sublimation de la matière précieuse. I] évite toute brutalité concrète, il élimine le véritable relent individuel. Méthode étonnamment pur itaine que celle qui résulte d’une telle pudeur d'expression spontanée, d’affirmation naïve des penchants et des instincts, qui vise infatigablement à à faire apparaître la signification abstraite et générale plutôt que le cas particulier. Rien de plus artistique d’ailleurs que cette recherche savante et sévère de la façon de se révéler, que ce refoulement intellectuel des données immédiates du tempérament.

Mais quel que soit son succès dans l'affirmation purement transcendante, quel que soit son effort vers l’éclaircissement absolu du relatif, cette exploration des sentiments, des émotions et des tree procède exclusive-

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