‹ La Vocation de Robert-Louis StevensonChapitre 172 sur 205 · LES ENVOUTEMENTS DE L’ÉCOSSE · texte numérisé non relu

LES ENVOUTEMENTS DE L’ÉCOSSE

À Kinnaird Cottage, Stevenson composa coup sur

coup trois récits tragiques, qui évoquent trois aspects de la vie’ écossaise, où le cynisme des acteurs finit uniformément par être vaincu par la crainte irraisonnée, et mystérieuse de l’au-delà.

Le premier : Jeanne la torve » fut écrit en dialecte écossais. Il s’agit d’un clergyman, frais émoulu de la société de la ville et qui ne veut pas croire aux sorcières, comme les gens du village. C’est ainsi qu’il en protège une dans son isolement, et la prend même pour servante. Mais la suggestion de la lande est trop forte. Il est bientôt en proie à de terrifiantes visions. Il est vaincu par les superstitions du pays.

Ce récit qui s'inspire de toutes les nuances, de toutes les possibilités du vocabulaire des Basses Terres au milieu desquelles il se déroule est évidemment intraduisible. Il n’est pas très étendu. Stevenson après l’avoir lu à son père l’envoya à Londres, où il fut accepté sans hésitation par le Cornhill Magazine.

«Les Joyeux lurons » furent ensuite écrits. Cette nouvelle est plus étendue que la précédente, et il y eût eu matière à un plus long récit encore si Stevenson n’eût manqué de souffle, ou plutôt d'expérience. Il y évoque sans la nommer la petite île d’Earraid dont il nous parle dans ses essais, et où il a séjourné quelque dix ans auparavant. Dans cette île dont il connaît tous les aspects qui résultent de l’état du ciel et de la mer, il a placé trois êtres, un fermier des Basses Terres, sa fille, et un cousin venu de l’Université d’Edimbourg passer quelques jours. Quelles réactions le spectacle des tempêtes, le voisinage des naufrages produit sur l'imagination du fermier, déjà imprégnée de l’idéologie et des visions du livre.qui forme depuis son enfance sa principale lecture, la Bible, c’est ce que le récit reflète. Ici encore l’homme est vaincu par le milieu.

Mais le récit le plus sinistre, et le plus discutable que Stevenson écrivit à Kinnaird Cottage est encore : « Le Voléur de Cadavres ». Nous sommes simplement à

Edimbourg dans un milieu d'étudiants en médecine vers 1220. C’est l’époque d’un fameux scandale qui compromit plusieurs sommités médicales. Un individu, qui ultérieurement fut découvert et exécuté, livrait presque régulièrement à l’amphithéâtre des cadavres qui provenaient du meurtre, par lui-même ourdi, de personnes dont la dsparition n’était pas Seb d’être trop remarquée. Stevenson s’autorise seulement de cette affaire célèbre. Le récit surgit de la confrontation inattendue de deux hommes âgés dans une auberge anglaise, l’un médecin réputé, l’autre son ancien camarade plutôt déchu. C’est ce dernier qui raconte à quel degré de cynisme au cours de leurs études à Edimbourg jadis ils en étaient arrivés. Le médecin, maintenant si respecté, après avoir dans son service au laboratoire d'anatomie accepté sans scrupule des cadavres suspects en était allé jusqu’à se rendre le complice et l’instigateur d’un meurtre. Pour tenir approvisionné Pamphithéâtre de dissection, ils en étaient allés jusqu’à voler des cadavres fraîchement ensevelis dans les cimetières des environs. Le récit est mal composé, mais il s'arrête sur une scène où ces deux étudiants aeuerris aux réalités de la mort et à la sensation du crime voient leur impudent sans-froid, comme il était arrivé à Peter bell, subitement défait par le silence, les ténèbres et les sugsestions mystérieuses de la lande.

Ni les « Joyeux lurons », ni les « Voleurs de Cadavres » ne furent publiés immédiatement. Mais tels étaient les fruits du séjour à Pitlochrie de juin jusqu’au 1° août.

A maintenant, Stevenson prenant enfin en aversion le climat de Pitlochrie s’en alla avec les siens à Castleton. près de Braemar, dans un autre chalet.

Stevenson était plein d’un autre projet qui l’occupa tout l'été. La chaire d'Histoire constitutionnelle de l’'Ecosse était sur le point de devenir vacante par la retraite de son occupant, le professeur Aeneas Mac Kay. II s’agissait d’une série de cours sur la question, assez peu nombreux pour être donnés pendant la belle saison. À la

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