‹ La Vocation de Robert-Louis StevensonChapitre 18 sur 205 · LA GENÈSE DES INQUIÉTUDES · texte numérisé non relu

LA GENÈSE DES INQUIÉTUDES

coHé à la vitre de sa chambre chaude et bien close, il serutait la nuit, le brouillard. En suivant des yeux Fhomme qui passait pour allumer les réverbères, le passant, il rêvait de s'en aller, lui aussi. 11 soupirait pour des occasions d'incidents, d'événements, d'agitations de toutes sortes dans des pays lointains, étrangers, mystérieux. Ainsi éclosait une âme utopique et solitaire, repliée sur elle-même, tendue vers l'impossible, |

Il avait des souffrances plus réelles. Comme il l'écrira plus tard (1), « mon enfance ne fut pas saris côtés pénibles. Ce fut une expérience pleine de fièvre, de eauchemars, d'insomnies, de journées douloureuses et de nuits interminables, et je ne puis parler des jardins qu'avec moins d'autorité que de cet autre pays des oreillers et des couvertures. » (2)

Ce qu'il voyait, la nuit, lorsqu'il était couché dans sa chambre, il nous l'a rendu de facon intense dans ces vers des Nouveaux Poèmes, qui nous font songer à Léo: pardi, au poète de l'inquiétude plutôt qu'au protagonisie de la joie et de l’activité qu’il semblera ultérieurement.

« Je me souviens de ces ans et j'aime mon enfance [évanouie, Et cependant, si cela se pouvait, Je ne voudrais pas la revivre... ; Est-ce que je ne sais pas comment la nuit sur mon lit L'obscurité profonde m'emprisonnait de si près Comment mon petit cœur s’élançait vers les choses

[mauvaises,

(1) Letters Vol. p. 45 29 March 1885. My childhood was in reality a very mixed experience, full of fever, nightmare, insommnia, painful days and interminable nights, and [I can speak with less, authority of gardëns than of that other « land of counterpanes ».

(2) Stormy Nights New Poems I recolléct and love my perished chiidhood.

P, 213. Vol. IIL …. and if it could be.

Would not recall it...

Do I not know how nightly en my bed The palpable close darkness shutting round mé

Comment toutes les possibilités du péché

Qui étaient alors connues de mon innocence M'enserraient trop étroitement,

Et comment mon âme battait

Contre les barreaux de la cage de pureté où j'étais:

[tenu ; :

Comment — les yeux fixes,

La lèvre enfiévrée entre les doigts

J'inventais pour moi seul de nouvelles sortes de eri- | [mes,

Je mé représentais avec effort et difficulté

Ce mystère du mal que les toiles d'araignées de la NS | [société, Les aimables discrétions de l'éducation

Avaient rendu pour moi un mystère tyrannique. »

Curiosité exacerbée, imagination surchauffée dans un corps prisonnier des précautions morales et physiques dont on l’entourait, voilà un aspect de Stevenson enfant. Il tirera de son expérience de ses efforts spontanés de fantaisie enfantine pour remplir les journées la substance des thèmes du « Child’s garden of verse ». Cette confession plus intense et plus personnelle qui fait aussi penser à la franchise de Whitman restera longtemps parmi ses notes intimes. Il semble qu’elle jette une lueur

How my small heart went forth to evil things, How all the possibilities of sin

That were yet present to my innocence Bound me too narroWly,

And hoW my spirit beat

The cage of its compulsive purity ;

HOW — my eyes fixed,

My shot lip tremulous betWeen my fingers .

I fashioned for myself neW modes of crime, Created for myself with pain and labour

The evil that the cobWebs of society,

The comely secrecies of education

Had made an itching mystery to meWard,

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