‹ La Vocation de Robert-Louis StevensonChapitre 19 sur 205 · L'APPRÉHENSION DE L'ÉCOLE · texte numérisé non relu

L'APPRÉHENSION DE L'ÉCOLE

qui ne pouvait se trouver dans ses poèmes pour enfants. |

Par ailleurs, les premiers rudiments de l'instruction, la lecture, l'écriture, le calcul lui furent longtemps enseignés à la maison. Quand il fut enfin envoyé à une école de façon intermittente, il s'y montra timide, peu désireux de frayer: avec ses camarades, et par conséquent assez mal vu d'eux. Vis-à-vis des maîtres, c'était autre chose.

Les réactions nocturnes de sa sensibilité étaient telle: qu'il a pu, vers la quarantaine, les décrire encore ainsi : « Les deux principaux ennuis de son existence très étroite — le désagrément terre à terre et quotidien-des tâches scolaires et l’horreur lointaine et plus vague de l'Enfer et du jour du jugement — étaient souvent confondus pour lui en un effroyable cauchemar. Il croyaït se trouver debout devant le Grand Trône Blanc: il était appelé, pauvre petit, à réciter quelques formules verbales dont sa destinée dépendait, sa langue s’arrêtait, la mémoire lui faisait défaut, l'Enfer s’entrouvrait pour lui: et il s'éveillait, s’accrochant aux montants des rideaux, les genoux recroquevillés jusqu’au menton » (1).

Cette enfance dorlotée et soumise en même temps à des influences trop fortes, aux prises avec des images et des émotions trop violentes n’était en effet pas véritablement heureuse.

Peut-être y a-t-il quelque exagération dans ces peintures ? Et sans doute toute son existence n’était-elle pas remplie par ces cauchemars et ces angoisses. Mais il fallait qu'elles tinssent néanmoins une‘place importante dans ses souvenirs pour qu’il y soit si souvent revenu,

(1) À Chapter on dreams - Further Memories p. 42 - The two chief troubles of his very narrow existence - the practical and evdry day trouble of school tasks and the ultimate - and airy one of hell and judgment - were often confounded together into one appalling nightmare. He seemed to himself to stand before the Great White Throne ; ha was called on, poor little devil, to recite some forms of words on which his destiny depended ; his tongue stuck, his imemorÿ was blank, hell gasped for him, ; and he would awnke, clinging to the eurtain rods with his knees to his chin.

et avec tant d'épouvante encore, dans leur évocation lointaine.

M. Steuart, le dernier biographe de Stevenson, qui signale ce défaut capital de l'éducation première de l'écrivain, nous dit € Qu'il aurait mieux valu pour lui, et peut-être aussi pour. la littérature, qu'il eût été de bonne heure envoyé jouer au cerceau dehors avec les autres enfants. » (1) Ne sont-ce point justement les particularités un peu exceptionnelles de son développemént qui ont le plus fortement contribué à nous donner Robert-Lôuis Stevenson ? Il est difficile en som de critiquer âprement une forme d'éducation qui a produit ce résultat. Dans quelle mesure, même avec leurs excès de précautions, ses parents n'ont-ils pas sauvé la vie à un enfant malingre, nous ne pouvons guère le savoir, Mais, en ce faisant, ils l'ont rendu exceptionnel.

Stevenson profite des avantages et souffre des inconvénients d'une multitude de circonstances. Les fautes de ses parents autant que les facilités qu'ils offrent à un enfant unique, tout concourt à faire de lui un êtré-à part. Et il finit par aimer cette position et à se fortifier dans ce rôle auquel il est habitué. C'est la source d’un subjectivisme intense en dehors duquel on ne le voit plus très bien. Privé de cette qualité, il eût été tout autre et peut-être un homme médiocre dans la sphère où il se serait avancé. La personnalité de Stevenson est indissociable de l’aspect de ces jeunes années. |

(4) .Steuart - Stevenson p. 47 Vol. Ï. « It would hawa been better for Stevenson, better perhaps lor literature had he been sent dut with a hoop and thrust into rough - and tumble contact with the other boys ».

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