‹ La Vocation de Robert-Louis StevensonChapitre 183 sur 205 · LE TRÉSOR DE FRANCHARD · texte numérisé non relu

LE TRÉSOR DE FRANCHARD

teur Clarke qui l’avait jadis envoyé à Menton et à Davos en temps opportun. Re

Il revint accompagné de Colvin. Stobo Manse était trop mal situé, trop près de la mer. Le docteur avait indiqué un coin des Hautes Terres, encore peu connu: mais destiné à devenir extrêmement à la mode. C'était Kingussie. Il s'agissait de remonter tout au nord, en traversant les monts Grampians et d’atteindre le voisinage de la vallée de la Spey, rivière qui coulant vers le Nord-Est va se jeter dans le Moray Firth entre Elgin et Banff. Changement complet de décor.

Stevenson partit le premier avec Colvin, la famille résolue à le rejoindre. Il fut de nouveau repris par l’aspect des Highlands. La Spey est la rivière la plus rapide de la Grande-Bretagne. C’est dire le caractère accidenté du pays. On y pêche d’abondantes truites. Kingussie est sur un torrent qui la rejoint. On est en pleine incanta tion gaëlique, parmi les bruyères violentes et les genêts.

Arrivé à Kingussie fin juillet il ne put guère y prolonger son séjour que jusqu’au 9 septembre. Car, une hémoptysie et d’autres symptômes alarmants l’incitèrent alors à recourir à nouveau aux avis du D' Clarke à Londres. Maïs dans l’intervalle de ces cinq semaines, l’inspiration qui s'était allumée l’année précédente et qui avait donné naissance à Jeanne la Torte, les Joyeux Lurons, l'Ile au Trésor l’avait encore visité. |

Chose singulière, dans la nouvelle qu’il composa il s’aait encore d’un trésor, et l’un des principaux personnages est encore un enfant. Le site des aventures est transporté de l’île mystérieuse des boucaniers à la forêt de Fontainebleau. Et en même temps que l’atmosphère de redoutable tension mentale qui donne aux incidents et au pittoresque de l’Ile au Trésor leurs possibilités de surexcitation, se dissipe, et fait place à une certaine bonhomie souriante et sensuelle, voilà qu’apparaît subitement la liberté d’une pensée philosophique.

. Que cela est bien vu, ou plutôt bien senti ! Dans le roman anglais avec ses personnages à la psychologie répri-

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mée, il n’y a pas d’alternative à la recherche et à la conquête violente du trésor.

Du premier moment jusqu’au dernier, il semble que tous s’inclinent devant la vertu ineffable de l’or. C’est l’aimant irrésistible de tous les désirs et de toutes les vo: lontés tendues. C’est exactement le contraire de ce qui se déroule dans le récit du Trésor de Franchard.

Serait-ce que dans l’Ile au Trésor apparaît l’une des conséquences de cette interrogation que pose Stevenson dans l'Amateur Emigrant : « Si le Puritanisme en bannissant de l’âme humaine toutes les autres passions, n'aboutit pas en définitive à n’y laisser développer que la seule cupidité des biens matériels » (1) ?

L'Ile au Trésor, où pas une réflexion n’entrave à aucun moment le développement d’une telle aspiration chez le moindre des personnages, où le prestige de l’or enfoui semble dominer l’action de fond en comble, du commencement jusqu’à la fin, peut être mise entre toutes les mains. Tandis que le Trésor de Franchard, avec ses oscillations d'humanité, avec sa plénitude de points de vue, réussit, nous dit Stevenson (2) pour cette raison méme à être taxée d’immoralité. x =

(1) P. 31 — The Amateur emigrant — Tusi 18 — Can it be that the Puritan School, by divorcing a man from nature, by thinning out his instincts, and setting a Stamp of disapproval on whole fields of human activity and interest, leads at last directly to material greed ?

(2) P. 148 — Letters Vol. 4 31 Janv. 92 — to Colvin. It is a poison bad World for the romancer, this Anglo-Saxon world ; L usually get out of it by not having any Women at all in it ; but when I remember! I had the Treasure of Franchard refused as unfit for a family magazine, I feel despair weigh upon my wrists. ..

Huitieme partie

Ea Venue de Ia

Renommée

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