LES VOYAGES FAMILIAUX
son partait seul accomplir ses tournées. Mais la santé de Mme Stevenson laissant à désirer, elle allait de son
côté passer quelque temps dans le Sud de l'Angleterre,
« Lou » passa avec elle deux printemps à Torquay,
dans le Devonshire, pays des pommiers en fleurs, ré-
puté pour la douceur de son climat réchauftfé par le courant du Gulf-Stream.
Une année même, lorsqu'il eut treize ans, sa mère l’'emmena sur la Côte d'Azur. De là, on alla en Italie. Stevenson n'avait pas l’âge qui lui permit encore de tirer de cette visite toutes les impressions qu'il eût recueillies plus tard. Gênes, Venise, Rome, Naples, défilèrent devant lui. Tout au moins, il.conntit le charme inattendu pour celui qui vient du Nord, de l'hiver méditerranéen, la douceur des oliviers et l’aspect exotique des grands palmiers près des flots bleus. Maïs un gamin de cet âge est beaucoup plus à l'affût d'incidents que de paysages. Avec sa mère, hélas, il traînait plus où moins partout autour de lui cette respectabilité puritaine et
- écossaise, cette odeur de Bible dans laquelle 11 n’y avait
point d’encens, et qui s'allie si difficilement au parfum
des roses et des mimosas. Ë
Ils revinrent par l’Allemaone. ce qui leur permit de [=] 9
suivre le cours du grand Rhin historique, tout entier aux
éghses, aux châteaux, aux vieilles cités de Part ogival
dans le décor majestueux de la nature.
On voit qu'il n’était pas tout à fait sevré des joies des grands horizons. N’y a-t-il pas coïncidence dans cette éducation avec celle d’un autre écrivain, né 1l est vrai dans le Sud de l'Angleterre, mais comme Stevenson, de parents écossais et presbytériens, et conne lui fils unique. On ne saurait évidemment parler de méthode là où il n’y à, certes, qu'inconscient empirisme. Mais on ne
peut expliquer uniquement par une rencontre fortuite
ce qu'il y a ici d’analogue au cas de John Ruskin.
Et l’assiduité scolaire, dira-t-on ? Sûrement des parents aussi sérieux que ces rigides Presbytériens ont dû s'appliquer à donner à leur fils des habitudes d’oc-
cupations bien réglées. Où peut-on mieux qu’en classe s’accoutumer au respect, à l’obéissance, à la discipline des tâches, à la régularité des associations mentales ?
De ce côté, en ce qui concerne la formation scolaire de Stevenson, beaucoup plus que chez Ruskin, 11 ÿ # un husser-aller flagrant.
L'enfant fut entraîné à rester délibérément en marge des obligations scolaires. Il finit, sans qu'on eût d’intention bien arrêtée, par échapper étrangement à l'emprise de cette machine efficace qu'est l’école. Elle n'nnprima pas en lui sa structure, et cette particularité aura ou en bien où en mal les plus extraordinaires conséquences sur Sa vie.
I Ecosse se targue à juste titre de posséder d’exce!lentes institutions scolaires. Edimbourg, en particuher, en est extrêniement bien pourvue. Elles pouvaient être d'autant plus acceptables qu'à la différence de l'Angleterre où les élèves sont internes dans les établissements similaires, il s'agissait d'y être externe. C’est la forme la plus adoucie de la servitude enfantine.
Stevenson, à l’âge de onze ans, fut bien envoyé à l'Academy, l’un des meilleurs établissements secondaires, à proximité de la demeure paternelle. Là allaient beaucoup d'enfants de la meilleure bourgeoisie. C'était la préparation à l'Université.
I] n'y resta qu'un an. Cette médiocre fréquentation lui permit plus tard d’être considéré comme un ancien élève, d'assister aux banquets amicaux et d'y prononcer des allocutions. Mais, pour l'instant, il ne sembla guère s'attacher à l'Academy. TI avait une habitude de langage sarcastique qui ne le faisait pas toujours apprécier (1). Des indispositions plus où mois fréquentes en hiver l'éloignèrent de ses cours, et peu à peu, il finit par abandonner.
Son père, d'ailleurs, ne croyait guère à la nécessité d'une formation scolaire régulière. Selon lexpression
(1) Souvenir rapporté personnellement en 1911 par le Dr Mackay, aucâun Professeur à lAcademy.