LOIN DU PRESBYTÉRIANISME BOURGEOIS
Le rôle grandissant des romans. L'initiation artificielle à la vie. L'anarchie intime. Principaux auteurs. L'influence du milieu vraiment national. |
La sévérité des Anciens, si l’on voulait maintenir l'idéal puritain, n’avait-elle pas raison de mettre en garde contre les lectures profanes ? Ces œuvres d’imagination que M. Thomas Stevenson avait lues dans un esprit de délassement, produisaient sur l’enfant, et plus tard sur le jeune homme, une impression profonde. Il n'avait qu'à puiser dans la Bibliothèque de son père pour s'évader de son milieu. « Je recherchaiïs, dira-t-il, les intrigues les plus délicieuses que je pouvais évoquer les yeux fermés quand j'étais fatigué de Ecosse et de la maison, et de cette prison morne de ma chambre de malade où j'étais si souvent enfermé. » (1) Les conditions même de son existence tendaient à accorder une importance démesurée à cette vie artificielle. Dès son jeune âge, et sans qu’on s’en doutât, la précision puritaine de sa vie morale était déjà ruinée par ces débauches d'imagination. Sans doute, avait-il encore le « Voyage du Pélerin » à son chevet. Mais il était beaucoup plus sensible à l’imagerie, qu'aux subtilités psychologiques des symboles qu’il interprétait sans doute à
(1) P., 4 Further Memories - Rosa quo locorum-1 listened for deligbtful plots that I might re-enact in play ; and romantic scenes and circumstances that [I might call up before me with closed eyes when I was tired of Scotland and of home and of the weary prison Chamber in which I lay so long in durance,
sa manière. Ainsi, il était déjà un rebelle à l’ordre éta-: bli dans la maison d'Heriot Row.
Une sorte d’hédonisme de violence, à force de galvaniser sa senbilité s’instituait peu à peu son idéal. Rien n'était plus différent, non seulement, des ‘onceptions bourgeoises qui réglaient l'activité d’une famille respectable à Edimbourg, mais des aperçus puritains, et presbytériens eux-mêmes. :
Le Calvinismè condamnait la spontanéité de linstinct où il voyait une manifestation du péché. A l'eri vrement de la vie, il opposait des théories moroses et désabusées. Sans doute, malgré le prestige de Jean Calvin et de John Knox, malgré les efforts des pasteurs.
malgré les tentatives d'édification des Anciens. malgré Ja pression de l'autorité et de l'habitude des gens de bien il s’en fallait que toute ardeur coupable, que toute affinité païenne eût été éliminée de l’Ecosse. À ses cérémonies religieuses les plus austères se mêlait toujours un certain élément de virilité impudente. Chaque gé.. nération nouvelle afflrmait plus ou moins sa partialité pour des.satisfactions que la religion considérait comme méprisables. Car, à chaque printemps de la Nature, la fraîcheur du premier matin de l’Eden semblait encore -emplir la Terre et influencer les cœurs. Pour la jeunesse, la vie, en dépit des affirmations contraires, semblait
toujours digne d’être vécue.
Plus attrayante encore qu’à quiconque elle paraissait à Robert-Louis Stevenson, qui la voyait à travers le prisme des livres. La vie, c'était exactement tout le contraire de ce qu'on respirait dans l’atmosphère confinée de la confortable demeure d’Heriot Row. Il cherchait à se la représenter. Îl s’en faisait déjà une image trépidante et tumultueuse, une image colorée. Il progressait dans la découverte de lobjet constant de sa curiosité. Il étendait sans cesse l'objet de ses lectures avides.
Jusque dans son âge mûr, 1l restera fidèle à sa eroyance à la valeur d'initiation des œuvres d’imag'ina-