‹ La Vocation de Robert-Louis StevensonChapitre 28 sur 205 · LE. MIRAGE DU PASSÉ · texte numérisé non relu

LE. MIRAGE DU PASSÉ

Hawthorne exercera sur lut une grosse influence. N'’6tait-il pas comme hu amateur d'émotion et de pittoresque, et ne cherchait-1l pas, comme lui, à étreindre la substance de cette qualité indéfinissable qu'on appelle la vie ?

Mais Pinstant viendra où l'imagination ainsi échautfée il trouvera aisément, sans se transporter par la pensée dans le temps ou l’espace, un prétexte d'exaKation. Pouvait-il ignorer l’histoire des pierres de sa ville natale ? Pouvait-il être insensible à la grandeur de ses horizons ? Quel témoignage portait Edimbourg, sinon celui de lapologie d’une vie audacieuse et violente * Que signifiait ce prénom de Robert qui avait été également celui de son grand-père ? Robert le Diable ! Robert Bruce ! Robert Burns ! Robert Fergusson ! Société peu propice à fortifier la notion de la nécessité d’une vie tranquille ! En dépit d’'Heriot Row et de la formule « victorienne » qui triomphe aujourd’hui, il y à certes, autour de lui trop de suggestions qui concordent avec ses aspirations intimes. À humer lPatmosphère historique de PEcosse -— « un pays à certains égards si- différent de l'Angleterre » (1) — un tempérament susceptible de ces puissances d’enthousiasme qui semblent s'être assoupies peut trouver amplement matière à se fortifier. Tant de frissons chevaleresques, tant de sursauts-passionnés ont remué ce peuple. Rien de singulier qu'il surgisse ici dans cette âme utopique un sentiment d'attente presque douloureuse et l’espérance de nobles æestes issus d’un grand rêve. Sans sortir de lEcosse par l’enchantement des visions intérieures, Stevenson se situe au pôle extrême de son utilitarisme actuel.

Pourquoi chanterait-on « the days of Auld lang Syne », ou « Scots who have with Wallace bled », pour-quoi assisterait-on au service de l'Eglise du Covenant. pourquoi admirerait-on le défilé de ces troupes en kilt précédées du fifre et de la cornemuse ? Pourquoi ces ro-

(1) Further Memories p. 53.. Walking Tours.

chers tumultueux dans le Parc même d’Holyrood, pourquoi ces bruyères et pourquoi ces landes ? Pourquoi l’immense citadelle des Gaëls qui se profile à l'horizon ? Pourquoi, sinon pour empêcher d’oublier que toute l’âme de l’Ecosse n’est pas renfermée dans l'attitude qu'imphque le Catéchisme de l'Eglise presbytérienne, et les pratiques froides et correctes de sa bourgeoisie actuelle plus :préeccupée d'industrie et de négoce que du merveilleux attrait d’une existence où passe un souffle d’épopée. Par ce souffle venu des profondeurs des siècles, l'âme de Robert-Louis Stevenson est emportée vers le hasard,. vers la vie irrégulière, vers l'inconnu des rencontres, vers les possibilités d’affirmation héroïque du moi.

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