LA REVANCHE DU CALVINISME
La désintégration de la foi n'exclut pas l'influences de la pression calviniste. Particularités du calviniste. La terrible vertu du silence.
Nous avons dit que la notion anthropomorphique du gouvernement de Dieu qu'on lui avait inculquée tour d’abord fut ruinée de la même facon dans son esprit que les enfarits cessent un jour de croire à l’existence de Croquemitaine. |
Elle fut ruinée d'autant plus complètement, d'autant plus irrémédiablement, que la doctrine et la théodicée n'avaient jamais touché son cœur, jamais éveillé d’écho personnel. Il avait pu être écrasé par l’autorité du catéchisme, par les déclamations de ceux qui le lui présentaient, une fibre secrète protestait toujours. N’accusea-t-1l pas, plus tard, ce catéchisme presbytérien « d’avoir une texture particulièrement irréligieuse et amorale qui ne lui permet pas d’avoir jamais la moindre influence sur l'esprit des enfants ? » (1).
Il faut se rendre compte que la théologie calviniste qu'il vise ici est une chose grandiose et impressionnante. Elle a été conçue, selon l'expression de Faguet, « par June des plus vigoureuses intelligences qui aient été, une des plus hautes consciences, surtout par un des plus grands courages qui se soïent montrés dans la race humaine. » Et il y à dans sa grandeur une absence de
(1) Letters Vol. II p. 289. Hyères 1883 « the lesser catechism.…. its peculiarly irreligious and unmoral texture ; from which defect it can never of course, exercise the least influence on the mind of ehildren »,
64 Ne INFLUENCES CALVINISTES
tendresse humaine, un dédain de la consolation, un stoicisme imperturbable à accepter les notions les plus écrasantes pour les aspirations du cœur. :
Au fur et à mesure qu'il acquérait des facultés d’appréciation consciente, que son pouvoir d'initiative psychologique s'affirmait, Stevenson délaissait done de plus en plus les aperçus calvinistes. De son initiation au fanatisme d'où était sortie l'Eglise presbytérienne d'Ecossé, il ne conservait qu’un goût pour les attitudes tragiques que l'orientation de ses lectures avait encore développé. Ainsi, il y avait un lien subtil entre cet esthétisme dramatique où il se complaisait et la vieille trame de l'épopée covenantaire qui l'avait fait vibrer.
S'il rejetait cette révélation amère d’un grand esprit lucide que constitue le Calvinisme, il ne s'ensuit pas qu'il perdait définitivement le sentiment du divin. C’est au contraire parce qu'il ne trouvait pas à désaltérer son âme dans la cruelle idéologie qu’il cherchait aælleurs quelque délicieuse fontaine dont 1l put vraiment s’eniyrer.
Situation troublante pour un jeune cœur que d’être ainsi privé de tout appui doctrinaire. Dans son irrésolution et son inexpérience, où trouver aide et sympa-thie ? Où porter ses confidences de l’âme ?
La conviction calviniste, impérieuse et tranchante. manque complètement d’onction. Elle ne favorise guère les épanchements du cœur, les confessions de faiblesse, 11 faut coûte que coûte être fort, ou tout au moins sembler l'être. L'enfer béant pour celui qui hésite ou trébuche paralyse toute possibilité de naturel. Le calviniste est un homme revêtu d’une armure de la tête aux pieds.
Dans les pays favorisés du ciel la gaîté du soleil à pu quelquefois y infuser une âme chantante. Mais sous ce climat maussade du nord où les arbres mêmes sont rabougris, où la nature est rarement en fête, où rien, absolument rien, si ce n’est l’abus des liqueurs fortes, n’in cite à l’exubérance, la doctrine calviniste est vraiment lourde à porter.