PREMIER CONTACT AVEC L'UNIVERSITÉ
Carlyle et Stevenson. L'Université. Son caractère et le manque d’'assiduité de l'étudiant ingénieur. Quelques profes eurs. Swanston Le costume et le thème de la vie de bohème.
Lorsque, en 1867, à l’âge de dix-sept ans, Stevenson se fit enfin inscrire pour suivre les cours de la section technique de l'Université de sa ville natale, son illustre compatriote Thomas Carlyle était au faîte de son influence et de sa célébrité. C’est pourquoi, l’année précédente il avait été élu par les étudiants de sa propre Université, aux fonctions purement honorifiques, mais très recherchées de Lord Rector. C'était évidemment une consécra-
tion. Il vint à Edimbourg pour prendre officiellement | possession du titre et le 2 Avril 1866, selon la coutume, il avait prononcé un discours en séance solennelle de l'Université.
Comme sujet, il était un peu sorti du Culte des héros. Il en avait choisi un dans le genre assez académique de son partenaire américain, le transcendentaliste Emer-son. Il parla « du choix des livres ». Son rôle était évidemment de donner des conseils ; c'était aussi sa mamère, et 11 en donna, à la façon d’un prophète, à tous les étudiants présents ou à venir. Ce morceau, qui selon l’opinion générale, est plutôt faible à la lecture, fut, paraît-il, un triomphe de présentation oratoire. Carlyle n'était-il pas un artiste dramatique avant tout ? Il est vrai que l'Université était décidée à lui faire un suecès. Elle le lui fit.
Carlyle, comme Stevenson, admirait les héros, et sa façon de les présenter était assez pittoresque. Il avait un don de mise en scène sensationnelle, Sa biæmrrerie volon-
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taire était impressionnante. Il avait médusé l'Amérique et l'Angleterre. C'était un compatriote, Allait-il capter l'imagination de Stevenson ?
Malgré leur imposante reproduction dans le Scotsman, le grand journal conservateur d’Edimbourg que lisait son père, on ne peut pas dire que les avis du grand homme « sur le choix des livres » aient fait la moindre impression sur Stevenson. :
Comprenait-il déjà mieux qu’un autre la faiblesse secrète de ce prophète dont les tragiques attitudes et les sombres métaphores ne semblaient jamais mener nulle part ? Stevenson ne se raccrocha même pas aux harmo: nieuses apologies de l’art de son disciple Ruskin. Ses héros comme son art étaient déjà en apparence beaucoup plus Cavaliers que Puritain. Par son indifférence relative pour Carlyle, Stevenson se dégage déjà, de ce qui a fini par n’être en somme que la routine d'efforts titaniques mais bien anodins du siècle. Carlyle et Ruskin étaient sans doute très profonds, mais c'était une profondeur dans laquelle on s’enlisait sans pouvoir en sortir. Notre tout jeune Stevenson enfiévré par ses romans aspirait., avec toute l’ardeur d’un adolescent élevé dans une famille trop tranquille, au mouvement, à action. Déjà se manifestait chez lui une faculté de décision. Sa flamme n’était pas de celles qui couvent interminablement. Carlyle s’enfermant dans sa pièce de Chelsea aux doubles paroiïs pour vitupérer avec grandiloquence contre la tristesse des temps n’était pas son idéal.
Que signifiait pour lui d’ailleurs d’avoir à suivre les cours de l’Université ?
Aux yeux de M. Thomas Stevenson, le séjour à lU-
- niversité était un peu une formalité. Aujourd’hui, il est
nécessaire afin d’y pénétrer, d’avoir satisfait à certaines épreuves d’examen. Il faut démontrer au préalable la <0lidité de ses études secondaires. À cette époque, il n’en était pas de même. T1 suffisait d’avoir un âge suffisant. de payer les droits pour être admis.
* C'était d’ailleurs une innovation peu admirée peut-
être de M. Thomas Stevenson, que d'exiger ce stage purement théorique et l’obtention d’un diplôme technique de ceux qui exerçaient maintenant sa profession d’ingénieur.
La famille du futur brillant écrivain n’ambitionnait donc pas pour lui en le faisant entrer à l’Université des possibilités d’études classiques, ni même de solides acquisitions dans le domaine des sciences dont on ne sentait pas absolument l'intérêt.
. Au fond, le père et le fils n’étaient-ils pas d’accord ? Mais M. Thomas Stevenson espérait néanmoins que de facon ou d'autre son héritier et successeur souhaïté pût réussir à obtenir un diplôme dorénavant indispensable.
Robert-Louis Stevenson n’en voyait pas la nécessité. Sans savoir exactement ce qu’il devait faire, il ne lui plaisait pas très bien de se voir attaché à l’exercice d’une profession comme celle de son père.
Le jeune homme n’était pas exactement préparé par ses lectures romanesques, ses villégiatures et ses voyages à faire une sérieuse apparition aux classes de lUniversité. Aucune sanction n’y était prise contre les absents. Dans les cours souvent suivis par un très srand nombre d'étudiants, la discipline était quelquefois défectueuse.
T1 faut noter. en effet, que le système appliqué dans la plupart des Universités écossaises — Saint-Andrews à part — n’est pas celui de la discipline des Universités anglaises comme Oxford et Cambridee. À Edimboure: il ny a pas de résidence d'étudiants dans un collège plein de traditions, hanté par les & tutors ». Point de présence obligatoire aux services religieux ! C’est le régime de la responsabilité de l'individu ani prévaut dans les Universités francaises.
Stevenson y manifesta ses tendances. T1 ne s'était pas encore attaqué à l’Eglise. C’était dans la maison familiale une institution très respectée. Maïs à «1 manière, il s’attaqua à l’Université. Il nous dit qu’il la jugea e com-