STEVENSON ÉTUDIANT
me un système d’ennui généralisé et organisé » (1), C’était bien cela pour lui. 11 n’y avait pas cet élément sensationnel et émotif dont il était, en dehors des exercices du dimanche, habitué à se gorger libéralement. |
I ne s’agit pas tant d’une horreur involontaire pour les études scientifiques auxquelles il était astreint. Son emploi du temps comprenait également des cours de lettres. Car, en l’absence de tout certificat préalable qui garantîit un niveau suffisant de ce côté, le diplôme technique nécessitait des parties de culture générale.
Tout ceci était peut-être la conséquence des modifications que la civilisation avait subie depuis que M. Thomas Stevenson avait pu, sans diplôme, présenté seulement par son père, qui avait exercé dans les mêmes conditions que lui, être admis dans les fonctions d’ingénieur de la Commission des Phares du Nord. Ce n’était pas seulement les progrès de la science, c'était le commencement de la constitution de la bureaucratie dans l’Administration. Triste période que celle où elle s'impose pour des hommes comme Stevenson ou élevés comme lui. Stevenson qui ne sut jamais dater ses lettres. ni prévoir ce qu’il devait faire l’année suivante ! .
Parce que cela se passait à l’Université peut-être. en
dépit du prestige d’Homère et d’Euripide, le jeune étudiant s’abstint comnlètement d'assister aux classes de Grec. Il est vrai qu’il était bien tard pour en aborder les rudiments. Cette abstention n’eut pas orande importance puisque le Professeur Blackie, par distraction où par complaisance lui délivra quand même le certificat d’assiduité.
D’autres Professeurs ne prodionèrent pas aussi léoèrement leur sionature. Au bout de quelques moïs. la carrière technique du jeune Stevenson était déià fortement compromise, antant dans la section scientifiane. aner raison de son insuffisance dans les discinles Tittéraires.
Pounrauoï n’assista-t-11 pas aux cours de littérature an.
(1) Memoir of Fleming Jenking, p. 127 « Organised boredom ».
glaise ? T1 y avait là un homme remarquable. Le Professeur Masson na-t-il pas écrit une Vie de Milton qui fait encore autorité, et que Macanlay examine longuement dans un de ses célèbres Essais ? Il est vrai que Macaulay, qui, pourtant, n’est pas trop bref, se plaint de Pinsupportable prolixité de Masson, car il ne lui laisse passer aucune possibilité de digression. I] faut qu’il remonte continuellement au déluge. Le Professeur Masson a bien écrit des Souvenirs d’'Edimbourg (1), maïs on n’y parle pas de Stevenson.
Pour l’obtention de ces certificats d’assiduité, qui tranquillisaient son père, le jeune étudiant fit ses premières armes dans l’exercice des dons de persuasion. Il en obtint suffisamment pour qu’on ne désespérât pas de lui. La profession d'Ingénieur, aux yeux de son père n’était-elle pas le résultat d'une inspiration familiale? Et dans ce domaine, il convient d'attendre, comme dans un meeting de Quakers, que l’Esprit manifeste tout à coup sa présence. On était résolu à patienter.
Au printemps qui suivit l’inscription de leur fils À lUniversité, afin que les villégiatures habituelles n’éloignassent pas leur fils de ses cours comme il s’était éloigné souvent de ses classes, les parents de Stevenson louèrent de facon continue une maison de campagne dans le voisinage d’Edimbourg.
Le lieu choïsi fut Swanston, au pied de ces Pentlands où avait éclaté l'insurrection de 1666, et qui barrent l’horizon de la capitale vers le Sud. Les Pentlands sont un peu un prolongement des Hichlands. Mais ces collines sauvages de bruyères et de genêts sont aussi l’amorce de ce pays de légende des Borders, où Scott vint chercher le vestire des vieilles Ballades recueillies dans ses «Scottish Minstrelsies». On en est encore bien loin, maïs là passent les mêmes bergers, les mêmes conducteurs de troupeaux qui plus au Sud retrouvaient l’amtosphère
(4) Edinburgh Sketches and Memoirs, by David Masson. cité dans la correspondance dé Stevenson, Vol. 4, p. 210.