L'EXCENTRICITÉ ÉCOSSAISE
historique des Marches où plane le souvenir des Percy et des Douglas. Les Stevenson commencèrent leurs séjours intermittents à Swanston en Avril 1868.
Mais, avant de goûter la magie de Swanston, Stevenson s'était approché de la vie des étudiants d’Edimbourg. Celle-ci, comme nous l'avons vu n’est pas soumise à la surveillance de la vertueuse Alma Mater, comme c’est le cas d'Oxford ou de Cambridge. Dans ces petites villes de province d’ailleurs, où le monde de lP'Université est merveilleusement en vedette, il faut craindre les scandales et les bruits fâcheux .Certes, il y à un degré de tolérance. Mais la Capitale de l’Ecosse est une grande ville où se coudoient toutes les classes. Son Université n’a pas de prétentions aristocratiques. Ses études diants vont dans tous les milieux. Quelques-uns manifestent une tendance au laisser aller, aux habitudes de beuverie bruyante des étudiants allemands. On les voit sortir tranquillement des bars interlopes de la Haute Ville pour aller assister à un cours. Chacun regagne sa demeure, dans n'importe quel voisinage, dans une ville très étendue, à proximité d’un port où abondent les éléments de passage. Stevenson ne se plongea pas tout de suite dans cette cohue contradictoire. Il était nouveau venu.
IL est certain que l'Angleterre est un pays où à condition de ne pas choquer visiblement certaines convenances, on peut commettre les plus grandes excentricités personnelles sans attirer une foule autour de soi, et sans paraître susciter la curiosité encombrante. C’est peut-être bien mieux le cas de l’Ecosse, On semble y avoir l'habitude de loriginalité extérieure. Combien de bizarreries et de tics chez les personnages écossais de Walter Scott ! N’est-il pas symptômatique que du temps de Stevenson il y eût à l’Université un professeur qui, dans une ville où tout le monde est habillé à la facon moderne, ne eraignît pas d’arpenter la grande rue en kilt des Hautes Terres. Ce n’était pas suffisant pour lui, car il avait trouvé moyen de rendre le costume grotesque-en se coiffant d’un chapeau mou ordinaire. Ceci nous est at-
testé par tous les contemporains. Ce personnage qui discourait sur n'importe quoi, « depuis les crocodiles d'Egypte jusqu’à l'Odyssée d'Homère »,-était le Professeur Blackie. Il ne fut pas le dernier de ces originaux.
- Rien de surprenant que le père de Stevenson ait eu l’idée singulière de vêtir son fils d’un costume de velours. C’est une étoffe qui, paraît-il, est chaude l’hiver et fraîche l’été. Stevenson, chez qui lon appréhendait toujours les rhumes et les refroidissements portait souvent des cheveux d’une longueur extraordinaire. Cultiva-t-1l le genre ? Dans tous les cas à la lecture de Murger il se convainquit de son irrésistible cachet d'étudiant parisien, bohême et. esthète. Son imagination, déjà tournée par ses romans du côté de la France s'y tourna davantage. Il avait trouvé un rôle. Il ne lui manquait rien d’ailleurs, car son père, par manie où par Caleul, ne lui fournissait que d’insuffisantes quantités d'argent de poche. Aïnsi, pouvait-1l donner dans la vieille ville de John Knox et du Covenant, à tous ses admirateurs, une édition provinciale des héros de la Vie parisienne. Il y avait un prestige satanique à jouer ce rôle. Byron, l’inventeur de la méthode, est-1l jamais retourné « à son lac natal » ou en est-il simplement descendu ? (1)
C’est sous cet aspect destiné à devenir légendaire que Stevenson nous apparaît émergeant des limbes de l’attente et de l’indécision de son adolescence. I/enfant était devenu un jeune homme de très haute taille, mais extrêmement fluet. Son humeur sarcastique et agressive avec les autres garçons, mêlée à une sorte de « dourness » lui donnait un genre sardonique. Il était à la fois pétulant et concentré. Si son accoutrement était un peu singulier il n’était pas non plus très soigné. A vec ses cheveux trop longs, il donnait une impression de débraillé, et cependant sa personne respirait l’acuité et la précision. I commençait à remuer plus hardiment des pensées, er. prendre plus solidement contact avec les choses et avec la vie.
(1) Le vers de « On this day I complete » Byron. Hors