TRAVAUX D’INGÉNIEUR
donner des ordres obtiendrait facilement, rien qu’à Ja désirer la situation la plus en vue !
L'absence d'orientation scolaire, et de prise intellectuelle chez un enfant et chez un jeune homme jouissant dans sa sphère d’un prestige social était d'autant plus déplorable que Stevenson ne semble pas avoir montré cette aptitude pour les occupations concrètes que man:festent la plupart des intelligences médiocres.
L'accès aux fonctions d'ingénieur de la Commission des phares était barré d'obstacles à la fois trop infimes pour inviter à l'effort, et trop désagréables pour qu’il entreprit joyeusement de les surmonter, aussi bien dans les chantiers de travaux que dans les classes de l'Univer-sité.
Ces étés passés dans les îles et sur les côtes furent
pour Stevenson l’occasion de s'instruire. Il emportait
des livres. Il fut accrédité auprès de personnes du meilleur rang que connaissait son père. Il voyageait dans le vapeur Pharos de l'Administration. Que d’occasions de contempler des sites fameux ! Il alla aux Orcades et aux Shetlands, il vécut à Wick, près du Cap Duncansby, à la pointe nord extrême de la Grande Bretagne. Il vit Staffa, Iona. Il s'arrêta longtemps et plusieurs fois dans la petite île d’'Erraid.
A Wick, il vit les tentatives faites pour construire un port. Ces travaux ne devaient conduire à rien. Car, ce fut là presque l’unique échec de la vie d'ingénieur de M. Thomas Stevenson. Sur cette côte tournée vers l'Océan
glacial plus que vers la mer du Nord, « la mer se mon-
tra trop forte pour les inventions humaines, et après toute une série d’expédients encore inusités et employés sur une échelle hypercyclopéenne, la tentative dut être délaissée. » (1) Tout ce qu'avait si laborieusement assemblé l’ingéniosité et la patience humaine, ne tarda pas
(1) P. 66. Memories and Portraits. Thomas Stevenson. Many harbours were successively carried out ; ot’, the harbour of Wick, the chtef disaster of my father’s life, was a failure ; the sea proved too strong for meéen’s arts, and after expedients hitherto unthought
or, and on a scale hyper-cyclopean, the work must be deserted and now Stands a ruin. :
d’ailleurs à être emporté. Stevenson n'assista pas à cette
déconfiture. Il ne connut que la période des espoirs. Mais ce ne sont pas vraiment les impressions tirées des réminiscences historiques qui eussent enchanté un.
Walter Scott, ni celles du spectacle’de cette lutte titani- ‘que en maints endroits qu'il visita qui frappèrent vraiment son esprit. Tout cet aspect lui était trop familier. Les lettres qu’il avait l’occasion d'adresser à sa famille ne reflètent aucune exaltation ; elles 1e contiennent aucun développement littéraire sur les thèmes à sa portée. —
C’est seulement quelques années plus tard que, dans un essai, (1) il nous fera une confidence, une confession des influences psychologiques qui s’exercèrent alors sur : Jui. Parlant de son séjour à Wick, il dira : __« Revenant par la pensée à quelques souvenirs personnels, je fus étonné de trouver combien je suis redevable aux impressions dont ce séjour à été l’occasion; six semaines dans ce coin désagréable avaient plus fait, il me semblait, pour éveiller et pour faconner ma sensibilité que de nombreuses années en des lieux qui cadraient plus exactement avec mes propres penchants. Le pays auquel je fais allusion était un plateau uni et sans arbres que les vents cinglaient, et coupaient de leur fouet acéré. Sur des kilomètres et des kilomètres, c'était toujours pareil. Une rivière, en vérité se jetait bien dans la mer près de la ville où je résidais, mais la vallée de la rivière était plate et nue sur une aussi grande longueur que j’eus jamais le courage de la remonter ? » (2)
Il semblerait qu’il fût difficile de tirer de ce spectacle une impression bien différente de celle que fait exprimer
(1) The xnjoyment of unpleasant places. Virginibus.
(2) P. 177, Looking back the other day .on some recollections of my own, Î was astonisbed to find how much I owed to such a residence ; six weeks in one unpleasant country side had done more, it seemed to quicken and educate imy sensibilities than many years in places that jumped more nearly with my inclination. The country to which I refer was a level and treeless plateau, over which the winds cut like a whip. For miles on miles it was the same. À river indeed, fell into the sea near the town where I
resided, but the valley of thé river was shallow and bald as far up as ever I had the hcart to follow it.