‹ La Vocation de Robert-Louis StevensonChapitre 48 sur 205 · LÉ MYSTIUISME DÉ LA VIE CACHÉE · texte numérisé non relu

LÉ MYSTIUISME DÉ LA VIE CACHÉE

Léopardi au dernier porte parole de la Vie, dans son faimeux poème : La ginestra 0 il fiore del deserto (1). Et il y à peut-être un peu de ce sentiment chez Stevenson.

Pour celui qui avait connu la joie de vivre.de la M‘diterranée — et il le rappelle dans son Essai — quelle évocation d’une puissance grandiose, mais quel effroya- ble symbole morale que cette vision d’une destruction si méthodique de la vie que « chaque fois que la terre en trouvait l’occasion elle avait l’zir de rester en friche. » (2) Dans ce paysage dévasté, quel tableau de ce qu’on est convenu d'appeler la religieuse austérité du Nord.

Comment Stevenson réagit-il en face d’elle ? Par une communion plus profonde avec les forces qui étaient, non au dehors, mais en lui-même. « Le plaisir était d’âtre à l’abri du vent, de le conserver présent à la pensée continuellement, et de se serrer très fort sur le refuge. Et ce n’était que sur le bord de la mer qu’on pouvait trouver de tels endroits abrités. Entre les noirs promontoires qui semblent rongés par les vers, 1l y a de petites criques, de petites anses bien protégées du vent et des commotions de la mer au dehors. » (3).

Ce n’était pas absolument le silence. « Le craquement intermittent des cosses de genêts au soleil de l’après-midi possédait l’ouïe » (4). Quelle suggestion émouvante de vie craintive et cachée, de vie persistante, opiniâtre et profonde comme la sienne que ce craquement qui seul la décelait dans cette illusion de calme. Quel pouvoir de volupté dans ce thème de vie secrète audacieusement repliée sur elle-même, Ici, son état d'âme rejoignait son attente développée par ses lectures roma-

(1) Canti. XXXIX.

(2) P. 178, Whenever it had a chance it seemed to lie fallow.

(3) D° p. 180. « The pleasure was to be out of the wind and to keep it in memory all the time and hug oneself upon the shelter. And it was only by the sea that any such shelter:d placcs were to be found. Between the black worm-eaten headlands there are little Dbights and havens well screened from the wind and the commotion of the external sea ».

(4) Unpleasant places. Virginibus p. 182: « The desultory crackling of the whin pods in the afternoon sun usurped the ear, »

nesques. La présence latente du Danger avivait l’émoti

subtil de l’être et créait une délicieuse subjectivité.

« Là, dans le Nord, exposé aux vents et aux rafales, j'ai trouvé peut-être ma plus forte sensation de paix. La mer m’y apparut grande et calme pour la prennère fois » (1).

Cette initiation si sobre, si résignée, à ce qu'il y a d’insondable, d’immense,. d’éternel dans le mystère de l'Horme et de la Nature nous paraît en effet bien symptômatique de la subjectivité de Stevenson. Là, elle est presque entièrement dépouillée de la richesse et de l’exubérance verbale des perceptions romantiques d’un Walter Scott. Au travers de la vision brutalement concrète on est frappé de la qualité abstraite et presque métaphysique de la sensation qu’elle à fait naître. Cet état d'âme élémentaire qui s’identifie à une expression si indigente et pourtant si ramassée en elle-même et si inense du potentiel de la vie ouvre des perspectives de communions presque mystiques. Rien de singulier que Stevenson ne put jamais apprécier le transcendantalisme à grand orchestre du Pirate. A ces heures de recueillement dans une étrange et rare solitude encore remplie des échos tumultueux d’une agitation qui ne peut être jamais réellement éteinte, Stevenson s’abreuve à la source mystérieuse de son inspiration. Elle lui révèle sans qu'il puisse peut-être les préciser les véritables affinités de son âme et de son tempérament. Elles sont individualistes et religieuses, à jamais marquées de la curieuse puissance d'appréciation de la vie que possède celui qui à quelque peu goûté à l'influence desséchante du calvinisme et à la désolation du Nord.

(2) De p.. 182. There in the bleak and gusty North 1 received perhaps my La impijssion of peace. I saw the sea to be great and calm,

Le scaphandrier. La petite île d'Erraid. Les grands travaux. Le chantier et le voisinage de la nature sauvage. Impressions de la mer.

Triomphe de la vie subjective.

Les moments passés au bord de la mer, dans l'abri des anses de rochers noirs et rongés par les vers ne furent pas la seule expérience psychologique que le séjour à Wick ou à Anstruther lui offrait. Il éprouva une autre impression de silence et de solitude du moi lorsqu’il effectua une plongée sous le casque du scaphandrier. l

Ses parents lui avaient peut-être trop interdit ce qui leur paraissait une audace ou un danger. Mais le jeune homme insista si bien que le spécialiste chargé de cette curieuse méthode d'exploration des fonds consentit à le faire descendre et à l’accompagner. Stevenson remonta émerveillé du spectacle sous marin. II s’étonna de l’impression de légèreté qu’il ressentait à se mouvoir dans l’eau, revêtu de ces lourds vêtements, chaussé de plomb. (1) |

Ce fut seulement pendant l'été de 1869 qu’il s’en alla jusqu'aux Shetlands, dont l’atmosphère sociale, les beautés naturelles, avec, une certaine couleur archaïque sont évoquées dans le roman de Walter Scott compose comme conséquence du voyage de 1814.

Mais le lieu qui tient la plus large place dans ses impressions de ces années, est sans doute la petite île d’Earraid, près d’Iona, l’île de St-Colomba, également à peu de distance de Staffa, celle de Fingal, et dans une région

(1) P. 24. Tusi 30. The education of an engineer.

relativement voisine de l'Irlande d’où s’avance-dans 1: mer la fameuse Chaussée des Géants.

Non seulement il à fait de cette île le sujet d’un Essai : « Un îlot écossais », mais il l’a évoquée deux fois, d’abord dans sa nouvelle des « Joyeux lurons » et dans un épisode d’ « Enlevé ». |

« La petite île d’Earraid », dira-t-il, dans son Essai « se trouve tout près de la pointe Sud-Ouest du Ross of Mall : le détroit d’Iona d’un côté, au travers duquel on peut apercevoir Pîle et l’église de St-Colomba, la mer libre de l’autre où vous pouvez distinguer par une journée claire et houleuse la nappe blanche des brisants sur

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