WALT WHITMAN
être détourné de Walt Whitman. Il en fut resté à ses
-devanciers.
Mais l'Eglise d’Ecosse, par son maïntien intégral des vieux principes codifiés, ne pouvait que fournir un aliment à la brutalité de l'opposition matérialiste, scientifique, et athée. C’était peut- être Ià son but. TI était facilement atteint.
Walt Whitman., comme le Gallois Fleming Jenkin retint certainement Stevenson sur cette pente. Mais il Ini fournit néanmoins un système qui allait par ses audaces bien au delà du transcendantalisme d’Emerson ou de Carlyle. Et c’est par ses audaces qui faisaient de lui un véritable négateur du Puritanisme de la NouvelleAn oleterre aussi bien que du Preshvtérianieme écossais qu ] excita son enthousiasme. Quelle belle occasion d’être affranchi de Ia tyrannie mauscade et tâtillonne des dog mes qui sentent l’huile de lampe et le mal de tête. Il v avait chez Whitman une puissance dynamique qui, tout en suivant dans le sillage du transcendantalisme bouleversait les conventions tacites du milieu et sa béatitude intellectuelle. Cela s’accordait bien à l'impatience de la
- jeunesse et à ces instincts secrets, La flamme de Whi:-
man était d’ailleurs suffisamment colorée de jacobinisme écossais, et elle procédait des origines mystiques et démocratique de la relioion « tristement dégénérée ».
Stevenson nous a laissé une étude de Whitman qui n’est peut être pas le reflet de ses premières impressions mais qui est intéressante quand même. Elle met en lumière les points les plus permanents de l’influence exereée sur lui.
&« Whitman, on ne peut trop tôt l’expliquer, écrit selon un système. Il fut un théoricien de la société ayant d’ê. tre un poète. Il s’apercut que quelque chose manquait, et C’est pourquoi il se mit carrément à l’œuvre pour répondre au besoin » (1).
(1) P. 57- Men and Books-Whitman. « Whitman it cannot be too soon explained, writes up to a system. He was a theoriser about society befor he was a poet. He first perceived something wanting and then sat down squarely to supply the want. »
132 L'INFLUENCE DES LIVRES ER RER re 0 D NS
Ce sont donc bien les idées, et les conceptions de Whitman qui enthousiasmèrent Stevenson plus que ses vers.
« Le christianisme déclamatoire (1) du poète américain ne fit pas beaucoup d'impression sur lui. Stevenson était trop de la lignée des raisonneurs presbytériens trop circonspect à sa manière pour s’enivrer de ce genre d’extériorisation sentimentale. Dans sa facon d’envisager Whitman, il y à un Loudon Dodd en face d’un Jim Pinkerton (2).. Néanmoins, c'était peut-être un soulagement que cette attache conservée avec Pesprit de la vieil lo religion. |
Ce qui frappa le plus Stevenson, ce fut l'apologie vilente de la Vie, sans conditions, sans restrictions, ce fut sa formule, comme il dit, « d’une moralité sans prohibitions; sa polique d'encouragement sur toute la ligne » (3).
Sur un point Whitman rendit à son disciple un service éminent : « Nous avons Phabitude, remarque Stevenson, de pleurnicher sur les circonstances dans lesquell ». nous sommes placés. Le orand raffinement de maint« personnes poétiques et distinguées les a rendues incapables de supporter les heurts et les laideurs de la vie : at elles expriment leur inaptitude avec une grande abondance d'expression.
Cette littérature de malheur. comme Pappelle Whit. man, cette maladie de René comme nous aïmons à l’appeler est à beaucoup d’égards un phénomène très humiliant et très morbide. De jeunes bourgeois avec trois on quatr> cents livres de rente par an regardent du hant d'un pinnacle de mélancolique expérience tous les hommes mûrs ct courageux qui ont osé dire un mot en faveur de la vie depuis le commencement du monde. Ce serait un maigre service de répandre la culture si tel est son aboutisse-
(1) de p. 69 « a sort of ranting Christianity »
(2) Personnages du « Wrecker ».
(3) d° p. 62 « his is a morality without a prohibition : à policy or encouragement all round ».