‹ La Vocation de Robert-Louis StevensonChapitre 64 sur 205 · VERTUS NÉGATIVES ET VERTUS POSITIVES · texte numérisé non relu

VERTUS NÉGATIVES ET VERTUS POSITIVES

ment parmi ceux qui sont encore comparativement innocents et de cœur allègre » (1).

De ces possibilités de pessimisme artificiel, Whitman tout au moins tira Stevenson.

Il le libéra des dernières hypocrisies de l’ascétisme puritain dans lesquelles l’idéalisme victorien était d’accord avec Mrs Grundy. Whitman n’a pas de pudibonderie. C'était pour Stevenson un réconfort moral très con-

sidérable dans l’état de fait de son existence.

« Des vertus négatives, telles que la tempérance et la . chasteté, Whitman a si peu de chose à dire que le lecteur ne peut guère s'étonner s’il laisse tomber un mot ou deux de l’autre côté. En revanche, un homme doit être de race héroïque pour se hausser au niveau défini par Whitman dans la pratique de n'importe quelle vertu positive » (2).

Le XIX: siècle anglais n’en était-1l pas arrivé plus ou moins à restreindre la notion de moralité à la pureté des relations entre les sexes ? C'était peut-être donner de facon morbide à la question sexuelle plus d'importance qu’elle ne mérite. Whitman aux yeux de Stevenson remet les choses à leurs justes proportions « en acceptant sans honte les contradictions et les brutalités qui entrent dans la composition d’un homme et en traitant l’ensemble avec hauteur et magnanimité » (3).

(1) P. 62 Men and Books Whitman « We are accustomed nowadays to a great deal of puling over the circumstances in which we are placed. The great refinement of many poetical gentlemen has rendered them practically unfit for the jostling and ugliness of life, and they record their unfitness at considerable length. This literature of woe, as Whitman calls it, this maladie de René as wk like to call it in Europe is in many ways a most humiliating and sickly phenomenon. Young gentlemen with 3 or 400 a year of private means look down from a pinnacle of doleful experience on all the grown and hearty men who have dared to say a good word of life since the beginning of the world. It would be a poor service to spread culture, if this be its result, among the comparatively innocent and cheer ful ranks of men. »

(2) P, 69. Men and Books « À man must be a born hero to come up to Whitmamw’s standard as rhgards the practice of any of the positive virtues ; but of a negative virtue, such as temperance or chastity he has so little to say, that the reader need not be surprised if be drops a word or two on the wrong side. »

(3) P. 62 d°. « By accepting whitout shame the inconsistencics and brutalites that go to male up man, and yet treating the whole in a high magnanimous spirit. »

Pour un fils de bourgeois écossais et presbytériens, ce point de vue était nouveau. 5es aspirations et Sa pro: pre conscience de lui-même lui en révélaient la solidité et la valeur. Mais au fond n’est-ce pas celui de toutes les spontanéités d’instinct ? C'était pour Stevenson une s0rte de réhabilitation de l'inconscient. C'était un pas en avant dans la voie de ces deux grandes entités sociales que Matthew Arnold appelle la Populace et le Barbare, le Peuple et l’Aristocratie. Avec ces affinités nouvelles. l'affirmation du tempérament prenait un tour plus noble, Mais avec ces possibilités aventureuses et héroïques introduites dans sa vie, s’il s'évadait de plus en plus de l'idéal de la bourgeoisie de ses origines, il retrouvait peut-être le grand courant des êtres dont le tumulte -emplit toute l’histoire de l’Ecosse.

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