CONFLIT FAMILIAL
€ Ils ne voient pas non plus que ma position n’est pas celle d’un sceptique au cœur léger, que je ne suis pas (comme ils m’appellent) un insouciant infidèle. Je crois autant qu'eux, seulement d’une façon générale en proportions inverses ; je suis, je crois, aussi honnête qu’ils peuvent l'être en ce qu’ils affirment. Je ne suis pas parvenu à mes vues de façon hâtive. Je réserve (comme je le leur ai dit) de nombreux points jusqu’à ce que j'acquière des connaissances plus complètes et je ne pense pas pouvoir être appelé justement un horrible athée» (1).
M. Stuart nous dit que le résultat de cette surexcitation était d’entraîner Stevenson à des plus grands écarts sensuels au dehors, de le plonger plus désespèrément dans la dissipation. Ces tendances, Sidney Colvin ne les avait-il pas mises en lumière par la phrase : « les sa1sons de tentation assiégeant plus vigoureusement le tempérament ardent et poétique et l’entraînant à chercher son réconfort dans les grossières séductions des rues de la cité » (2).
Ces circonstances mises à part, le moment était peutêtre assez mal choisi pour abreuver le jeune homme de reproches. Car, il n’est pas douteux qu’il donnait des signes d'une transformation à son avantage. Cette ténacité même avec laquelle il s’accrochait à ses opinions n’était peut-être pas un mauvais indice. Certes, il avait été jadis un élève irrégulier, sceptique et presque rebelle.
I] s'était dérobé impunément à toutes ses tâches. Mais bien qu’il éprouvât toujours de grandes difficultés à se limiter à l’étude d’un programme, il semblait s'orienter vers une discipline de travail personnel toute nouvelle
RS em
(1) Letters Vol, I p. 59 — « They don’t see either that my game is not the light hearted scoffer ; that I am not (as they call me) a careléss infidel. I believe as much as they do, only generally in the inverse ratio ; I am, I think, as honest as they can be in what they hold. I have not come hastily to my views. I reserve (as I told them) many points until I acquire fuller information and do not think I em thus justly to be called « horrible atheist ». : (2) Letters Vol. I p. 8 — Introductory note by Sidney Colvin : « the seasons of temptation most besetting strongly the ardent and poetic PR LA to seek solace among the crude allurements of the city eets,
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chez lui, une discipline, une puissance d'application qui 1é conquerra tout entier.
« Je me souviens d’une époque, écrira-t-1l plus te: où j'étais très oisif. Je vivais et je tirais parti de cette - humeur, » Cette période de son existence était déjà close. « Je n’ai aucune idée pourquoi j’ai cessé d’être tel, et cependant je ne crois guère avoir la latitude de le redevenir, c’est une métamorphose de l'être ». Et c’est justement cette métamorphose, ce développement du courage et de la conscience intellectuelle qui déconcertait son père. Il y avait une irritation dans cette surprise. Une force semblable à celles qu’il avait eu la passion et presque la manie d’endiguer, une force comme la mer haussait tous les jours imperceptiblement sa marée irrésistible sous ses yeux. « J’ai fait consciemment mille -petits efforts dira Stevenson ; mais la détermination qui en était l’origine m'est venue en dormant et dans le cours de ma croissance. J’ai eu mille petites escarmouches avec moi-même pour me tenir au travail certains matins, et quelquefois l’affaire était chaude ; mais ce grand changement de tactique qui décida de toute cette partie de ma vie et me transforma, de quelqu'un dont la besogne était d’éluder en un autre dont elle était de s’appliquer et de persévérer, il me semble que tout cela est l'œuvre de quelqu'un d'autre. La vie de Gœthe m'’influença, de même que celle de Balzac. T1 me semble que je pourrais découvrir d’autres influences. Je virai je bord comme un navire bien gouverné. Il y avait à la barre ce pilote inconnu que nous appelons Dieu » (1).
(1) P. 89 Tusi 26 — Ethical studies. On Human life — XI Idlenvess and Industry — I remember a time when I was very idle ; and lived and profited by that humour, I have no idea why I ceased to be so, yet I scare believe I have tlo power to return to it, it is a change of age. I made consciously a thousand little efforts, but the determination from which these arose came to me while I slept and in the way of growth. I have had a thousand skirmishes to keep myself at work upon particular mornings, and some times the affair was hot, but of that great change of campaign which decided all, this part of my life and turned me from one whose business Was to shirk into one whose business was to strive and pgrsevere — it seems as though all that had been done by some one else. The life of Goethe affected me ; so did that of Balzac. I dare say, I could trace some other influences in the change, All I mean is, I was