‹ La Vocation de Robert-Louis StevensonChapitre 88 sur 205 · LA RENCONTRE D'HENLEY · texte numérisé non relu

LA RENCONTRE D'HENLEY

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leur causerie ne s'arrêta pas là. Leslie Stephen pria Dtevenson de l'accompagner dans une nouvelle visite à un autre de ses collaborateurs. C’est ainsi que dans une invdeste saile de 1'innnense < Edinburgh Intirmary », le 1lis des excellents bourgeois écossais d'Hieriot 1K0W rit la connaissance à un pauvre malade qui s'appelait \W. 41. iienley.

iieniey n était guère qu'un an plus âgé que Stevenson, inals avec une puissance de tempérament qui faisait songer au D' Johnson 11 était comme rongé de scrofule. Dé- Ja amiputé d’une jambe, et menacé toujours par le progres du mal, 1l était venu de ondres, se contier misérablement aux"soins du célèbre {aster, le protagoniste de l’antiseptie nouvelle. C’est ainsi que sa barbe rousse toujours hérissée, l'autorité de sa parole nerveuse et de ses gestes décisifs, et plus tard quand il fut remis sur pied, le tintement de sa jambe de bois firent mcidemment leur entrée dans la vie morose de Robert-Louis Stevenson.

Henley n'avait d’autre profession que celle d'homme de lettres. Il était pauvre, plein d’enthousiasme, Rien que ces circonstances eussent suffi, sur son lit d'hôpital, à le recommander à l’affection de Stevenson. Ce n’était pas sans raisons d’ailleurs qu’il était apprécié de Leslie Stephen. Car il possédait des qualités aussi bien que des défauts qui ont fait de lui un personnage presque lé: gendaire. Son nom est associé à des rumeurs de guerre, à une idéologie dominatrice et conquérante, à des critiques incisives, à des tentatives de revues nouvelles, à des succès, à des revers,: à la manifestation d’un courage, d’une franchise et d’un entrain-qui, malgré l’exiguité de sa production, en vers ou en prose, ont laissé leur trace ardente dans l’histoire du mouvement intellectuel et littéraire.

La rencontre de Henley et de Stevenson à un peu l’allure de celle de Ronsard et de du Bellay. Derrière ces deux physionomies bizarres se profilaient beaucoup de choses destinées à avoir leur retentissement. Pour l’instant, il ne fait pas de doute que l’expression de ses con-

victions, le contact presque électrisant de sa personnalité portaient un Coup Lexrible à l'influence des idées toutes pieines de vertu et d'onction dont le libéralisme de Mrs Sitwell avait plus où moins uuprégné la sensibilité « du

jeune baudet sauvage >. |

Était-ce une forme de résistance à la désolation de sa maladie ? Le siècle était-il mür pour la réaction qui, depuis le X VI" siècle, oppose alternative Puritain et Cavalier ? L'Angleterre était-elle encore allée trop loin dans l'eitort de répression idéologique des forces spontanées du tempérament { fi le semble bien à voir ces deux sensibilités qui concordent, celle de Stevenson et celle d'Henley.

Sans doute Stevenson s'est un peu rangé ; il s'efforce de mener à Edimbourg, conume Mrs Sitwell le lui conseille, une existence plus régulière qu'avant son départ pour Menton. Mais déjà nous avons senti son impatience. L'idéal défini par celle qu'il appelle « la Madone >» n'a pas les étroitesses intellectuelles du parfait conformisme bourgeois et presbytérien. L'atmosphère harmonieuse et reposante de la « via media » anglaise n’est pas dénuée de séduction. Sculptures grecques, estampes Ja: ponaises sont des choses sur lesquelles, il fait bon de poser les yeux. 5a correspondance avec Mrs Sitwell, si délicate, si audacieuse, et si pleine d’exquis mouvements de sensibilité est une véritable initiation à des états d'âme qu’il prisera toujours.

Mais où cela le conduit-il ? Nous l’avons vu se plain-

dre à Mrs Sitwell de la pénurie de mouvement qui obscurcit sa vie personnelle, et l'étiole insensiblement. Il a l'impression que cet apaisement, que cet enchaînement de ses velléités d'action, en face de la pression lente d:s réalités d'Edimbourg lui.est funeste.

Il croit cependant encore à l’excellence de la formule préconisée par Mrs Sitwell. C’est là où Henley intervient et le détrompe. N’avait-il pas d’ailleurs trouvé jadis dans Whitman des bases idéologiques aux indications de son propre tempérament, N'’était-il pas à Men-

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