LA FAMILLE D'EDIMBOURG ET LE PROBLÈME ANCESTRAL
= La famille bourgeoise. Une lignée d'ingénieurs. Le pasteur de Coiinton et les Balfour. Les ancêtres obscurs d'une paroisse de l'Ouest.
Les origines c:ltiques.
Les parents de Robert-Louis Stevenson, dans leur maison d'Howard Place, d’Inverleith ‘Ferrace, ou d'Heriot Row dans la Basse Ville d'Edimbourg se croyaient bien à Fabri de ce que Fennyson, le poète victorien, appelle dédaigneusement « Les accès aveugles et -hystériques du Celte » (1).
M. Thomas Stevenson semblait, en effet, bien représentatif de la bourgeoisie des Basses Terres, où l’on $e flattait de posséder les qualités soi-disant saxonnes. Carlyle, né au Sud d'Edimbourg, n’avait-il pas affirmé : « L’un des hommes de race saxonne les plus importants au XVIII siècle était un paysan de FAyrshire, nommé Robert Burns. Oui, j'ose le dire, c'était là un spécimen de vraie force saxonne » (2). Et si Robert Burns était un Saxon indiscutable (3), il était impossible de ne pas concéder cette prétention à tout homme dont
(1) The wild hyterices of the Gelt. (Maud).
(2) One of the most considerable Saxon men of the eightecnth century was an Ayrshire peasant namcd Robert Burns. Yes, I will say, Here too was a piece of the right Saxon stuff. (The hero as man of letters - Burns).
(3) Carlyle avait-il pris la peine de s’assurer de l’hérédité de Burns ? La thèse d’Angellier, qui fait autorité même en Ecosse, nous révèle au contraire qua la mère de Burns tout au moins “semble avoir été de race celtique avérée. Voir p. 5.
le nom n'était pas trop clairement marqué du sceau de la langue gaëlique. L'Irlandais toujours en effervescence, toujours mécontent, vaguement idolâtre, était le type authentique du Celte. Tous les sujets éclairés, vigoureux, disciplinés, et bons Protestants de la reine Victoria pouvaient être comptés parmi les Saxons.
À ce titre, le père de Robert-Louis Stevenson était done un Saxon par opposition aux éléments de population archaïque qui subsistaient dans les Hautes-Terres. Du pacifique et industrieux habitant des Basses Terres, il avait l'apparence physique robuste, un peu pesante, le caractère morose, doucement obstiné. 11 possédait incontestablement cette qualité extérieure en quelque sorte, pour laquelle le dialecte écossais emploie le mot intraduisible de < dourness ». Avec l'instinct du travail ordonné, le besoin de la réussite, il avait une tendresse et une sentimentalité cachées sous des dehors un peu brusques. C'était un Ecossais honoré, respecté, et en tous points digne d’être imité.
Le nom de Stevenson était d’ailleurs déjà connu avantageusement en Ecosse, et même au dehors. Robert Stevenson, le grand’père de Robert-Louis, avait fait, en 1814, comme Ingénieur du Service des phares du Nord, une tournée d'inspection, en compagnie de Walter Scott, Shériff du Comté de Selkirk, et de plusieurs autres shériffs. Walter Scott, magistrat d’un comté non maritime, ne faisait pas partie du « Board of Northern Lights ». IT était Ià avec des collègues qui en faisaient partie. Ils avaient visité sur le voilier « Pharos » la côte Ouest où sont les îles, et étaient remontés Jjusqu'aux Shetlands. Plus tard, Scott avait écrit « Le Pirate » et M. Robert Stevenson, « attaché à la Commission pour lui fournir Pappui de ses conseils techniques » était flatteusement mentionné dans la Préface du roman dont l’action se déroule dans les régions visitées ensemble.
(1) En 1821, à Abbotsford.