‹ La Vocation de Robert-Louis StevensonChapitre 90 sur 205 · FONTAINEBLEAU · texte numérisé non relu

FONTAINEBLEAU

La Bohême anglaise à Paris. Stevenson entre Du Maurier et George Moore. Les communautés artistiques de Fontainebleau. Le déclin de l'influence de Ruskin.

On venait à Paris sous toutes sortes de prétextes. Le plus commun était d'étudier la peinture. Le vrai mérite de l’école artistique française était de ne pas prétendre élaborer une inspiration, de se contenter d’enseigner Îa technique. Un artiste naturellement doué pouvait seule: ment la mettre à contribution. Mais qu'on réussit ou qu'on échouât, qu’on travaillât ou qu’on flanât, on tirait toujours profit du contact avec la vie française.

Certes on était un peu'en marge, dans un milieu assez particulier, celui dont Mürger avait donné, avec beaucoup de fausses couleurs, un scénario très animé. On voyait la vie française sous un angle très restreint. Mais un premier résultats était d'échapper aux conventions arrêtées de la vie anglo-saxonne, de se retrouver un peu plus libre de suivre ses goûts et son instinct. Il y avait mieux, Car on ne pouvait manquer de subir le contrecoup de certaines familiarités avec quelques-uns des aspects de nos mœurs et de notre train de vie.

La cuisine par exemple était une révélation. C'était le vin sur la table, les plats habilement préparés, le fromage comme on n’en à pas en Angleterre, mille nuances gastronomiques qui aiguisaient les curiosités dans cette voie. De multiples facons on acquérait des raffinements de vie sensuelle. La raideur et l'ivresse brutale et froide perdaïient un peu leur empire. On se dépouillait de l’hé-

ritage morose du puritanisme et des influences du climat de là-bas. On semblait éclore, On n'allait pas bien loin mais c'était toujours quelque chose de gagné.

Du Maurier, dans son célèbre roman de Trilby nous a donné pour une époque légèrement antérieure à la venue de Stevenson d'assez pittoresques aperçus de cette vie parisienne des Anglo-Saxons.

« S'il faisait assez beau la plupart allaient dîner au restaurant de la Couronne, tenu par le Père Trin (dans la Rue Monsieur), qui vous donnait ce qu'il avait de meilleur à manger et à boire pour vingt sols parisis ou ‘un franc. De bonnes soupes nourrissantes, des omelettes qui n'étaient que trop savoureuses, des lentilles, des haricots rouges et blancs, de la viande si bien préparée et assaisonnée que vous ne saviez si c'était du bœuf ou ‘du mouton; de la viande ou de la volaille où du bon hareng rouge, du mauvais même, cela n'avait pas beaucoup d'importance, et l’on ne s’en souciait guère...

Et les mêmes laitues, les radis et le fromage de gruyère que l’on vous servait aux Trois Frères Provençaux... Et vous rencontriez familièrement des modèles des deux

(1) P. 44 du Maurier Trilby Vol. I Tauchnitz — « If it was décently fine, the most of them went off to dine at the Restaurant de la Couronne, kept by the Pèrk Trin,:(in the Rue Monsieur) who gave you his best to eat and drink for twenty sols Parisis, or one franc. Good distknding soups, omelets that were only too savoury, lentils, red and white beans, meat so dressed and sauced and seasoned that you didn't know whether it was beef or mutton, — flesh, fowl or good red herring -— or ev»n bad, for that imatter — mor very greatly cared.… -

And just the same lettuces, radishes, and cheese of Gruyère or Brie ‘as you got at the Trois Frères Provençaux.… And you hobnôbbed With models, male and female, students of law and, medecine, painters and sculptors, workmen and blanchisseuses and grisettes, and found them very good company, and most improving to your French if your French was of the usual British kind, and even to some of your manners, if these were very British indeed. And the evening Was: innocently wound up with billiards, cards or dominoes at the Café du Luxembourg opposite, or at the théâtre du Luxembourg, in the Rue Madame, to see funny farces with screaming droll Englishmen in them ; or still better, at the Jardin Buillier (la Closerie des Lilas), to see the students dance thæ cancan or try and dance it | yourself, which is not so casy as'it seems ; or best of all, at the Théâtre de l’Odéon to see. the Dame aux Camélias ».

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