La promptitude dans la réalisation de sa vocation
Une fois que l’âme est éclairée sur sa vocation, il lui reste le devoir impérieux d’y correspondre. Outre qu’elle doit éprouver le désir d’accomplir pleinement les desseins miséricordieux de Jésus, qui a daigné la choisir pour se la consacrer uniquement, elle comprend qu’il ne peut plus y avoir de bonheur pour elle en dehors de la voie où Jésus l’invite à marcher et où la réclame son amour.
Jésus a parlé ; il ne s’agit plus d’écouter d’autres voix. Jésus a montré la voie ; il n’est plus question que d’y marcher. Tout retard serait une indélicatesse et pourrait devenir une infidélité. S’il a plu à Jésus de manifester sa volonté, l’âme ne doit point la méconnaître, mais l’adorer et l’accomplir. Quand II parle, c’est pour être obéi ; et s’il appelle maintenant, c’est pour être écouté et suivi sans retard. A quoi donc servirait d’avoir prié si longtemps pour connaître sa vocation, et ne point y répondre quand elle est une fois connue ?
Une telle conduite pourrait avoir pour l’âme des effets désastreux. Saint Thomas a raison de dire : « C’est méconnaître la puissance de l’Esprit-
Saint, ou s’efforcer de lui résister, que de retenir le bon mouvement de la vocation dans les lenteurs de la délibération ». D’ailleurs, qui nous dit que la grâce de la vocation nous sera conservée, si nous n’y correspondons pas fidèlement. Jésus n’est pas tenu de subir nos lenteurs et nos hésitations ; et qui sait si, en voyant notre lâcheté, Il ne nous retirera pas la lumière qu’il nous avait d’abord donnée. « Sitôt que vous aurez reçu la lumière de la vocation, dit saint Jean Climaque, hâtez-vous d’avancer ; car vous ignorez si elle ne s’éteindra pas bientôt et ne vous laissera pas dans les ténèbres. »
Et si le doute sur notre vocation finit par nous gagner, parce que nous aurons méprisé la lumière et l’appel de Jésus, aurons-nous le droit de nous en plaindre ? Ah ! comme nous devons craindre de voir passer la grâce et d’en abuser ! « J’ai peur de Jésus qui passe et ne revient pas », s’écrie saint Augustin. Hélas ! c’est là le sort de bien des âmes appelées à la vie religieuse, et qui perdent leur vocation par leur négligence et leurs perpétuelles lenteurs.
Elles ont supplié Jésus de venir, et elles l’ont laissé s’éloigner. Elles ont entendu sa voix, mais elles ne l’ont point écouté. Elles ont accepté la grâce, mais elles n’ont point su la faire fructifier. Il fallait avancer quand Jésus était là et qu’il appelait ; maintenant que, las d’attendre, Il s’est
tu et n’attire plus, l’âme infidèle n’en prend que trop facilement son parti. Vocation retardée, vocation perdue.
L’Apôtre a beau supplier ces âmes indolentes et indécises de ne pas compromettre leur vocation : « Je vous conjure de marcher d’une manière digne de la vocation à laquelle vous avez été appelés » (Ephés., iv, 7), elles ont toujours des raisons pour ne jamais se décider ; et ainsi elles éclairent douloureusement le sens de cette parole du divin Maître, qui ressemble bien plus à une condamnation qu’à la proclamation d’une vérité : « Il y a beaucoup d’appelés, mais peu d’élus » (Mat., xx, 16).
Il n’y a qu’une attitude permise pour les âmes appelées à la vie religieuse : c’est, après avoir crié comme saint Paul : « Seigneur, que voulezvous que je fasse ? » (Act., ix, 6), de suivre promptement et docilement les indications de la Providence, et de prouver à Jésus la sincérité de ce qu’elles prétendent lui dire du fond du cœur : « Mon cœur est prêt, mon Dieu, mon cœur est prêt » (Ps. lvi, 8).