‹ La Vocation ReligieuseChapitre 18 sur 105 · Donation totale dans la joie et V amour · texte numérisé non relu

Donation totale dans la joie et V amour

Il reste un dernier et doux devoir à accomplir pour Tâme appelée à la vie religieuse. Il ne lui suffit pas de répondre avec promptitude à l’appel de Jésus et de se débarrasser de tout ce qui pourrait la retenir dans le monde ; mais il faut encore que, après avoir opéré ce dépouillement universel qui est une condition essentielle de sa liberté et s’être mise en mesure de réaliser sa vocation, elle se consacre au Seigneur dans une sainte allégresse et avec un amour qui ne connaisse aucune limite.

Il y aura des sacrifices, peut-être nombreux ; elle sera heureuse de les faire. Plus il lui en coûtera, et plus elle éprouvera de joie intime, puisqu’elle y trouvera un moyen de prouver à Jésus son amour et comme une monnaie pour payer sa vocation.

Si toutes les grâces doivent s’acheter, de quel prix ne devrait-on pas payer celle de la vocation religieuse ! Il n’en est qu’un, c’est la donation de tout soi-même. « Vous cherchez, dit saint Augustin, quel don vous pouvez faire à Dieu.

Offrez-vous vous-même; car, que requiert de vous le Seigneur, sinon vous ? Il vous demande donc vous-même à vous-même. »

Se donner, devient un besoin pour l’âme qui se voit si miséricordieusement aimée ; et pour que son don soit plus agréable à Jésus, elle met son bonheur à le rendre plus complet et à le lui renouveler sans cesse. Elle suit en cela les instructions que saint Paul donnait aux Corinthiens : « Que chacun donne selon qu’il Ta résolu dans son cœur, non avec tristesse ni par contrainte ; car Dieu aime celui qui donne avec joie » (II Cor., ix, 7).

Et si, à certaines heures, le ciel s’assombrit, les difficultés augmentent et les sacrifices deviennent plus aigus, elle trouve dans son amour une réponse lumineuse à toutes les objections, et une force qui la rend capable d’affronter tous les obstacles. « Il n’y a rien, si dur que ce soit, dont le feu de l’amour ne triomphe », dit saint Augustin.

L’amour n’enlève pas la peine, mais il la fait aimer. C’est là le délicieux mélange d’amour et de sacrifice qui fait la beauté comme le bonheur de f âme des saints.

Jésus s’est fait en cela notre adorable modèle. Il nous a aimés et II s’est livré ! Il nous a aimés à l’excès, et II s’est sacrifié ! Son amour a été imbibé de son sang, et son sang n’a coulé

que sous la pression de son amour. « Nous avons connu la charité de Dieu, en ce qu’il a donné sa vie pour nous », dit saint Jean (I Jean, iii, 16).

Depuis lors, pour aimer Jésus, on se donne à Lui ; pour L’aimer davantage, on multiplie ses sacrifices ; pour L’aimer sans mesure, on s’immole et se constitue sa victime. Ces immolations de l’amour sont pleines de suavité, et Jésus nous en prévient, quand, nous appelant à prendre notre croix et à Le suivre, Il nous dit que « son joug est doux et son fardeau léger» (Mat., xxix, 3o).

C’est ce qui a inspiré à saint Bernard ces gracieuses pensées : « Le fardeau du Sauveur est léger, dit-il ; plus il paraît s’augmenter, plus on le porte avec facilité. N’est-il pas vrai que le grand nombre de plumes attachées aux ailes des oiseaux, loin de les charger, les rend légers, les aide à s’élever ? Otez ces plumes, qui cependant ont un poids, et tout le corps tombe par terre de toute sa pesanteur. Ainsi en est-il du joug suave de Jésus-Christ, de son fardeau léger; il porte plutôt qu’on ne le porte. »

Que l’amour qui brûle dans les âmes privilégiées, que Jésus s’est choisies pour en faire ses épouses, leur donne des ailes pour s’envoler loin du monde, dans la douce solitude que leur a préparée la tendresse de leur Bien-Aimé. Qu’elles

s’écrient avec le Psalmiste : « Oui me donnera des ailes, comme à la colombe, et je m’envolerai, et je me reposerai » (Ps. liv, 7); et qu’elles s’élancent, sous l’ardeur de leur amour, dans le Gœur de l’Epoux divin qui les invite à y demeurer à jamais : « Demeurez en moi, demeurez dans mon amour » (Jean, xv, 4, 9).

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