La séparation du monde
La séparation et l’éloignement du monde est le premier devoir et la grâce initiale de l’âme appelée à la vie religieuse. C’est pour servir plus fidèlement Jésus que l’âme se sépare du monde,
et c’est parce que dans le monde elle ne peut Le servir et Lui appartenir selon ses désirs, qu’elle aspire à le quitter et à s’en éloigner. « Que celui qui veut posséder Dieu, dit saint Prosper, renonce au monde, afin que Dieu soit sa douce possession. »
Elle connaît assez le monde, pour savoir qu'il n’est pas l’ami de Jésus, dont elle a fait son Bien- Aimé, et son bonheur est de le mépriser dans la proportion même de l’amour qu’elle a voué à Jésus. Aussi, tient-elle compte de la recommandation de l’apôtre saint Jacques : « Ne savezvous pas que l’amour de ce monde est ennemi de Dieu ? Quiconque veut être ami de ce monde, se fait donc ennemi de Dieu » (Jac., iv, 4). Son désir est de s’enfuir au loin, sûre qu’elle trouvera Jésus, suivant ces paroles de saint Augustin : « Sortir du monde, c’est aller à Dieu ». Et trouver Jésus, c’est le ciel !
C’est pourquoi elle goûte une joie inexprimable à se détacher de tout. Tout ce dont elle se prive est pour elle l’occasion d’une liberté plus grande et d’une possession plus complète de Celui à qui elle a consacré sa vie. Elle s’inocule en quelque sorte du bonheur, à mesure qu’elle fait le vide en elle, car Jésus prend la place de tout ce qu’elle chasse de son cœur. C’est la pensée de saint Augustin : « Si vous le voulez, dit-il, vous serez le ciel. Si vous voulez être le ciel, chassez
de votre cœur tout ce qui appartient à la terre ».
Forte de sa grâce de vocation, elle a le courage de rompre tous ses liens. Dans cette lutte entre la nature et la grâce, elle triomphe, parce qu’elle s’appuie sur Jésus : « Tout ce qui est né de Dieu se rend victorieux du monde », dit saint Jean (v, 4) ; et elle chante avec le grand Apôtre : « Le monde m’est crucifié, et moi au monde » (Gal., iv, 14), et pour toujours «je suis attachée avec Jésus-Christ à la croix» (Gal., ii, 19).