‹ La Vocation ReligieuseChapitre 23 sur 105 · Vie de liberté · texte numérisé non relu

Vie de liberté

Quand une âme s’est séparée du monde, qu’elle s’est débarrassée de ses soucis, qu’elle a fui ses

dangers, qu'elle a sacrifié ses biens et ses attaches, elle se sent libre et légère ; rien ne la retenant plus sur la terre, elle vole vers le ciel. Sur les ruines de tout ce qu’elle a sacrifié, elle s’élance vers Celui qui habite les hauteurs et qui seul l’attire, selon Fexpression de saint Jérôme : « Foulez aux pieds le monde, afin de vous en faire un marchepied pour monter au ciel ».

En effet, par le fait même de sa légèreté, elle tend sans cesse vers les choses célestes; l’amour, qui est le fruit de son détachement universel, lui donne des ailes pour s’envoler loin de la terre et plus près de Jésus. « Ceux qui méprisent la terre, dit saint Grégoire, qui ne désirent rien de tout ce qu’elle possède, s’élèvent et volent jusqu’au ciel. »

Destinée à posséder les biens éternels et à en jouir sans fin, elle use encore des choses terrestres, mais d’une façon toute spirituelle, sans y prendre aucun plaisir et y chercher aucune satisfaction, selon la recommandation de l’Apôtre : « Que ceux qui usent des choses de ce monde, soient comme s’ils n’en usaient pas » (I Cor., vu, 3i).

Faite pour la vie et la vie éternelle, sans ombre et sans déclin, elle fuit d’instinct ce qui lui parle de la terre, où tout passe, « la figure de ce monde passe » (I Cor., vii, 3i), et où tout aboutit à la mort : « Ce monde est mortel, et il est le séjour des mourants », dit saint Jean Damascène,

Mais lame religieuse, pour être vraiment libre, ne doit pas se contenter de se dégager des liens terrestres, et faire en elle un vide que rien ne remplisse. Ne pouvant être sa fin propre, elle ne peut s’appartenir à elle-même ; et si elle conquiert sa liberté vis-à-vis du monde, ça ne peut être que pour la perdre au service de Jésus. Tout ce qu’elle a soustrait à la terre, elle l’offre à Jésus ; tout ce qu’elle refuse au monde, elle le donne avec empressement à son Bien-Aimé. Ne voulant plus connaître d’autre amour que le sien, elle veut appartenir sans retour à Celui à qui elle a voué sa vie ; et c’est ainsi qu’elle trouve la vraie liberté à la place des chaînes dont elle a été délivrée. Comme saint Augustin a raison de dire : « Il n’y a de vraie liberté que celle des bienheureux et celle des cœurs enchaînés à la loi éternelle ».

Mais la loi éternelle est la loi de l’amour ; et l’amour, c’est la liberté de l’âme, c’est l’épanouissement du cœur dans la douce et divine servitude des enfants de Dieu. « La servitude est libre, dit saint Augustin, chez le maître où l’on ne sert pas par nécessité, mais par amour. » Ce n’est là que le commentaire de la belle parole de saint Paul : « Dieu est esprit; et là où est l’esprit du Seigneur, là est la liberté » (II Cor., ni, 17).

Pourra-t-on jamais trop apprécier une vocation qui procure une telle liberté d’esprit et de

cœur au service de Jésus le divin conquérant des âmes !

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