Vie de paix et de repos
Le fruit immédiat de la liberté que procure la vie religieuse, est une paix douce et réconfortante, comme celle que I on éprouve après avoir déposé un lourd fardeau ou avoir échappé à un immense danger. On se sent soulagé, calme et paisible, car on se sait arrivé au port. On considère de loin les chaînes dont le monde lie les âmes, et les écueils où celles-ci font si souvent naufrage ; et le seul fait de se voir à l’abri et en sécurité, répand dans l’âme une paix qui la soutient, la fortifie, et la fait s’exclamer avec saint Ephrem : « O paix, compagne inséparable et sécurité de mon âme ! O paix, joug aimable et fardeau léger, qui fortifiez et soutenez celui qui vous porte ! Soyez ma joie et ma compagne inséparable ! »
Mais le principal motif de la paix qui inonde l’âme religieuse, c’est qu’après avoir tout quitté, elle trouve Jésus, et que, possédant Jésus, elle possède Celui qui est la paix par essence : « La paix de Dieu, c’est Dieu lui-même, sa nature est la paix », dit saint Ambroise. Isaïe appelle le Verbe incarné «le Prince de la paix» (ix, 6); et c’est pourquoi Jésus a sans cesse sur les lèvres des paroles de paix et qu’il lègue la paix comme
un héritage sacré à tous ceux qui veulent être ses disciples : « Je vous laisse la paix ; je vous donne ma paix » (Jean, xiv, 27).
Partout où règne Jésus, Il répand nécessairement la paix, car, comme dit saint Bernard : « Dieu, la paix même, met la paix partout où il habite ; le contempler, c’est être au sein de la paix ». C’est dans le même sens que saint Paul dit aux Thessaloniciens : « Que le Seigneur de la paix vous donne lui-même la paix toujours et en tout lieu » (II Thess., iii, 16). Et cette paix, par cela seul qu’elle vient de Jésus et qu’elle est le fruit de l’amour qu’on Lui porte et qui a motivé tous les sacrifices, est une paix suave et profonde qui remplit l’âme tout entière. C’est encore l’Apôtre qui nous l’enseigne : « Que la paix de Dieu, qui surpasse tout sentiment, garde vos cœurs et vos esprits dans le Christ Jésus » (Phil., iv, 7).
La vie religieuse est une fontaine de paix qui ne tarit jamais et que la fidélité de l’âme peut rendre toujours plus abondante. Les divins colloques et la vie d’intimité qui s’établissent entre l’âme et Jésus, distillent la paix. La parole du Seigneur est une parole qui ne fatigue jamais, que l’on se plaît à entendre toujours, et dont les charmes répandent dans l’âme une douce sérénité qui pacifie et repose. C’est pourquoi le roiprophète dit : « J’écouterai ce que Dieu me dira
au fond du cœur, parce que ses paroles sont des paroles de paix » (Ps. lxxxiv, 9).
Cette éducation divine faite par Jésus Luimême, dans la solitude pacifique de la vie religieuse, entraîne naturellement Pâme dans la voie de l’amour et du sacrifice. La pratique des préceptes et des conseils, la fidélité à tous les devoirs d’état, la délicatesse et la générosité apportées jusque dans les moindres détails de la vie de perfection, alimentent constamment la paix de Pâme, suivant ces paroles du Psalmiste : « Ceux qui aiment votre loi, Seigneur, jouissent d’une grande paix » (Ps. cxvm, i65).
Aussi, n’y a-t-il rien de calme et de paisible comme Pâme des saints. La vie religieuse étant destinée à former des saints, est donc, par là même, le royaume de la paix et du repos en Jésus.