‹ La Vocation ReligieuseChapitre 25 sur 105 · Vie de solitude et de prière · texte numérisé non relu

Vie de solitude et de prière

Un autre bienfait inappréciable de l’état religieux, c’est la vie de solitude et de prière qu’on y mène. Jésus n’attire les âmes à Lui et ne les éloigne du monde, que pour entretenir avec elles des rapports plus intimes et plus suivis. Mais l’intimité veut la solitude et le silence. Loin des bruits du monde et des préoccupations terrestres, le cœur jouit des douceurs de sa liberté et s’épanche plus facilement ; Jésus, de son côté,

trouvant Taine mieux préparée et plus désireuse de ses divins colloques, se communique avec plus de condescendance et de tendresse. « J’attirerai cette âme à moi, dit le Seigneur par le prophète, je la conduirai dans la solitude et là je parlerai à son cœur » (Osée, ii, 14).

Autant les choses de la terre pèsent sur Tâ me et la fatiguent, autant les choses du ciel Télèvent et l’épanouissent. Faite pour jouir éternellement de Dieu, l’âme le recherche instinctivement ; et afin de le mieux trouver, elle va se cacher dans le creux de la pierre, pour parler le langage de l’époux des Cantiques, et, seule à seul avec Jésus, elle goûte par anticipation les joies célestes. Saint Jérôme a raison de lui dire : « Regardez votre cellule comme un paradis. La solitude, c’est le ciel. »

Saint Alphonse de Liguori fait admirablement ressortir le bonheur de l’âme consacrée, par le contraste entre la vie du monde et la vie du cloître. « Les âmes qui restent dans le monde sont des arbres plantés dans une terre aride, où la rosée du ciel ne tombe que rarement. Pauvres séculiers ! vous voudriez prier longtemps, méditer longtemps, entendre souvent la parole de Dieu, jouir d’un peu de solitude, d’un peu de recueillement.... Vos affaires domestiques, vos parents, les convenances, les visites de vos amis vous en empêchent. — Les âmes religieuses, au

contraire, sont d’heureux arbrisseaux plantés dans une terre féconde que continuellement rafraîchit la céleste rosée. Le Seigneur les assiste et aide sans cesse par des lumières, par des inspirations, qu’elles trouvent dans leurs méditations, dans les sermons, dans les lectures des saints livres et dans les bons exemples ».

Solitude et prière, silence et recueillement, vie intérieure et union d’âme avec Jésus : voilà le secret des charmes divins de la vie retirée du monde et consacrée au Seigneur. L’âme porte en elle-même son bonheur ; elle habite avec Jésus, dont elle fait le compagnon assidu de ses jours et de ses nuits ; elle se recueille pour L’entendre et Lui parler, elle L’écoute et Lui parle pour augmenter en elle sa solitude et son recueillement.

Saint François d’Assise, ce grand ascète et cet amant passionné de Jésus, exprime dans un langage imagé quelle doit être l’attitude habituelle d’une âme religieuse : « Lorsque nous prions, dit-il, le corps doit être une cellule et l’âme un ermite ». Saint Paul va plus loin, il veut que nous vivions tellement unis à Jésus et perdus en Lui, que nous soyons comme des morts pour tout le reste, c’est-à-dire que nous soyons si occupés de Jésus et en relation d’âme si intense avec Lui, que nous ne prêtions pas plus d’attention aux choses de la terre que ne le fait un

cadavre : « Vous êtes morts, et votre vie est cachée en Dieu avec le Christ » (Col., ni, 3).

C’est d’ailleurs le vrai moyen de vivre vraiment et de vivre toujours, que de ne vivre ainsi que de Jésus et pour Jésus. Insensible à tout le créé, l’âme en commerce constant avec Jésus domine les choses du temps ; ses pensées, ses sentiments, ses aspirations, ses entretiens célestes défient en quelque sorte la mort et inaugurent ici-bas ce qu’elle fera éternellement au ciel. C’est en ce sens que saint Jean Chrysostome dit : « Nous sommes mortels par nature, mais par la prière, par nos entretiens, par notre familiarité avec Dieu, nous passons à la vie immortelle. Celui qui parle familièrement avec Dieu, devient nécessairement plus fort que la mort et que tout ce qui est soumis à la corruption ».

Comme elle est vraie la parole du Psalmiste : « Le Seigneur est près de ceux qui le prient, de ceux qui l’invoquent dans la vérité de leur cœur » (Ps. cxliv, 18). Bien plus, il habite dans l’âme même de ceux qui font de leur vie une vie toute de solitude et de prière ; et c’est pourquoi la vie religieuse est la vie du ciel sur la terre.

Page 1