Ecole de perfection
Quoique l’on puisse devenir parfaits dans le monde, car la sainteté est de tous les états, Jésus s’adressant à tous quand II dit : « Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait » (Mat., v, 48), il n’en est pas moins évident que l’état religieux fournit des moyens spéciaux et précieux de sainteté et que la perfection y est plus facile.
La vie religieuse consistant dans la pratique des conseils, et les conseils réclamant un ensemble de renoncements et de sacrifices que n’imposent pas les préceptes, le seul fait d’y aspirer est un indice certain que l’on désire pra-
tiquer la vertu d’une manière plus parfaite qu’on ne le fait dans le monde. Ce seul désir est déjà un excitant à une plus grande perfection, lors même qu’on ne s’y serait pas encore exercé. C’est l’enseignement de saint Thomas, qui nous dit : « Entrer en religion, c’est avantageux non seulement à ceux qui sont exercés dans la pratique des préceptes, afin de les conduire à une plus grande perfection, mais encore à ceux qui n’y sont pas encore exercés, afin qu’ils évitent plus facilement le péché et acquièrent la perfection ».
D’où vient que les âmes qui se sentent poussées à la perfection regardent quasi instinctivement du côté de la vie religieuse, si ce n’est parce que cet état leur paraît le plus apte et le plus sûr pour les conduire à la sainteté ? Le religieux, en effet, prend l’engagement formel de toujours tendre à la perfection par des efforts généreux et un travail assidu. Tout dans la vie du religieux doit porter l’empreinte de la plus grande perfection. « Non seulement, lui dit saint Bernard, vous avez fait vœu de sainteté, mais de la perfection de toute sainteté et de tout ce qu’il y a de plus parfait. » C’est également ce qu’affirme l’auteur de l’Imitation, quand il dit : « Parce que vous êtes religieux, vous êtes obligé d’aspirer à une plus haute sainteté ».
C’est ainsi que la vie religieuse conduit infailliblement à la perfection ceux qui y sont fidèles.
Quel encouragement à y persévérer, en dépit de tous les obstacles et de toutes ses misères personnelles. Entendez saint Thomas disant que « ceux qui sont d’une vertu imparfaite ont un plus grand besoin que les autres des moyens de préservation que leur fournit la vie religieuse ».
Ce qu’il y a de consolant, c’est que, de sa nature, l’état religieux ne laisse aucun répit à l’âme de bonne volonté et qu’il lui devient ainsi un gage assuré de perfection toujours croissante. « Nul n’est parfait, dit saint Bernard, s’il ne désire de l’être encore plus, et c’est faire preuve de perfection que de tendre à une perfection plus haute. »
Le chemin à parcourir pourra être aride, la lutte violente et prolongée, mais au moins il y aura des secours et des grâces que l’on ne trouvera pas aussi abondants et efficaces dans le monde. Saint Bernard a raison de dire que « dans la religion, l’homme vit plus purement, tombe plus rarement, se relève plus promptement, marche plus sûrement, reçoit plus souvent les rosées de la grâce divine, se repose avec plus de sécurité, meurt avec plus de confiance, est purifié plus vite, et gagne une plus grande récompense ». C’est ce qui fait dire à saint E p h rem que « le monde est comparé à la mer et que la vie religieuse en est le port ».
C’est ainsi que Jésus protège et récompense
ceux qui ont tout quitté pour Le suivre, et demeurent fermes dans leur résolution, selon ce que dit saint Augustin : « Quand Dieu a conduit à la perfection, il n’abandonne jamais si on ne l’abandonne pas ».
Cela suffit amplement, même pour les imparfaits, à désirer le bienfait immense de la vie religieuse, où la victoire définitive est assurée, d’après saint Augustin : « Entrés dans la carrière de la sainte perfection, persuadons-nous bien tous que nous ne sommes pas parfaits ; c’est le moyen d’arriver un jour, par la perfection de nos luttes, à la perfection de nos triomphes ».