Secours de la vie de communauté
De tous les avantages de la vie religieuse, l’un des plus grands est la vie de communauté. Le seul fait de sortir de l’isolement et de se trouver en compagnie d’autres âmes animées des mêmes sentiments et poursuivant le même idéal de perfection, est déjà un précieux secours et un grand encouragement. Saint Augustin a raison de dire que « là où sont des cœurs unis et n’ayant qu’un sentiment, Dieu fixe sa demeure ».
Jésus a dit que là où deux ou trois sont réunis en son nom, Il est au milieu d’eux (Mat., xvih, 20). Quand cette réunion est permanente, comme dans la vie de communauté, Jésus y établit son royaume, et la prière commune qui monte sans
cesse de ces âmes qui Lui sont consacrées touche profondément son Cœur et en obtient des grâces inappréciables pour tous et pour chacun en particulier. C’est la pensée qu’exprime saint Ambroise : « Les hommes les plus faibles, quand ils sont nombreux et qu’ils sont sincèrement unis, deviennent puissants, et il est impossible que leurs prières ne soient pas exaucées ».
Le temps que l’on y consacre à la prière et aux divers exercices de piété et autres, établit l’âme dans une habitude de silence et de recueillement qui fait contraste avec les bruits et les dérangements incessants du monde. Le calme de l’esprit et la paix du cœur permettent alors de se livrer plus fructueusement à des études approfondies et à des lectures sérieuses qui sont un des charmes de la vie retirée du siècle et consacrée au Seigneur. « Etre toujours à louer le Seigneur, s’écrie saint Ambroise, se rassembler fréquemment pour la prière, occuper sans cesse son esprit par la lecture ou le travail, n’est-ce pas vivre de la vie des milices angéliques ? »
Le règlement établi dans les communautés ne laisse rien à l’initiative personnelle ou au caprice du religieux. Tout y est réglé et ordonné ; le temps y est apprécié â sa juste valeur et, en dehors des moments de récréation fixés par la règle, chacun l’emploie, sous l’obéissance, à des occupations toujours utiles. One de temps l’on
perd dans le monde, dans les longs entretiens, dans les visites, dans les délassements prolongés et dans mille futilités qui remplissent Famé de distractions et de dissipation ! La vie religieuse remédie à ce grave inconvénient qui ne paralyse que trop souvent les âmes même pieuses ou qui aspireraient à le devenir. Par contre, combien est féconde la vie laborieuse du religieux qui est jaloux de son temps et s’occupe toujours à quelque chose d’utile pour la gloire de Dieu, sa sanctification personnelle et le salut des âmes !
Cet ensemble de prières, d’exercices et de travaux, habitue l’âme religieuse à une vie d’ordre et de discipline qui la prédispose à un accomplissement plus fidèle de ses devoirs d’état, et la préserve des dangers du caprice et du désœuvrement. Bien des âmes se perdraient dans le monde qui trouveront leur salut dans la régularité et la discipline de la vie religieuse. Pour toutes, c’est un moyen assuré d’arriver à la perfection de leur état, selon ce que dit saint Bonaventure : « Le religieux est arrivé au sommet de la perfection quand il observe exactement les règles de la communauté ».
Cela ne veut pas dire que tout est également facile dans la vie religieuse et que l’on y est totalement à l’abri des défaillances, des infidélités et des chutes ; mais si l’on trébuche et si l’on tombe, on trouve du moins des secours plus
prompts et plus efficaces pour se relever et se prémunir contre de nouvelles faiblesses. On y est entouré d’affection fraternelle, dont les avertissements et les corrections nous éclairent et nous fortifient. Saint Alphonse dit justement : « Dans le monde, quand nous péchons, nous ne trouvons personne qui nous avertisse et nous reprenne, mais dans l’état monastique, si quelqu’un tombe, ses compagnons accourent aussitôt pour l’aider à se relever ».
A leurs remarques charitables ils ajoutent le bon exemple ; et cette prédication vivante du devoir saintement rempli ranime et fortifie la bonne volonté de ceux qui sont plus faibles et qui ont besoin d’entraînement pour poursuivre le travail de leur perfection.
Quand le Psalmiste dit : « Qu’il est bon et doux pour des frères d’habiter ensemble », il fait sans doute allusion aux secours multiples énumérés plus haut et que l’on trouve dans la compagnie de ses frères.
Il y a, en outre, le regard vigilant et le dévouement paternel des Supérieurs qui veillent sur le religieux et l’aident à se conserver fidèle et persévérant dans l’accomplissement de ses devoirs. Les liens surnaturels qui s’établissent entre le religieux et son Supérieur, créent des sentiments de confiance filiale d’une part et de pieuse paternité de l’autre qui ressemblent aux
BIENFAITS DE LA VOCATION RELIGIEUSE 8l
rapports de Jésus avec ses Apôtres et du fils avec son père. Il s'agit de former une âme à la sainteté, et le Supérieur s’y consacre avec un zèle constant pour la gloire du Maître dans Famé de son enfant. Il s'agit de se laisser façonner sur le modèle des saints, et le religieux s'abandonne à la sagesse de son mentor chargé de le conduire jusqu’au sommet de la perfection.
Ce doit être là un sujet continuel d'action de grâces pour l’âme que Jésus a retirée du monde. En ne voyant que Jésus dans son Supérieur, elle lui obéit par amour et elle arrive ainsi à une grande pureté de vie, selon la recommandation de l'apôtre saint Pierre : « Rendez vos âmes pures par une obéissance d'amour » (I Pier., i, 22).
Les avantages immenses que procure la vie de communauté devraient y attirer les âmes en foule. O vous qui possédez ces richesses et goûtez ce bonheur, gardez votre trésor avec un soin jaloux et bénissez le Seigneur tous les jours de votre vie.
il.— Service exclusif de Jésus .
Il y a bien des joies dans la pratique de la vertu, il n’y en a pas de comparable à celle de se donner à Jésus et de se contenter de Lui. Voilà pourquoi la vie religieuse est remplie de tant de pures jouissances et de céleste bonheur. Les sacrifices qui l’ont précédée sont vite ample-
ment récompensés par la grâce incomparable de n’appartenir plus qu’à Jésus, de n’avoir plus à s’occuper que de Lui, de dépenser sa vie à son service et de ne connaître plus qu’un seul idéal sur la terre, en attendant la suprême consommation de l’amour dans la gloire : aimer Jésus et s’immoler avec Lui.
Saint Bonaventure a raison de s’écrier : « Oh ! qu’il est heureux celui à qui il a été donné de mépriser le monde et de servir le Christ ! Car le service du Christ vaut mieux que toute liberté ». Perdre la liberté de s’attacher au monde et d’en jouir, pour ne plus servir que le grand Dieu du ciel et de la terre, c’est le plus doux et le plus beau des esclavages. « Qu’il est grand le bonheur d’être l’esclave du Christ ! » dit saint Jérôme. Ce n’est, en vérité, qu’en se constituant son esclave, que l’on prouve son amour à Jésus. « Que l’amour vous fasse esclave », recommande saint Ambroise.
Cette servitude toute d’amour est le plus grand honneur que puisse ambitionner l’âme religieuse. Comme le dit encore le même docteur : « Il n’y a pas de plus grande dignité que de servir le Christ », car servir Dieu, c’est régner ; et saint Bernard dit à son tour : « Voulez-vous régner dans le bonheur? servez le bon Jésus, et vous régnerez ».
En embrassant l’état religieux, l’élu du Sei-
gneur dit un réel adieu à tout ce qu’il y a dans le monde. Outre que c’est une condition de sa persévérance, c’est un devoir de noblesse et de justice à l’égard de Celui à qui il se donne et qui ne l’accepte que parce qu’il croit à sa sincérité. A partir de ce moment, il devient la propriété exclusive de Jésus, perdant le droit d’apporter la moindre réserve à sa donation et se dépouillant lui-même de toute personnalité propre.
Il est important que l’aspirant à la vie religieuse envisage ainsi ses obligations futures. Les demi-donations ne font pas des saints ; et on n’entre en communauté que pour se faire saint. Jésus Lui-même n’a pas toute sa liberté d’action dans une âme qui apporte des restrictions à son sacrifice ; et le malaise spirituel qui s’ensuit crée une situation qui aboutit presque toujours à l’infidélité.
Il n’y a pas de milieu : embrasser l’état de perfection, c’est abdiquer tous ses droits et n’en plus reconnaître d’autres que ceux de Jésus qui exige un service d’amour exclusif et absolu ; condition sine qua non de bonheur et de persévérance.
Entendez l’appel embrasé du grand saint Augustin, et faites-en la règle de votre vie : « O âme faite à l’image de Dieu, rachetée par le sang de Jésus-Christ, épouse de Jésus-Christ par la foi, enfant d’adoption du Saint-Esprit, ornée de
vertus, destinée à être avec les anges ; aime Celui qui t’a tant aimée ; occupe-toi de Celui qui ne pense qu’à toi ; cherche Celui qui te cherche ; aime Dieu ton divin amant ; veille avec ton Dieu qui veille sur toi ; travaille avec lui, car il ne travaille que pour toi ; sois pure avec Celui qui est pur par excellence, sainte avec le Saint des saints ».
Peut-il, en vérité, y avoir un bonheur comparable à celui de n’avoir plus d’esprit que pour penser à Jésus, de cœur que pour L’aimer, de volonté que pour Le servir, de vie que pour la Lui sacrifier? Tout abandonner pour posséder Jésus, mourir à soi-même pour vivre de Jésus, n’avoir plus au cœur que la passion de Jésus, ne plus connaître d’autre joie que celle d’aimer Jésus, de glorifier Jésus et de s’immoler pour Jésus : c’est le bonheur, c’est la sainteté.